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    Moyen-Orient

    Entre pressions et restrictions, comment faire de la recherche en Egypte?

    media Manifestation à Rome, en juillet 2016, pour demander justice pour Giulio Regeni, étudiant italien assassiné au Caire quelques mois plus tôt. VINCENZO PINTO / AFP

    Il y a deux ans et demi, l'assassinat du doctorant italien Giulio Regeni en Egypte avait provoqué l'émoi de la communauté scientifique internationale et inauguré une longue crise diplomatique entre Le Caire et Rome. Mais cette vague d'indignation a peu bénéficié aux chercheurs sur le terrain. Le quotidien de ceux travaillant sur des sujets sensibles reste rythmé par les restrictions, les intimidations, quand ils ne risquent pas la prison. Or, en Egypte, difficile désormais de déterminer où se situe la ligne rouge.

    Vendredi 25 mai, Walid al-Shobaky, étudiant en doctorat de l'université de Washington, disparaissait au Caire. Trois jours plus tard, celui qui s'intéresse au système judiciaire égyptien réapparaît devant le parquet de la sûreté de l'Etat. Il est alors envoyé 15 jours en détention préventive. Selon l'avocat Mokhtar Mounir, cité par le média Mada Masr, Walid al-Shobaky est accusé de relayer de fausses informations et d'appartenir à un mouvement terroriste, dans la même affaire qui vaut aujourd'hui au blogueur et journaliste Wael Abbas de subir un sort similaire.

    Moins d'une semaine auparavant, Ismaïl Alexandrani, chercheur spécialisé sur la péninsule du Sinaï était condamné par un tribunal militaire à dix ans de prison - une peine extrêmement lourde -, reconnu coupable d'avoir publié des secrets militaires et des informations susceptibles de nuire à la sécurité de l'Etat. La région, où prospèrent les factions jihadistes, est très sensible pour le pouvoir égyptien.

    « Clairement, la communauté scientifique en Egypte n'a pas bénéficié de la mobilisation consécutive à l'assassinat de Giulio Regeni en 2016 », constate amèrement la chercheuse Leslie Piquemal, chargée de plaidoyer à l'ONG Cairo Institute for Human Rights Studies. Une mobilisation des universitaires du monde entier - doublée de multiples condamnations européennes - destinée avant tout à demander une enquête impartiale sur la mort du doctorant italien, dont le corps, atrocement mutilé, avait été retrouvé dans la banlieue du Caire quelques jours après sa disparition.

    En janvier dernier, le procureur en chef de Rome a déclaré que son sujet d'étude - portant sur les syndicats ouvriers - avait été le motif de son assassinat. Les autorités égyptiennes, vers qui se portent tous les soupçons, avaient dès le mois de mars 2016 conclu à la culpabilité d'un gang cairote.

    Perçus « comme des espions »

    A l'époque des faits, l'Association for Freedom of Thought and Expression (AFTE), un groupement d'avocats et de chercheurs égyptiens, avait déjà documenté le sentiment de peur qu'éprouvaient de nombreux universitaires étrangers se rendant en Egypte dans le cadre de leurs travaux. De même que les nombreux obstacles qui se présentaient à eux : lenteurs administratives, contrôles abusifs, intimidations. « Les services de sécurité égyptiens regardent les chercheurs étrangers avec suspicion et méfiance », affirmait alors Khaled Fahmy, éminent professeur à l'Université américaine du Caire. « Sur la base de diverses conversations avec des responsables de la sécurité des Archives nationales », l'enseignant expliquait que ceux-ci, par exemple, les percevaient « comme des espions ».

    « Et le statut de ressortissant étranger ne vous protège en rien », précise Leïla*. Il y a deux ans, alors étudiante en Master dans une université parisienne, cette jeune Franco-Egyptienne se rend sur les rives du Nil pour poursuivre des travaux portant sur l’organisation de la société civile égyptienne. Nous sommes quelques jours seulement après la mort de Giulio Regeni, et « aucun des professeurs que j’avais à l’époque ne réalisait la gravité de la situation sur place », raconte-t-elle aujourd’hui à RFI. « L’histoire de Regeni était encore très floue. »

    A son arrivée, les choses se compliquent rapidement. « C’est le genre de scénario qui va extrêmement vite, et qui n’a pas vraiment de sens. » Son sujet délaissait à dessein la politique - jugée déjà trop sensible - pour aborder des aspects plus sociétaux. Las, « on finit vite par pointer les lacunes du système, admet-elle, et je pense qu’il y a eu une grande inquiétude sur le résultat de mes observations ».

    Sa famille présente en Egypte commence à recevoir des appels en pleine nuit, des menaces. « Leurs auteurs montraient bien qu’ils connaissaient chacun de mes proches et sous le prétexte de vouloir les protéger d’une "traitre à son pays", ils les ont convaincus de me tenir loin du Caire et de mes travaux. » La stratégie opère et Leïla devient prisonnière des siens, loin de la capitale. Pendant trois semaines, elle reste recluse. La pression est constante, jusqu’à ce que son père, appelé de France par les autorités égyptiennes, ne finisse par venir la récupérer pour la ramener en métropole. Leïla devait rester cinq mois en Egypte, elle n’en aura passé que deux.

