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    Moyen-Orient

    Syrie: des combats intenses ont opposé les Kurdes et les Turcs

    media Marche de Kurdes à Hasaka contre les intervention turques en Syrie. REUTERS/Rodi Said

    Lundi 22 janvier, des combats meurtriers ont opposé les forces turques aux combattants kurdes dans le nord de la Syrie, au troisième jour d'une offensive que le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est dit toujours déterminé à poursuivre.

    Baptisée « Rameau d'olivier », l'offensive lancée, samedi 20 janvier, par l'armée turque et menée avec des rebelles syriens pro-Ankara, vise à déloger la milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple (YPG), considérée par Ankara comme « terroriste », de la région d'Afrine, frontalière de la Turquie. Cette opération préoccupe plusieurs pays. Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en soirée à l'appel de la France pour discuter de l'escalade en Syrie, pays ravagé par une guerre complexe depuis 2011. Si aucune condamnation ou appel à la fin de l'opération turque n'en est sorti, l'ambassadeur de France, François Delattre, a estimé, après la réunion à huis clos, que « l'appel à la retenue a été, je crois, largement partagé durant la discussion ». L'Union européenne s'est dite, elle, « extrêmement inquiète ».

    Dans la ville d'Afrine, à 18 km du front, des abris ont été établis dans les sous-sols des maisons et des files d'attente ont fait leur apparition devant les boulangeries, selon un journaliste collaborant avec l'AFP. Au moins 54 combattants, dont 26 miliciens kurdes et 19 rebelles syriens pro-Ankara, ont été tués depuis le début de l'offensive, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui fait état de 22 civils tués.

    L'armée turque a déploré lundi la mort d'un soldat, première victime turque dans l'offensive. Dans la journée, des soldats turcs et des rebelles syriens pro-Ankara ont lancé un nouvel assaut contre les YPG depuis la ville d'Azaz, à une vingtaine de kilomètres à l'est d'Afrine, selon l'agence de presse étatique turque Anadolu. Ils se sont emparés brièvement de la colline de Barsaya, avant que les YPG ne la reprennent, selon l'OSDH. Pendant quelques heures, des centaines de combattants rebelles avec des mitrailleuses lourdes juchées sur des pick-up blancs avaient pris position aux côtés des forces et des blindés turcs sur cette colline, selon un correspondant de l'AFP.

    Il y a des dégâts parmi les civils.
    Khaled Issa, représentant en France de la principale organisation kurde de Syrie 23/01/2018 - par Nicolas Falez Écouter

    « Combats féroces »

    « Des combats féroces ont lieu à la frontière syro-turque », a déclaré à l'AFP un porte-parole des YPG à Afrine, Rezan Hedu. Selon un correspondant de l'AFP du côté turc de la frontière, une dizaine de chars et entre 400 et 500 combattants turcs et arabes sont entrés en Syrie. Dans la ville d'Afrine, les habitants faisaient des courses pour stocker de la nourriture et des médicaments, selon un journaliste collaborant avec l'AFP.

    La Turquie, qui menaçait depuis des mois d'attaquer Afrine pour chasser les YPG, a lancé son opération après l'annonce par la coalition internationale antijihadistes emmenée par les Etats-Unis de la création d'une force frontalière forte de 30 000 hommes dans le nord syrien, avec notamment des combattants des YPG. M. Erdogan avait ensuite affirmé que son pays agirait militairement pour « tuer dans l'oeuf » cette force.

    170 cibles détruites

    Depuis le début de l'opération, 170 cibles ont été détruites et 11 villages ont été capturés par les forces pro-Ankara, selon le Premier ministre turc Binali Yildirim. Les YPG ont pour leur part multiplié les tirs de roquettes contre des villes frontalières turques, faisant au moins deux morts et une cinquantaine de blessés. Une personne a été tuée lundi dans la province de Hatay.

    Les Etats-Unis ont appelé Ankara à « faire preuve de retenue », mais le secrétaire d'Etat Rex Tillerson a reconnu « le droit légitime de la Turquie » à se « protéger ». Selon des responsables kurdes, l'envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale antijihadistes, Brett McGurk, se trouve depuis deux jours à Kobane, un autre canton kurde du nord syrien.

    Il s'agit de la deuxième offensive turque dans le nord syrien, après celle lancée en août 2016 pour repousser le groupe Etat islamique, mais aussi enrayer l'expansion des combattants kurdes, à la faveur du chaos provoqué par la guerre en Syrie qui a fait plus de 340 000 morts depuis 2011. L'opération turque s'accompagne d'un ferme contrôle en Turquie, où des protestations ont été interdites. 24 personnes soupçonnées d'avoir fait de la « propagande » en faveur des YPG sur les réseaux sociaux ont été interpellées, selon les autorités, tandis qu'Human Rights Watch faisait état de trente arrestations.

    (avec AFP)

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