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    Moyen-Orient

    En Egypte, les civils souffrent de l’opération anti-terroriste «Sinaï 2018»

    media Photo publiée par l'armée egyptienne montrant des soldats de l'armée en position dans le Nord-Sinaï, aux abords d'al-Arich, le 4 mars 2018. REUTERS/Ministry of Defence/Handout

    Le 9 février dernier, l’armée égyptienne a lancé l’opération Sinaï 2018, dont l’objectif annoncé est de défaire l’insurrection jihadiste au nord de la péninsule et de « mettre fin au terrorisme ». L’utilisation de bombes à sous-munitions et les méthodes radicales mises en oeuvre par les états-majors suscitent de vives critiques.

    De notre correspondant au Caire,

    Les habitants des grandes villes de la péninsule décrivent un état de siège. « Nous sommes pris dans l’étau de la famine, il y a des morts, notamment parmi les enfants, à Cheikh Zouweid, Rafah. Ils surviendront aussi bientôt à al-Arich, ce n’est qu’une question de jours », explique un Bédouin reclus en périphérie de la ville qui souhaite rester anonyme. Depuis 2015, une loi interdit aux citoyens comme aux médias de s’éloigner du discours officiel, sous peine de sanctions. Les journalistes ne sont d’ailleurs pas autorisés à se rendre dans la zone depuis quatre ans.

    Pour empêcher les jihadistes de trouver refuge dans les centres urbains, l’armée égyptienne a interdit aux résidents d’entrer ou de sortir de la ville d’al-Arich sans avoir obtenu une autorisation spéciale au préalable. Résultat : les camions de marchandises n’entrent dans la cité qu’au compte-goutte. Les 150 000 habitants, habitués depuis de longues années aux coupures de courant et de télécommunications, sont désormais frappés par la pénurie de vivres.

    Les rares distributions de produits de première nécessité ont créé de dangereux mouvements de foule comme en témoignent des vidéos publiées sur internet. « Il y a des pénuries depuis 23 jours. Les enfants souffrent particulièrement du manque de lait et de médicaments, les gens ne mangent que du pain », s’alarme le Sinawi, joint par téléphone. Une étudiante décrit les rues décrit les rues désertes de la ville où les véhicules blindés sont présents en masse, et précise que des bombes sont larguées plusieurs kilomètres de la ville.

    Une « épopée nationale »

    Le 24 novembre dernier, l’attentat le plus meurtrier de l’histoire contemporaine de l’Égypte a frappé la ville voisine de Bir al-Abd. 325 personnes ont été tuées dans la mosquée de Raoudah par un commando d’hommes en armes. L’ampleur de l’attaque et les scènes de désolation qui ont suivi ont provoqué une vague d’émotion dans le pays. L’attentat n’a pas été revendiqué, mais l’implication de l’organisation l’État islamique est fortement soupçonnée. Anticipant les critiques, le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi a rapidement promis dans un discours diffusé à la télévision de « rétablir la stabilité et la sécurité dans les trois mois » en utilisant « toute la force brutale ».

    L’opération Sinaï 2018, présentée comme une « épopée nationale », entend répondre au souhait du président égyptien : 60 000 hommes et 335 avions de combat participent à l’offensive dans le Nord-Sinaï, mais aussi dans une partie du désert occidental. La campagne consiste principalement à neutraliser les jihadistes, détruire les caches d’armes ou les tunnels creusés entre le territoire égyptien et la bande de Gaza, frontalière de la péninsule.

    Tamer el-Refaï, le porte-parole des forces armées égyptiennes a annoncé ce week-end que l’opération allait se poursuivre, se félicitant des résultats obtenus un mois après son lancement : « 1907 caches découvertes, 407 agents infiltrés arrêtés, 5 tunnels détruits », a-t-il listé à la télévision, parmi une quantité d’autres chiffres difficilement vérifiables. 105 insurgés, et au moins 16 soldats égyptiens auraient aussi été tués dans les combats, selon un communiqué récent publié par l’armée.

    « Malheureusement, le porte-parole de l’armée égyptienne exagère souvent les succès, et ce, à peu près à tous les niveaux », tempère Oded Berkowitz, directeur régional des renseignements pour Max Security. « Il manipule souvent les faits, montrant des images d’opérations passées, ou d’événements mis en scène, indiquant qu’il s’agit d’une opération récente. »

    Photographie publiée par le ministère de la défense égyptien montrant des soldats lors d'une opération de détection de mines dans le désert au Nord-Sinaï, le 4 mars 2018. REUTERS/Ministry of Defence

    Si l’analyste concède que les jihadistes sont affaiblis depuis novembre dernier, il estime qu’une victoire rapide contre Province du Sinaï, la branche égyptienne de l’organisation État islamique, est peu probable. « L’action militaire doit être combinée avec un un effort pour gagner le soutien de la population locale, notamment bédouine, détaille-t-il, or les nouvelles opérations aggravent les difficultés qui existent déjà depuis des années : destructions de maisons, dommages collatéraux, privations, etc. C’est actuellement le principal défi auquel les autorités font face et probablement la raison pour laquelle ils ne seront pas en mesure de défaire le groupe EI. »

    Le porte-parole de l’armée a cependant annoncé que 900 millions de livres (41,5 millions d’euros) seront alloués aux habitants qui ont subi des pertes en raison des combats.

    Malgré les efforts déployés, Oded Berkowitz, l’un des rares spécialistes de ce conflit, insiste : « l’EI a la capacité de résister, de survivre, de retrouver de la force et même d’obtenir des succès dans le futur. Cela va uniquement dépendre de la façon dont le gouvernement et l’armée vont opérer auprès des populations locales. »

    Des bombes à retardement

    Dans cette guerre asymétrique, les jihadistes capitalisent sur le ressentiment de la population locale envers le gouvernement, et trouvent ainsi de nombreux soutiens logistiques. « La majorité des Bédouins ne s’opposent pas aux terroristes », précise Berkowitz. Certains collaborent avec les militants, d’autres essayent de ne pas prendre ne position, mais rares sont ceux qui combattent avec l’armée.

    Au-delà des difficultés actuelles, un autre danger pourrait menacer les civils pendant plusieurs années. Une vidéo publiée par l’armée montre l’utilisation par l’aviation de bombes à sous-munitions Mk-118 de fabrication américaine, d’après les expertises d’Amnesty internationale.

    Selon Najia Bounaïm, directrice régionale adjointe de l’ONG pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, « les bombes à sous-munitions font partie des armes les plus vicieuses de la guerre moderne, elles sont par nature non discriminantes et sont capables de tuer et de mutiler des civils pendant des années après avoir été déployées. » Deux autres modèles de bombes à sous-munitions sont utilisés par l’armée égyptienne (CBU-87 et CBU-100). Ces sous-munitions, interdites par le droit international, se dispersent au hasard sur une large superficie et n’explosent pas toujours, faisant pesant une menace des années après le largage.

    De toutes ces critiques, rien ne transparait dans les médias égyptiens qui vantent les héros de la nation, et diffusent des spots à la gloire de l’armée. À quelques semaines de l’élection présidentielle, le ministère de l’Éducation a également exigé que tous les élèves des écoles primaires du pays entonnent quotidiennement un chant louant les qualités des forces armées. Les autorités égyptiennes ne se sont pas exprimées sur les informations du New York Times indiquant que les forces israéliennes opéraient également des raids aériens dans la zone toutes les semaines pour appuyer les forces au sol.

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