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    Moyen-Orient

    Irak: Mélina Boughedir condamnée à la perpétuité pour appartenance au groupe EI

    media Le Française Mélina Boughedir tenant sa fille dans les bras, de dos, lors de son premier procès à Bagdad le 19 février 2018. STRINGER / AFP

    La Française Mélina Boughedir a été condamnée ce dimanche 3 juin à Bagdad à la prison à perpétuité (soit vingt ans de prison en droit local). La jeune femme risquait la peine capitale pour avoir rejoint en 2015 le groupe Etat Islamique dans le nord de l'Irak.

    Mélina Boughedir s'est présentée devant ses juges en robe et voile noire, sa plus jeune fillette âgée de seulement 18 mois dans les bras. « Je suis innocente », a-t-elle lancé au juge en français. « Mon mari m'a dupé et, ensuite, il a menacé de partir avec les enfants », a-t-elle encore plaidé, martelant cette phrase : « Je suis contre les idées de l'Etat islamique ».

    Elle dit n'avoir plus de nouvelles de son mari - également Français - depuis la chute de Mossoul. Le couple et leur 4 enfants - dont les 3 aînés ont depuis été rapatriés en France - avait rejoint le groupe Etat islamique à l'automne 2015. Si la jeune femme redoutait cette sentence, c'est avant tout un soulagement. En étant condamnée à la prison à vie, soit vingt ans de réclusion au regard de la loi irakienne, la Française échappe à une exécution par pendaison.

    Arrêtée à l'été 2017 à Mossoul, Mélina Boughedir avait été condamnée une première fois en février dernier à sept mois de prison pour entrée illégale en Irak. En revanche, elle avait alors été acquittée des charges de terrorisme, les juges considérant que son dossier était vide. Pour Me Pradel, un des trois avocats français, la jeune femme « est assommée ». « Je crois, poursuit-il, qu'elle ne se rend pas compte de la gravité de la situation. Elle a le sentiment d'avoir subi la situation depuis le début. Elle a suivi son mari. Elle a ignoré les méthodes de l'Etat islamique ; elle s'est trouvée dans l'impossibilité de revenir en arrière à partir du jour où elle a rejoint la Syrie, puis l'Irak ».

    Revirement

    Jusqu' à ce revirement de la Cour de cassation irakienne. Réexaminant son dossier la haute juridiction, avait estimé qu'elle savait que son mari était un combattant de l’organisation État islamique.

    Mélina Boughedir, originaire de Seine-Saint-Denis avait rejoint Mossoul avec mari et enfants en octobre 2015. Elle a toujours nié avoir prêté allégeance au groupe État islamique, affirmant que son mari n'était pas un combattant mais un simple cuisinier.

    Mélina Boughedir espérait être rapidement expulsée et retrouver en France trois de ses enfants déjà rapatriés. Elle compte faire appel de la décision ; en attendant, elle va désormais retrouver sa cellule de la prison pour femmes des forces antiterroristes irakiennes à Bagdad. Cellule qu'elle partage avec Djamila Boutouatou, autre Française condamnée également à la perpétuité en avril dernier.

    Justice « légitime »

    Suite à l'annonce de cette décision, le secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, Christophe Castaner, interrogé sur Europe 1 et CNews, a estimé que la « la justice irakienne est légitime à juger » le cas de Mélina Boughedir. Une justice en qui il a dit avoir « confiance ». Ce procès était « expéditif » et n'a « en aucun cas » respecté ses droits à la défense, a, par contre, affirmé de son côté la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) citée par l'AFP.

    « Ce n'est pas la fin de l'histoire », préviennent cependant les avocats de Mélina Boughedir qui jugent qu'il existe « des raisons extra-judiciaires » à cette condamnation, comprendre des raisons politiques. Une référence aux propos tenus jeudi par le ministre français des Affaires etrangères Jean Yves Le Drian qui avait appelé bagdad à juger une « terroriste » de l'EI ayant « combattu contre l'Irak ».

    Des propos immédiatement dénoncés par les avocats de la Française ce dimanche soir. Le même Jean-Yves Le Drian ne parle plus de terrroriste mais indique que la France a pris acte de la condamnation et qu'elle respecte « la souveraineté des juridictions irakiennes ».

    La classe politique française divisée

    La classe politique française est divisée sur le traitement à réserver aux français partis en Irak ou en Syrie. A gauche, de la France insoumise au Parti socialiste, en passant par le Parti communiste, on estime qu'ils doivent etre jugés en France. Chez les Républicains et au Rassemblement national, on estime au contraire, qu'il faut qu'il soient jugés sur place.

    A propos d'un éventuel retour en France pour purger sa peine, Christophe Castaner, patron de la République en marche a considéré « qu'il existe des procédures, mais qu'elles seront longues ».


    Encore 18 ressortissants français dans l'attente de leur procès

    Capturés par centaines, après la prise de Mossoul capitale autoproclamée du groupe Etat islamique, les jihadistes étrangers défilent depuis à un rythme effrénés devant les tribunaux irakiens. Au cours d'audiences éclairs, ils écopent souvent de lourdes peines. En avril dernier, Djamila Boutoutaou fut la première française à être condamné à la perpétuité assortie d'une peine de sureté de vingt ans. Pour appartenance au groupe Etat islamique, Mélina Boughedir vient de connaitre un sort identique et une troisième française doit bientôt comparaitre.

    Dans les geoles irakiennes 18 ressortissants français seraient actuellement détenus dans l'attente de leur procès. Depuis le début de l'année prêts de 300 jihadistes étrangers ont  été condamnés et parfois à la peine capitale. Ainsi, la Cour pénale centrale de Bagdad a condamné à mort, en janvier dernier, une ressortissante allemande. Une première à l’encontre d’une femme européenne.

    La rancœur de la population à l'égard des étrangers ayant rejoint le groupe Etat islamique est telle, que les juges irakiens sont souvent plus sévères à leur égard et ne s'encombre pas de références aux droits de la défense pour les condamner sévèrement.

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