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    Moyen-Orient

    Ambassade américaine à Jérusalem: le dangereux pari de Donald Trump

    media Des Israéliens écoutent une intervention télévisée de Donald Trump, dans une café d'Ashkelon (Israël), le 8 mai 2018. REUTERS/Amir Cohen

    Lundi 14 mai, les Etats-Unis inaugureront leur ambassade à Jérusalem : la concrétisation de la reconnaissance officielle par les Américains de la ville sainte comme capitale d’Israël. Cette décision, annoncée par Donald Trump le 6 décembre dernier, suscite la réprobation de la communauté internationale et est susceptible d’alimenter les très vives tensions déjà en cours dans la région. Le président américain a décidé de mettre en œuvre une loi votée en 1995 par le Congrès mais dont l’application avait été toujours repoussée par ses prédécesseurs pour ne pas mettre en péril le processus de paix israélo-palestinien.

    De notre correspondante à Washington

    En politique internationale, le premier principe auquel obéit Donald Trump est de tenir ses promesses de campagne, de satisfaire ses électeurs. C’est notamment le cas pour le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem : en mars 2016, lors de son discours devant l’AIPAC, le plus grand lobby juif américain, le candidat à la présidence avait assuré que s’il était élu, il réaliserait ce déménagement hautement symbolique.

    La même promesse avait été faite par plusieurs de ses prédécesseurs à la Maison Blanche, mais aucun ne l’avait tenue. « Il se trouve que nous avons un président qui dit des choses qui n’ont pas de sens, mais qui les applique », lâche avec un brin d’amertume Robert Malley, directeur d’International Crisis Group. Mais l’ancien conseiller de Barack Obama pour le Proche-Orient le reconnait : « Politiquement, sur le plan intérieur, c’est un pari gagnant. Cette décision a été applaudie par les républicains, mais aussi par de nombreux démocrates. Beaucoup d’Américains considèrent que Jérusalem est de facto la capitale d’Israël et ne mesurent pas la subtilité des enjeux qui tournent autour de cette question. »

    La loi qui prévoyait le déménagement de l’ambassade a en effet été votée en 1995 avec le soutien des deux principaux partis américains. Mais c’est bien au sein du parti républicain que cette question rallie le plus de suffrages. « L’ensemble de la classe politique américaine est pro-israélienne depuis des années, en raison de l’influence du lobby des organisations juives, mais aussi du fait du poids croissant des évangéliques. Depuis une trentaine d’années, le parti républicain a récupéré les idées religieuses pro-israéliennes des groupes de chrétiens sionistes et les a transformées en plate-forme politique », constate Célia Belin, chercheuse à la Brookings Institution à Washington. Les protestants évangéliques ont une lecture littérale de la Bible et considèrent que la terre de Palestine appartient au peuple juif. C’est à ce titre qu’ils affichent un soutien indéfectible à l’Etat hébreu.

    Les frontières de Jérusalem, une question épineuse évacuée

    Avec le transfert de son ambassade à Jérusalem, l’administration américaine marque un changement de cap de sa politique après des décennies de statu quo autour de la ville sainte. Lorsqu’il a annoncé en décembre la reconnaissance de la capitale de l’Etat d’Israël, Donald Trump a affirmé que le statut de Jérusalem resterait à discuter, mais depuis, le président américain a décrété que le sujet « n’était plus sur la table des négociations ». Pour l’hôte de la Maison Blanche, le déménagement de l’ambassade américaine semble avoir tranché l’épineuse question des frontières de Jérusalem, comme s’il avait entériné les conquêtes israéliennes opérées par la force sur le terrain, en violation du droit international.

    Il faut dire que la décision américaine n’a pas soulevé de violentes réactions dans la région. Les Palestiniens, qui considèrent également Jérusalem comme leur capitale, ont été ulcérés, mais les protestations de rigueur des dirigeants arabes n’ont pas été trop virulentes. L’alliance des Américains avec l’Arabie saoudite n’a en tous cas aucunement souffert de la décision unilatérale des Etats-Unis.

    « La réaction des pays alliés des Américains dans le Golfe a été en dessous du seuil minimal - même verbal - qui aurait été satisfaisant pour les Palestiniens », rappelle  Joseph Bahout, chercheur au Carnegie Endowment for Peace, qui ajoute : « Les Etats arabes qui sont censés être les soutiens de la cause palestinienne ne le sont plus. Ils bradent cette question pour des intérêts tout autres, comme la survie de leur propre régime ou ce qu’ils perçoivent comme être la menace iranienne, contre laquelle ils veulent lutter à tout prix. Sur ce point, ils sont en convergence de vues complète avec Donald Trump. »

    « Une offre de liquidation de la question palestinienne »

    La reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël était un levier de poids dans les négociations, que les Etats-Unis ont donc abandonné. « Un cadeau aux Israéliens », selon Joseph Bahout, pour qui le transfert de l’ambassade américaine dans la ville sainte marque l’enterrement de la solution à deux Etats, « l’abandon du logiciel sur lequel tout le processus de paix a reposé depuis le début ».

    Le président américain a pourtant annoncé avoir en poche un plan de paix pour la région, qu’il présente comme « l’accord du siècle ». « En réalité, estime Joseph Bahout, c’est une offre de liquidation de la question palestinienne. Il s’agit de leur dire : vous avez perdu, il faut vous satisfaire d’un lot de consolation minimal, c’est-à-dire d’une bourgade dans la banlieue de Jérusalem comme capitale et d’un Etat  complètement fantomatique, famélique. »

    Mais cette stratégie américaine comporte des risques.  Aucun responsable palestinien ne pourrait se risquer à signer une telle reddition. « L’administration américaine joue avec le feu », considère Robert Malley. « On est en train de faire bouillir une marmite dans laquelle les Palestiniens cuisent depuis longtemps. Ce transfert d’ambassade ne fait pas avancer la cause de la paix, pas plus que déchirer l’accord avec l’Iran ne règlera le problème du nucléaire. Ce sont des décisions qui sont prises pour de mauvaises raisons avec des conséquences dangereuses. »

    Vendredi, à trois jours de l’inauguration de l’ambassade, un haut responsable de la diplomatie américaine affirmait : « Cette décision a été prise dans le meilleur intérêt des Etats-Unis. Elle va permettre servir de base à une initiative de paix fondée sur des réalités et non sur des fantasmes. Et nous sommes convaincus qu’elle entrainera une plus grande stabilité. » Le pragmatisme, la reconnaissance du fait accompli, est présenté comme un nouvel outil de la diplomatie américaine.

    Huit cents personnes, dont des membres du Congrès américain, sont invitées à la cérémonie d’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem ce lundi. Le jour n’a pas été choisi au hasard : le 14 mai est la date anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, il y a soixante-dix ans. Donald Trump avait exprimé le souhait d’être présent, mais le président américain a finalement renoncé au voyage, sans doute pour ne pas contribuer à enflammer une situation déjà très tendue. Il sera représenté par sa fille Ivanka, et par son gendre Jared Kushner conseiller de la Maison Blanche chargé du Proche-Orient. Selon un haut responsable de la diplomatie américaine, aucun membre de la délégation n’a prévu de rencontre avec les Palestiniens pendant ce séjour en Terre sainte.

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