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    Moyen-Orient

    Douma évacuée: «un déplacement de population… pour modifier la démographie du pays»

    media Des autobus évacuent les rebelles de Jaïch al-Islam et leurs familles de Douma, dans la Ghouta orientale, vers un camp de déplacés dans la banlieue de Damas, le 12 avvril 2018. REUTERS/Omar Sanadiki

    Avec la reprise de Douma, l’armée syrienne contrôle « la totalité de la Ghouta orientale », a annoncé jeudi matin le ministère russe de la Défense. Les rebelles de Jaich al-Islam ont remis leurs armes suite à un accord trouvé le week-end dernier avec le régime. Des milliers de civils sont en cours de transfert en bus vers le nord de la Syrie, dans les zones toujours contrôlées par les opposants au régime. Ziad Majed, politologue et professeur en études du Moyen-Orient à l’Université américaine de Paris, analyse en trois questions les enjeux politiques et démographiques de la prise de Douma.

    RFI : A qui peut-on attribuer la victoire militaire dans la Ghouta orientale ?

    Ziad Majed : C’est surtout une victoire pour la Russie, pour l’Iran et pour les jihadistes chiites qui se battent du côté du régime d’Assad, mobilisés par les Iraniens (le Hezbollah libanais et les milices chiites irakiennes et afghanes.) C’est également un symbole très fort qui montre qu’il n’y a en fait aucune souveraineté d'Assad dans ces régions qu’on lui attribue maintenant. C’est la Russie qui a annoncé la chute de la Ghouta, et quand Poutine a invité Assad, il n’y avait pas de drapeau syrien derrière le président de la Syrie, pas de traducteur non plus, Poutine lui parlait en russe alors que Assad ne comprend pas le russe, puis Poutine l’a emmené dans une salle et il lui a dit: « je te présente ceux qui ont vaincu le terrorisme en Syrie » et il lui a présenté des généraux russes.

    Donc la Russie veut se montrer comme étant l’acteur principal dans cet acte de reconquête de la Ghouta de Damas. D’ailleurs ce sont les Russes qui ont négocié directement avec le dernier groupe rebelle Douma, Jaïch al-Islam, sur les conditions de départ des combattants et des dizaines de milliers de civils qui étaient assiégés et bombardés dans la ville. C’est aussi la police militaire russe qui est rentrée à Douma et non pas l’armée du régime, ni même les milices iraniennes et les jihadistes chiites.

    Il est vrai que les Russes ont modifié le rapport de force et c’est probablement irréversible. Associés aux Iraniens, à ce qu’il reste de l’armée du régime et avec tous les combattants libanais, irakiens, afghans et autres chiites alliés… ils contrôlent près de 55% du pays. Une partie à l’Ouest qui est très peuplé, et une autre, démographiquement vide parce qu’elle est désertique. Daesh se trouvait en partie là-bas, puis a perdu le contrôle sur l’est du pays et ce sont désormais les milices kurdes et les Américains qui sont déployés.

    Cette offensive sur la Ghouta entraîne un nouveau déplacement de la population. Quelles en sont les conséquences ?

    On dit que les civils ont « évacué » la Ghouta, comme on l’a dit pour Alep Est, et avant cela pour Zabadani, Madaya etc,. En fait, ce sont des déplacements forcés d’une population civile. Dans le droit international, selon les Conventions de Genève, ce sont des crimes de guerre.

    Comme ailleurs, après avoir été assiégée et bombardée depuis octobre 2013, la population de la Ghouta orientale a été poussée à l’exode de force, dans la perspective de modifier démographiquement l’ouest de la Syrie. La majorité de ces populations déplacées sont [des] musulmans sunnites. En les déplaçant, il y a une volonté de rééquilibrer la démographie syrienne, pour que les sunnites ne soient pas en majorité dans l’Ouest du pays, cette zone que le régime d’Assad, les Russes et les Iraniens contrôlent. Pour le Hezbollah et les Iraniens, c’est tout aussi important stratégiquement: ils ont réussi à vider toutes les zones autour de la frontière libanaise. Pour beaucoup de Syriens, c'est le signe d’une volonté de nettoyage ethnique et de remplacement de la population.

    Aussi, le gouvernement syrien a récemment passé une loi qu’il appelle « la Loi 10 » et qui stipule que toutes les zones qui ne sont pas habitées, et dont les habitants ne peuvent pas prouver qu’ils sont propriétaires des terres et des biens, deviendront propriétés de l’Etat syrien. Evidemment, personne ne peut prouver quoi que ce soit vu qu’ils ont été déplacés à Idlib, ou qu’ils sont encerclés et bombardés dans d’autres zones. L’Etat syrien va revendre ses terres à des actionnaires et des hommes d’affaires. Il prépare ainsi ce qu’il pense être une reconstruction, en volant les biens et les territoires de tous ceux qu’il a déplacés en perpétrant ces crimes de guerre et ces crimes contre l’humanité. Le problème, c’est que jusqu’à maintenant en Syrie, c’est le règne de l’impunité.

    Que peuvent faire les Russes, les Iraniens et le régime syrien de cette victoire miliaire ?

    Le dilemme pour la Russie, c’est qu’elle n’arrive pas à capitaliser politiquement sur son succès militaire pour imposer une solution politique.

    L’opposition syrienne - bien qu’à genoux - n’accepte toujours pas les conditions russes. Les deux tentatives des Russes d’inviter des représentants de l’opposition [aux négociations] d’Astana et de Sotchi ont échoué et c’était un fiasco ! Il n’y avait que le régime, les Iraniens et les Russes avec une délégation turque histoire de dire que la Turquie était partenaire de ces processus-là.

    La Russie n’arrive pas non plus à convaincre les Occidentaux à maintenir Assad. Elle n’arrive pas à élaborer un plan de transition et elle attend toujours davantage de succès militaires sur le terrain pour que finalement, peut-être, cela pousse les opposants et les acteurs régionaux et internationaux à accepter la nouvelle configuration en Syrie. Celle où ils sont les maîtres du jeu et dans laquelle Assad reste au pouvoir.

    Les Russes ont également un problème avec l’équilibrage qu’ils essayent de faire entre les Israéliens et les Iraniens. Ce sont deux alliés des Russes, mais ils sont ennemis entre eux évidemment. Le Sud de la Syrie est de temps à autre une zone de tensions entre ces deux alliés de la Russie.

    Pour l’instant les Russes et les Iraniens sont tous deux concernés par [l'issue] des batailles et de ce qui se passe dans l’immédiat. Mais à long terme, les Iraniens sont dans une autre logique, dans une autre perspective. Pour eux, la Syrie c’est la continuité territoriale depuis Téhéran, à travers l’Irak, vers le Liban et donc jusqu’à la Méditerranée et à la frontière israélienne. Tandis que pour les Russes, l’enjeu va au-delà de la région. La Syrie fait partie du nouvel ordre mondial qu’ils souhaitent négocier. La Russie veut être un acteur international incontournable et cela peut créer des tensions avec les Iraniens à long terme.

    Le régime syrien, lui, est à la merci de ces deux alliés. Au niveau du droit international, il est accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Donc, il sait que, si jamais les Russes ou les Iraniens le sacrifient, il peut aller à La Haye. En même temps, il mise sur les ambiguïtés du côté occidental et sur les échos que peut avoir son jeu dans certains cercles européens…  cette posture qu’il sait très bien mettre en avant à chaque fois qu’il est menacé et qui consiste à dire : « C’est soit moi, soit les jihadistes ». Il espère aussi que la propagande russe et les théories du complot joueront en sa faveur, notamment par rapport à l’usage de l’arme chimique.

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