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    Moyen-Orient

    Répression à Gaza: appels à la retenue et condamnations internationales

    media Un groupe de Palestiniens s'agglutine pour faire écran aux soldats israéliens et permettre l'évacuation d'un blessé, Gaza, lundi 14 mai 2018. REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

    Si Israël et les Etats-Unis se réjouissent du transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem, de nombreuses chancelleries s'inquiètent face à la répression sanglante des manifestations palestiniennes dans la bande de Gaza ce lundi. Les tirs des soldats israéliens auraient fait au moins 55 morts selon le dernier bilan. Il y aurait également plus de 2400 blessés, dont 1200 par balle. De nombreuses chancelleries européennes appellent à « la retenue », le gouvernement palestinien, lui, dénonce un « massacre » alors que Israël, tout come les Etats-Unis, pointent la responsabilité du Hamas.

    Le gouvernement palestinien basé en Cisjordanie occupée a accusé Israël de commettre un « horrible massacre ». Le président de l'Autorité palestinienne a décrété trois jours de deuil national et que les manifestations allaient se poursuivre. « Notre peuple n'abandonnera pas sa lutte pacifique » a promis Mahmoud Abbas, qui a également mis en cause le rôle des Etats-Unis. « Les Etats-Unis ne sont plus un médiateur au Moyen-Orient », a-t-il déclaré à Ramallah, qualifiant l'ambassade américaine de « nouveau poste avancé de la colonisation ».

    « Nous condamnons dans les termes les plus forts ces atrocités par les forces israéliennes d'occupation », a dénoncé Riyad Mansour, l’ambassadeur palestinien à l’ONU, devant les journalistes. « Si ce qui est en train de se passer en Palestine se déroulait dans n’importe quel autre pays, l’indignation serait énorme et il y aurait une action du Conseil de sécurité », a estimé le diplomate, qui a demandé au Conseil « de prendre ses responsabilités pour mettre terme à ce massacre contre notre population et traduire en justice les responsables. »

    Il y a deux responsables pour ces morts civils palestiniens : l’occupation israélienne, qui devient de plus en plus criminelle. Et ceux qui entretiennent l’impunité d’Israël et qui l’encouragent. Cela n’aurait pas été possible de voir des manifestants pacifiques se faire tirer dessus de cette manière si Israël ne savait pas auparavant qu’elle n’aurait pas à payer le prix pour de tels crimes.
    Majed Bamya Diplomate à la mission de l'Etat de Palestine auprès des Nations unies 15/05/2018 - par Murielle Paradon Écouter

    De son côté, Benyamin Netanyahu a justifié l'usage de la force par la défense des frontières. « Tout pays a l'obligation de défendre son territoire », a écrit le Premier ministre israélien sur son compte Twitter, expliquant que « l'organisation terroriste Hamas proclame vouloir détruire Israël et envoie à cette fin des milliers de personnes pour ouvrir une brèche dans la clôture de sécurité. Nous continuerons d'agir avec détermination pour protéger notre souveraineté et nos citoyens. »

    « Parmi ces manifestants se trouvent beaucoup de membres du Hamas, estime Emmanuel Nashon, le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, dont le but est d’entrer en Israël pour y commettre des actes de violences». Le diplomate affirme que les forces de sécurité israéliennes essayent « de cibler ces terroristes du Hamas, mais il faut savoir qu’ils se cachent parmi une population qui est incitée à la violence depuis très longtemps contre Israël et qu'ils essaient (…) de pénétrer par force, de détruire les frontières. »

    Il faut clarifier qu’il n’y aucune corrélation entre l’ouverture de l’ambassade américaine et les violences que nous voyons dans la bande de Gaza. Ces violences avaient été préparées depuis fort longtemps par le Hamas, qui manipule et utilise la population palestinienne. Leur seul but est d’essayer de pénétrer la frontière israélienne pour commettre en Israël des actes de violences.
    Emmanuel Nahshon porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères 14/05/2018 - par Romain Lemaresquier Écouter

    Les Etats-Unis pointent également la « responsabilité du Hamas » dans les violences et les morts à Gaza. « La responsabilité de ces morts tragiques repose entièrement sur le Hamas », qui a provoqué « intentionnellement et cyniquement cette réponse » d'Israël, a déclaré Raj Shah, le porte-parole adjoint de la présidence américaine.

    Washington estime qu'il s'agit d'une « épouvantable et malheureuse tentative de propagande ». « Le gouvernement israélien essaye depuis des semaines de maitriser la situation sans violence. Le plan de paix sera révélé au moment approprié, il sera évalué selon ses propres mérites. » Les Etats-Unis ont par ailleurs décidé de bloquer une demande d'enquête indépendante à l'ONU.

    Les Européens appellent à la « retenue »

    La France « condamne les violences » et l'Elysée prévient qu'Emmanuel Macron s'entretiendra bientôt avec les acteurs de la région. Paris demande par ailleurs qu'Israël fasse preuve de « discernement et de retenue » dans l'usage de la force. Le Quai d'Orsay rappelle le devoir de protection des civils et le droit des Palestiniens à « manifester pacifiquement », mettant en garde contre un « nouvel embrasement ».

    Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a exhorté toutes les parties à « la plus grande retenue ». Le gouvernement britannique a lui aussi appelé au « calme » et à la « retenue ». Alistair Burt, le secrétaire d'État britannique au Proche-Orient et à l'Afrique du Nord, a quant à lui réclamé de « la retenue dans le recours à des balles réelles » sur Twitter.

    Un comité de l'ONU chargé de lutter contre le racisme a appelé l'Etat hébreu à cesser « immédiatement » de faire un usage « disproportionné » de la force contre les manifestants palestiniens. Amnesty International a dénoncé de son côté une « violation abjecte » des droits de l'homme.

    Turquie, Syrie et Iran parlent d'un « massacre »

    Les mots les plus durs sont venus de la Turquie. Le président Erdogan a accusé Israël de « terrorisme d'Etat » et de perpétrer un « génocide ». Ankara a annoncé le rappel pour consultation de ses ambassadeurs en Israël et aux Etats-Unis. Le porte-parole du gouvernement avait évoqué un peu plus tôt un « massacre » à Gaza, estimant que les Etats-Unis étaient « co-responsables » de cette escalade. « En transférant son ambassade à Jérusalem, l'administration américaine a sapé les chances d'un règlement pacifique et provoqué un incendie dans la région ».

    Les autorités de Damas ont également accusé Israël de perpétrer un « massacre brutal ». « La Syrie condamne (...) le massacre brutal perpétré par l'occupation israélienne contre les civils palestiniens non armés », a indiqué une source au ministère des Affaires étrangères, citée par l'agence officielle Sana.

    Sans surprise, l'Iran condamne lui aussi le régime israélien. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif dénonce un « massacre de sang-froid d'innombrables Palestiniens » dans ce qu'il qualifie de « plus grande prison à ciel ouvert au monde ».

    Le Koweït a demandé une réunion d'urgence mardi du Conseil de sécurité de l'ONU.

    ► RFI: édition spéciale sur la situation à Gaza mardi 15 mai, de 08h15 à 9h00 (heure de Paris)

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