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    Moyen-Orient

    Iran: Rohani, principale victime de la volte-face américaine sur le nucléaire?

    media Le président iranien Hassan Rohani, photographié en février 2018. REUTERS/Danish Siddiqui/File Photo

    Il avait fait d'un rapprochement avec l'Occident, pour sortir son pays de la crise économique, l'alpha et l'oméga de sa politique à la tête de la République islamique. Le président Rohani apparaît aujourd'hui affaibli par la décision de Donald Trump de déchirer l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, et par le retour des sanctions. Le jour de l'annonce américaine, mardi 8 mai 2018, il a tenté de réagir. Le pourra-t-il vraiment ? Les conservateurs vont-ils avoir de nouveau le vent en poupe ?

    La première réaction iranienne est venue mardi soir du président de la République lui-même. Hassan Rohani a dénoncé la décision de Donald Trump de réimposer des sanctions contre son pays, et a assuré qu'il donnait une chance aux futures négociations, qui vont durer quelques semaines encore avec les trois pays européens signataires de l'accord signé en 2015.

    Réécoutez nos éditions spéciales du 9 mai sur les conséquences du retrait américain de l'accord de Vienne
    Première partie (7h10-7h30 heure de Paris) 09/05/2018 - par Arnaud Pontus Écouter
    Deuxième partie (8h10-8h30 heure de Paris) 09/05/2018 - par Arnaud Pontus Écouter

    Le président Rohani n’a donc pas abandonné l'accord de Vienne. Il a demandé à son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, d’engager les négociations avec Paris, Londres et Berlin, mais aussi avec Moscou et Pékin. Il veut vérifier si, ensemble, ces pays peuvent contrer le départ des Etats-Unis, explique notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi.

    « Soit nos intérêts sont assurés par ces cinq pays, soit nous suivrons notre propre chemin », a déclaré le président iranien, laissant entendre que Téhéran pourrait aussi quitter l’accord. M. Rohani a ainsi évoqué une possible reprise de l’enrichissement d’uranium à un niveau plus élevé si ces négociations ne donnaient pas les résultats escomptés par l’Iran.

    L’Iran avait accepté de limiter son enrichissement d’uranium à 3,6% dans le cadre de l’accord de Vienne, un point crucial pour empêcher toute velléité militaire dans un programme nucléaire. Mais la République islamique pourrait l'augmenter à 20% en quelques jours, selon Ali Akbar Salehi, le chef de l’Organisation de l’énergie atomique d'Iran (OEAI).

    Trump le promet : Les Etats-Unis sont « aux côtés » de l'Iran

    La situation du président Rohani n'est pas confortable. Ce qu'a promis Donald Trump - une grave erreur selon Barack Obama-, ce sont « des sanctions économiques les plus élevées possible ». De quoi affecter encore l'économie iranienne, dont la monnaie a déjà perdu plus de 40% de sa valeur au cours des six derniers mois, provoquant une forte inflation.

    « La situation économique des Iraniens pourrait encore se fragiliser. Maintenant, il est difficile de dire dans quelle mesure cela se réduit aux sanctions ou à la mauvaise gouvernance des autorités », fait remarquer Vincent Eiffling, chercheur à l'université catholique de Louvain, en Belgique, qui pense surtout que les Iraniens risquent de réagir, comme toujours, en une poussée de nationalisme.

    « Paradoxalement, la décision de Donald Trump pourrait consolider l’assise populaire du régime, dit-il. Parce que s’il y a bien une chose à laquelle les Iraniens sont tous littéralement opposés, qu’ils soient pour ou contre le régime, ce sont les ingérences étrangères. En cas d’ingérence, généralement, ils ont tendance à se regrouper autour de l’autorité politique en place. »

    M. Trump l'assure : s'il complique des vies avec ses sanctions, le peuple américain est « aux côtés » du peuple iranien. A condition qu'il lâche son régime ? Une posture potentiellement « contre-productive », estime Vincent Eiffling. « L'histoire de l’Iran depuis le début du XIXe siècle est profondément marquée par les ingérences étrangères », rappelle-t-il.

    Le président Rohani pourra-t-il se remettre d'un tel camouflet ?

    « Donc au final, Donald Trump pourrait bien renforcer les éléments les plus conservateurs du régime iranien », conclut-il. Une situation d'autant plus inconfortable pour le président Rohani, un modéré qui s'était énormément investi dans cet accord, qui se retrouve soudain fragilisé, comme l'explique le journaliste Ahmad Parhizi, joint à Téhéran par RFI.

    A ses yeux, les grands gagnants, ce sont les ultra-conservateurs : « Je vois plein d’enthousiasme de la part des ultras sur les réseaux sociaux, parce que le retrait de Trump montre, selon eux, que Rohani et ses alliés réformateurs étaient naïfs de croire l’Occident et les Etats-Unis. C’est un grand échec pour Rohani, qui considérait l’accord comme son plus grand avantage. »

    Et de rappeler que le président « croyait que d’autres accords dans d’autres domaines seraient également possibles, notamment sur les droits de l'homme et sur la question des missiles iraniens ». « Les durs, qui avaient perdu plusieurs élections, étaient devenus très impuissants, ajoute Ahmad Parhizi. Ils comptent sur l’échec de Rohani et le désespoir du peuple pour les prochaines élections. »

    Hassan Rohani a été élu en 2013 sur la promesse des dividendes économiques d'une entente avec les Occidentaux sur le nucléaire. A l'inverse, rappelle Vincent Eiffling, les conservateurs « estiment que la République islamique ne peut exister qu’au travers cette logique de confrontation », « en faveur d’une autarcie, d’une totale indépendance de l’Iran à l’égard des puissances étrangères ».

    Maintenant, il va falloir observer quelle sera dans le détail la réponse iranienne (...) afin de se faire une idée du poids qu’a véritablement Hassan Rohani au sein du processus décisionnel, actuellement en Iran. Si maintenant l’Iran s’engage dans une logique de confrontation, que l’Iran relance massivement l’enrichissement d’uranium avec des quantités qui vont au-delà de ce qui lui était imposé, ça pourrait être un signal selon lequel ce serait bien les conservateurs, et notamment les Gardiens de la révolution, qui ont la main dans le processus décisionnel iranien

    Vincent Eiffling, université catholique de Louvain 09/05/2018 - par Anissa El Jabri Écouter

    → À la Une de la presse française : Trump déchire l’accord sur le nucléaire iranien

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