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    Moyen-Orient

    Benyamin Netanyahu en Europe: une tournée en terre non-conquise

    media Benyamin Netanyahu et Angela Merkel lors d'une conférence de presse à Berlin, le 4 juin 2018. REUTERS/Axel Schmidt

    Après l’Allemagne ce lundi et avant le Royaume-Uni ce mercredi, Benyamin Netanyahu sera reçu à Paris ce mardi. Le Premier ministre israélien doit s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron. Benyamin Netanyahu a rencontré la chancelière allemande Angela Merkel et doit rencontrer la cheffe du gouvernement britannique Theresa May. Sur la plupart des sujets, il est en désaccord avec les dirigeants européens.

    « Je m’en vais maintenant pour une visite importante en Europe. Je vais discuter de deux sujets : l’Iran et l’Iran », a déclaré Benyamin Netanyahu ce lundi 4 juin, avant de monter dans son avion. Aux yeux d’Israël, la République islamique est la principale menace existentielle pour le pays. Les autorités israéliennes dénoncent sa volonté de se procurer l’arme atomique et sa politique expansionniste au Moyen-Orient : l’installation de bases iraniennes en Syrie, près des frontières israéliennes notamment.

    « Israël n’autorisera pas l’Iran à obtenir l’arme nucléaire », a martelé Benyamin Netanyahu lors du Conseil des ministres à la veille de son départ vers l’Europe. Le Premier ministre israélien vient délivrer, une fois de plus, ce message à ces interlocuteurs européens. Mais il veut aussi discuter de « la façon de déjouer les plans d’expansion et d’agression de l’Iran à travers le Moyen-Orient, particulièrement en Syrie ». Et alors qu’Israël a mené plusieurs raids aériens contre des positions iraniennes au nord de sa frontière, Benyamin Netanyahu a assuré que dans ses entretiens à Berlin, Paris et Londres, il insistera « sur un principe simple : Israël conserve – et conservera toujours – une liberté d’action contre l’établissement d’une présence militaire iranienne où que ce soit en Syrie ».

    Mais sur le dossier iranien, une divergence de taille oppose Européens et Israéliens : leur perception de l’accord de Vienne signé le 14 juillet 2015. Benyamin Netanyahu a toujours combattu, avant même sa signature, ce texte censé contrôler le programme nucléaire de Téhéran. Les Européens, eux, continuent de le soutenir, de le juger indispensable, même après le retrait des Etats-Unis annoncé le 8 mai dernier par Donald Trump.

    à (re)lire: Nucléaire: l'Iran décide de booster sa capacité à produire de l'uranium enrichi

    Deuxième accord

    Benyamin Netanyahu aimerait que les Européens emboîtent le pas au président américain. Mais réaliste sur ses chances de succès dans cette entreprise, lui qui répète en anglais à propos de l’accord « fix it or nix it », « améliorez-le ou abandonnez-le » en français, devrait surtout plaider pour une amélioration du texte. Le Premier ministre israélien veut essayer de négocier avec ses interlocuteurs l’ajout d’un nouveau volet qui comprendrait deux questions éludées dans l’accord sur le nucléaire. La première est le programme balistique de l’Iran, la République islamique cherchant selon Israël à se doter de missiles de plus en plus puissants. La seconde est la politique expansionniste de l’Iran dans la région : sa présence au Yémen, en Irak, en Syrie et au Liban.

    Le Premier ministre israélien pourrait reprendre à son compte une idée d’Emmanuel Macron. Lors de sa visite aux Etats-Unis fin avril, le président français avait lui-même proposé à Donald Trump de négocier un deuxième accord avec l’Iran. Téhéran a dit son opposition à ce projet mais « comme on se trouve à une étape charnière où finalement les Iraniens font pression sur les Européens pour non seulement préserver l’accord mais en plus compenser le retrait des Etats-Unis, les Européens ont la possibilité de faire pression à ce stade sur les Iraniens pour imposer des conditions plus strictes de l’accord et pour rajouter des clauses sur le programme balistique », juge Emmanuel Navon, professeur de relations internationales à l’université de Tel Aviv.

