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    Moyen-Orient

    Iran: Rohani promet une riposte aux sanctions américaines

    media Le président Rohani donnant une interview à la télé iranienne à Téhéran, le lundi 6 août 2018, à la veille du rétablissement des sanctions américaines. IRANIAN PRESIDENCY / AFP

    Peu après la signature par le président américain du décret pour l'entrée en vigueur des sanctions américaines contre l'Iran, le président Hassan Rohani a dénoncé l'attitude de Donald Trump. Ce lundi 6 août, dans un entretien télévisé à quelques heures du rétablissement des sanctions, le président iranien a rejeté toutes négociations avec Washington dans la situation actuelle, tandis que l’administration Trump n’a aucune confiance en Téhéran.

    Donald Trump avait mis un peu plus d’un an à se retirer officiellement de l’accord sur le nucléaire iranien, mais il n’a jamais caché qu’il était résolument contre. Sans doute en partie parce que c’était l’un des succès diplomatiques majeur de l’administration Obama. Plus généralement, le président américain n’a aucune confiance en Téhéran, avec lequel il aime se montrer dur et intransigeant. La surprise aurait donc été qu’il ne rétablisse pas les sanctions contre l’Iran, rapporte notre correspondant à New-York, Grégoire Pourtier.

    Hassan Rohani : « Les Etats-Unis cherchent à créer le doute »

    Dans sa première réaction aux sanctions américaines, le président Rohani a affirmé qu'on ne pouvait pas à la fois vouloir des négociations et imposer des sanctions contre l'Iran, indique de son côté notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi.

    « En même temps que des sanctions, que signifie proposer des négociations, demande Hassan Rohani. Si quelqu'un, face à son concurrent ou son ennemi, sort un couteau et lui plante le couteau dans le bras et demande en même temps de négocier, la réponse est qu'il doit d'abord remettre son couteau dans sa poche et venir à la table des négociations et à la logique des négociations. Ils cherchent à créer le doute chez les Iraniens dans une guerre psychologique. »

    Dans son intervention télévisée, le président Rohani a donc rejeté toute négociation avec les Etats-Unis dans la situation actuelle.

    Hassan Rohani s'est exprimé comme un président contraint
    Clément Therme, chercheur sur l'Iran 07/08/2018 - par Anissa El Jabri Écouter

    La question est maintenant de savoir s’il y a une stratégie précise des Etats-Unis établie derrière tout ça. Car si les Etats-Unis se sont retirés, les autres signataires, l’Iran mais aussi les puissances européennes, la Russie, la Chine… tous voulaient poursuivre un processus qui, malgré ses défauts semblait porter, quelques fruits.

    Donald Trump a-t-il mieux à proposer ?

    Donald Trump souhaite désormais discuter avec Téhéran, et ce double langage, agressivité et sanctions d’une part, volonté de dialogue d’autre part, pourrait rappeler la méthode qu’il a déjà utilisé avec la Corée du Nord, même si les deux cas sont bien différents. En Iran, le contexte est assez explosif avec une crise économique, une crise sociale, qui fragilisent l’État. Même si les autorités américaines ne peuvent pas le reconnaître publiquement, leur objectif pourrait bien être de faire tomber le régime iranien, rapporte encore notre correspondant à New-York, Grégoire Pourtier.

    Avant même leur entrée en vigueur, les nouvelles sanctions américaines ont durement touché l'économie iranienne avec une chute vertigineuse de la monnaie iranienne. Cette chute a provoqué une très forte augmentation des prix de tous les produits, notamment de consommation courante.

    Dans les magasins, certains produits commencent à manquer. Ce qui accentue encore les craintes de la population.


    Dans les rues de Téhéran, l’heure est au pessimisme

    Sajjad est un jeune ingénieur en développement de 35 ans venu fumer le narguilé avec deux de ses copains sur une place du centre de Téhéran :

    « Les sanctions vont créer une telle paralysie que cela dépassera les capacités d'endurance des gens, estime-t-il. Je dois personnellement passer plus de temps pour assurer mes besoins. Peu à peu, que nos économies vont se tarir, vous allez vous rendre compte qu'avant on pouvait peut-être sortir une fois par mois, mais maintenant ce n'est plus possible. Dans la société pour laquelle je travaille, de nombreux travailleurs afghans ou étrangers sont en train partir. Très directement, ils vous disent, en montrant les billets de banque de leurs pays, que leur monnaie nationale a plus de valeur que la nôtre et qu'ils vont rentrer au pays même s'ils ne pourront pas trouver de travail sur place et vont ensuite en Turquie. »

    Davoud, un coursier de 24 ans, entouré de plusieurs de ses camarades, attend sous la chaleur un client sur une place du nord de Téhéran :

    « Soyez certain que le dollar va encore augmenter beaucoup, commente-t-il. Plus on s'approche du mois de novembre et de l'application des sanctions pétrolières, ce sera le tarissement des ressources du pays. Du matin au soir, on est assis avec les copains pour parler, notamment des sanctions. On a le stress pour savoir ce que vont devenir notre femme et nos enfants. Personnellement, je suis arrivé au point zéro. Par rapport à il y a six mois, on achetait un kilo de riz 80 000 rials, aujourd'hui, il vaut le double. Il y a quelques jours, je suis allé dans un supermarché, il n'y avait pas un litre d'huile ni de sauce tomate. »

    S.G.

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