    Epée de Damoclès

    Les chercheurs égyptiens, eux, peuvent être sujets à d'autres formes de pression. Dans les universités publiques, les doctorants ont le statut de maître-assistant, de fonctionnaires, tout comme les professeurs. Un statut qu'ils peuvent perdre à tout moment, notamment si leur permission de s'absenter du pays - pour continuer des recherches à l'étranger par exemple - n'est pas renouvelée. Or cette autorisation dépend du bon vouloir des services de sécurité, note-t-on au Cairo Institute.

    Hany M. El-Hosseiny, maître de conférences en mathématiques à l'université du Caire, confirme à RFI que les autorités égyptiennes surveillent de près les départs de leurs chercheurs à l'étranger, même pour un colloque de quelques jours : « L’enseignant qui veut voyager doit demander l’accord explicite de quatre services de sécurité. Ces demandes doivent être faites deux mois à l’avance, et dans beaucoup de cas l’accord n’arrive pas à temps. »

    « Le problème, c'est qu'aujourd'hui, on n'arrive plus à déterminer ce qui peut constituer un sujet sensible ou non, déplore par ailleurs Leslie Piquemal. Ce qui peut être toléré, ce qui peut être risqué ou ce qui peut carrément vous mener en prison. »

    Et si la presse occidentale esquisse fréquemment des parallèles entre les régimes autoritaires d'Hosni Moubarak (1981-2011) et de l’actuel chef de l'Etat Abdel Fattah al-Sissi, les chercheurs, de leur côté, distinguent bien les deux périodes. Certes, dans l’Egypte de l’ancien raïs, « il y avait des lignes rouges », rappelle Leslie Piquemal, mais elles étaient moins nombreuses, et surtout connues. Aujourd’hui, l’invocation de la « sécurité nationale » suffit à refermer toutes les portes et à envoyer certains universitaires derrière les barreaux.

    Universitaires sur le qui-vive

    Dans ces conditions, la coopération internationale entre universités en prend forcément un coup. Tout comme les sorties du territoire, les visites de professeurs étrangers sont l’objet d’une vérification bien plus méticuleuse de la part des services de sécurité égyptiens. « Avant 2013, nous étions contraints seulement à [les] informer par écrit deux ou trois semaines avant l’arrivée d’un confrère étranger », se souvient Hany M. El-Hosseiny. Même au sein d'un programme d'échange très officiel entre établissements, les « obstacles et les restrictions peuvent apparaître », confiait un membre d'une institution de recherche européenne présente en Egypte à l'AFTE, en 2016.

    La mort de Giulio Regeni a aussi agi comme un électrochoc dans les universités occidentales. De nombreuses directions ont fait parvenir des consignes de prudence aux étudiants ou professeurs souhaitant se rendre en Egypte, à l’image de l’Association pour les études sur le Moyen-Orient (Etats-Unis) qui a mis en garde contre « l’augmentation des intimidations » d’universitaires dans le pays. Des consignes dont les centres français, à l’instar de l’Iremam, se sont aussi faits l’écho.

    Certaines universités britanniques sont allées plus loin en renonçant à envoyer des candidats ou en en rapatriant d'autres prématurément. « En termes juridiques et d'assurance, il est pratiquement impossible pour une université d'autoriser la recherche lorsqu'il existe un risque crédible que l'étudiant soit tué. », explique à RFI un spécialiste du Moyen-Orient à la London School of Economics, qui a requis l'anonymat. Celui-ci tient à préciser qu'il n'y avait en revanche « pas de risque crédible au moment où l'université de Cambridge a autorisé les recherches de Regeni, pas de cas de chercheurs étrangers torturés, ou retrouvés morts. »

    En Grande-Bretagne, l'affaire Regeni reste très sensible notamment depuis qu'une partie de la presse italienne s'est déchaînée contre la prestigieuse université anglaise ainsi que sur la tutrice du jeune Italien, Maha Abdelrahman, soupçonnée, entre autres, de l'avoir poussé sur un sentier d'étude qu'elle savait risqué. Des soupçons perçus, outre-Manche, comme une manière d'exonérer les autorités égyptiennes de la mort de l'étudiant qui aurait eu 30 ans cette année.

    * Le prénom a été modifié


     ■ Un nouvel élément dans l'affaire Regeni

    Début juin, un procureur italien, de retour du Caire, a ramené dans ses valises un enregistrement vidéo qui pourrait s'avérer capital pour l'avancée de l'enquête sur la mort de Giulio Regeni. Il s'agit d'une vidéo provenant d'une caméra de surveillance du métro cairote où le chercheur italien a disparu. Mais selon le New York Times, les chances que l'on y observe les mouvements de Mr. Regeni sont faibles, les bandes ayant été en grande partie réutilisées pour des enregistrements ultérieurs. Il aura fallu 27 mois de négociations pour que ces bandes puissent être consultées par la partie italienne.

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