    ANALYSE
    En ce qui concerne la France, il va se focaliser sur l'idée qu'Emmanuel Macron avait soulevée lorsqu'il était aux Etats-Unis le mois dernier. A savoir exiger de la part de l'Europe et que l'Europe exige de la part des Iraniens de signer un «accord supplémentaire» - c'est le terme qu'avait utilisé Macron - sur la question du programme balistique de l'Iran et de son soutien aux milices chiites au Proche-Orient.
    Emmanuel Navon, professeur de relations internationales à l’université de Tel Aviv 05/06/2018 - par Guilhem Delteil Écouter

    « Honte » pour la France

    Autre sujet de discorde en perspective : la situation dans la bande de Gaza. Depuis deux mois, des manifestations ont lieu dans l’enclave palestinienne le long de la barrière de séparation avec Israël. L’armée israélienne les qualifie d’émeutes et a fait usage de balles réelles à l’encontre des protestataires, tuant plus de 100 personnes dans ces rassemblements. 62 d’entre elles ont été tuées au cours d’une seule journée : le 14 mai. Des actes qualifiés d’« odieux » par Emmanuel Macron.

    Vendredi, le Conseil de sécurité de l’ONU a eu à se prononcer sur deux projets de résolution opposés. L’un, présenté par le Koweït, appelait à la mise en place d’une protection internationale des civils palestiniens. L’autre, défendu par les Etats-Unis, condamnait le Hamas pour les tirs d’une centaine de roquettes et d’obus de mortier la semaine dernière vers le territoire israélien.

    « La France finalement a voté pour un texte qui condamne Israël et elle s’est abstenue sur un texte qui condamne le Hamas », relève Frédérique Schillo, historienne et auteur de La politique française à l’égard d’Israël. « C’est assez déplorable pour l’image de la France en Israël et certains, sans doute, comprendront mal ce geste », poursuit-elle. Le vice-ministre israélien en charge de la diplomatie a d’ailleurs sur Twitter estimé que ce vote était « une honte » pour la France qui soutenait là, à ses yeux, un texte « antisémite ».

    Fossé entre Israël et l’Europe

    Mais si la France est critiquée en Israël, l’inverse vaut également. Invité à l’Assemblée nationale mi-mai, le président du Parlement israélien, la Knesset, avait été entendu par les députés membres de la commission des Affaires étrangères. Et les discussions avaient été houleuses : Jean-Paul Lecoq, élu communiste, avait notamment accusé Israël d’être « un Etat terroriste ». La visite de Benyamin Netanyahu à Paris suscite aussi des remous : des manifestations sont prévues ce mardi. Des appels à annuler la saison croisée France-Israël, série d’échanges culturels et scientifiques qu’Emmanuel Macron et Benyamin Netanyahu inaugureront ce mardi, ont été lancés.

    « Il faut toujours la discussion et le dialogue mais à la condition d’une extrême fermeté sur les principes », juge Clémentine Autain, députée de la France Insoumise. Pour elle, la France est trop conciliante à l’égard d’Israël : « Nous sommes face à un gouvernement qui terrorise les Palestiniens, qui les tue. Les Gazaouis sont en train de mourir. Il faut maintenant taper du poing sur la table car cette situation dure depuis trop longtemps. Netanyahu avec Trump sont en train de déstabiliser la région entière. »

    Entre le dossier iranien, la réponse militaire aux manifestations à Gaza, les constructions dans les colonies, les sujets de tension entre Israël et les pays européens ne manquent pas. Mais même si Benyamin Netanyahu évoquait une « visite importante » en Europe, le gouvernement israélien ne cache guère que le continent lui importe peu. « Il y a un pays dans le monde avec lequel nous partageons les mêmes valeurs et les mêmes intérêts : les Etats-Unis d’Amérique et nous avons de la chance que le plus fort de la classe soit de notre côté », déclare Yoav Gallant, ancien officier devenu ministre et désormais membre du cabinet de sécurité israélien. « Nous allons essayer de réduire le fossé entre l’Europe et nous », assure le responsable politique. Mais Benyamin Netanyahu ne se montre pas avare de critiques envers les pays européens. Et avec un soutien sans faille désormais de l’administration américaine, le gouvernement israélien ne semble pas prêt à infléchir ses positions et tendre la main à des partenaires qu’il estime peu.

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