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    Lieux oubliés: «The Egg», témoin oublié de la grandeur et décadence du Liban

    media Le dôme du City Center, appelé aussi «The Egg», «l'oeuf», à Beyrouth. RFI/Milad Ayoub

    Un immeuble imposant dans le centre-ville de Beyrouth interpelle les visiteurs. « The Egg » est le témoin oublié des années glorieuses du Liban et de la guerre civile qui a ravagé le pays. Quel sort lui sera réservé ?

    De notre correspondant à Beyrouth,

    Dans le centre-ville de Beyrouth, flambant neuf mais sans âme, trône un imposant bâtiment à la forme insolite. Ses structures grisâtres et ses façades noircies par le temps tranchent avec la propreté des murs beiges des bâtisses qui l’entourent. Le cœur de la capitale libanaise, dévasté par la guerre civile (1975-1990), a été exproprié puis reconstruit par une société privée, Solidere, créée par l’ancien Premier ministre assassiné en 2005, Rafic Hariri.

    Le Dôme du City Centre, appelé aussi « The Egg » (« L’œuf »), est l’un des derniers rescapés de la guerre. Pendant près de 15 ans, il a changé de main à plusieurs reprises, au gré des combats, tantôt servant de position fortifiée pour les snipers qui semaient la terreur, tantôt de squat pour des familles déplacées.

    Il a vu défiler sous ses murs les milices libanaises de tous bords, les combattants palestiniens, l’armée syrienne, les troupes d’invasion israélienne, arrivées au cœur de Beyrouth en 1982, la Force multinationale occidentale (Américains, Français, Britanniques et Italiens), et toutes sortes de gangs armés et autres racketteurs, qui ont imposé leur loi à une population livrée à elle-même.

    Son toit, en forme de coquille d’œuf, porte encore les stigmates de la guerre. Parsemé d’éclats d’obus et d’impacts de roquettes, il a malgré tout résisté à la férocité des combats, alors que d’autres bâtiments, non moins prestigieux, n’étaient plus qu’un tas de ruines.

    Témoin du faste et des malheurs

    Spectateur impuissant de la guerre, le Dôme est aussi le témoin de la prospérité des années 1960. Ces années folles, où le Liban, avec son savoir-faire bancaire, la grande marge de liberté politique et individuelle et la beauté de ses paysages, attirait l’élite dirigeante arabe, qui venait juste de goûter aux avantages de la manne pétrolière. C’est d’ailleurs dans l’optique de consacrer Beyrouth comme phare de la modernité dans le monde arabe que ce projet a été conçu et confié à l’un des pionniers du modernisme au Liban, l’architecte Joseph Philippe Karam.

    Ce qui devait être le plus grand centre commercial du Moyen-Orient comprenait cinq sous-sols de parkings et une tour centrale avec des bureaux sur 12 et 20 étages. Le cinéma en forme de bulle futuriste, réalisée par l’ingénieur Georges Tabet, était « une prouesse architecturale pour l’époque », écrit le site Beirut Urban Memory, dédié « aux mémoires collectives et individuelles dans l’espace urbain beyrouthin ». Le chantier, lancé en 1965, n’a cependant jamais été achevé. Les travaux ont été interrompus par la guerre en 1975 et seuls les sous-sols et la coque du cinéma ont été terminés.

    «The Egg», le témoin oublié des années glorieuses du Liban. Milad Ayoub/RFI

    Une mémoire défaillante

    « The Egg » est donc un lieu de mémoire, témoin de la montée et de la chute d’un pays dépassé par les enjeux géopolitiques d’une région tourmentée. Une mémoire avec laquelle certains Libanais hésitent à se réconcilier, refusent d’admettre ou qu'ils ne connaissent pas assez. Tous les matins, des dizaines de milliers de personnes passent sous les murs de cette imposante bâtisse, sans l’apercevoir. Et si les passants la regardent, ils ne semblent pas la voir.

    « Je ne connais pas l’histoire de ce bâtiment, nous confie Khaled, un trentenaire, employé dans une banque de la place. Je ne m’y suis jamais intéressé et d’ailleurs, je le trouve laid et je me demande pourquoi il n’a pas encore été démoli ». Ce n’est pas l’avis des plus âgés. « Solidere a détruit plein de bâtisses mythiques, qui faisaient partie intégrante de notre mémoire et de notre patrimoine, pour les remplacer par des immeubles neufs et propres mais impersonnels et sans âme, soutient Ramez, ancien propriétaire d’une boutique dans le centre-ville de l’avant-guerre. "L’œuf" est le dernier survivant d’une belle époque. Il fait partie de notre identité, il doit être préservé ».

    Solidere a longtemps hésité sur le sort qu’il fallait réserver à ce bâtiment. En 2004, la société fait appel à l’un des plus célèbres architectes libanais de renommée internationale, Bernard Khoury. « Il propose deux projets visant à sublimer Le Dôme tout en mettant en avant sa dimension mémorielle forte, écrit Beyrouth Urban Memory. Le premier préservait les traces de la guerre, mais en enrobant le dôme d’une structure métallique évoquant un gigantesque échafaudage, symbole d’une neutralisation de la guerre et de la violence. Le second projet proposait, lui, de parer le dôme d’une multitude de miroirs en mosaïque sur la coquille, reflétant le paysage urbain de manière fragmentée, faisant peut-être allusion à la dislocation de l’ancien tissu urbain ».

    Le projet débute en 2005 mais est interrompu après l’assassinat de Rafic Hariri en février de la même année. Le centre-ville de Beyrouth devient, pendant des années, un lieu de manifestations et de contre-manifestations, rendant impossible le démarrage de tout chantier. Entre-temps, Solidere connaît de graves difficultés dues au ralentissement de l’activité économique et immobilière au Liban, qui s’aggrave avec le début de la guerre en Syrie.

    La parcelle qui abrite « The Egg » et des terrains environnants sont alors vendus aux Emirats arabes unis dans le cadre d’une des plus grandes transactions foncières réalisées par la société. En 2011, des rumeurs circulent sur l’intention des nouveaux propriétaires du terrain de démolir le bâtiment. L’Association « Sauvez le patrimoine de Beyrouth » lance alors une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux et dans les médias, appelant à préserver ce site.

    Aujourd’hui, « The Egg » trône toujours au milieu d’immeubles en construction au cœur de la capitale. Mais ce n’est qu’un sursis, tant que la mémoire des Libanais restera défaillante.

    ►Notre série sur les  Lieux oubliés

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