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    Moyen-Orient

    Syrie: dans la bataille annoncée d'Idleb, chaque camp fourbit ses armes

    media Scène de guerre à Idleb, en Syrie, le 20 novembre 2016 (illustration). REUTERS/Ammar Abdullah

    En Syrie, les signes avant-coureurs d’une prochaine offensive de l’armée gouvernementale contre la province d’Idleb se multiplient, malgré les mises en garde occidentales et turque d’une probable «catastrophe humanitaire». Ce jeudi 30 août, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, qui se trouvait à Moscou, a réaffirmé la détermination de Damas à «libérer tout le territoire syrien malgré les menaces d’une attaque tripartite menée par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne», selon ses propres termes. L’offensive d’Idleb, si elle a lieu, est présentée comme l’une des dernières grandes batailles du conflit syrien, mais aussi l’une des plus meurtrières.

    Avec nos correspondants à Beyrouth, Paul Khalifeh et à Moscou, Jean-Didier Revoin

    Effectivement, Idleb sera une des dernières et des plus meurtrières batailles. La concentration des forces militaires à l’intérieur et autour de cette province du nord-ouest est tellement importantes, que la bataille s’annonce féroce.

    Idleb est le plus important bastion du groupe Hayat Tahrir al-Cham, l’ancienne branche d’al-Qaïda, dont le chef Abou Mohammad al-Joulani, contrôle, avec ses 25000 hommes, plus de la moitié du terrain, y compris la capitale provinciale, précise notre correspondant régional, Paul Khalifeh.

    Il existe aussi une multitude de groupes rebelles, dont onze factions, islamistes en majorité, et proches de la Turquie, qui se sont regroupées le 10 août, au sein du Front national de libération. Ces groupes disposent de chars, d’artillerie mais aussi de dizaines de drones armés. Depuis début juillet, ils en ont lancé plus de 45 contre la base aérienne russe de Hmeimim, dans la province voisine de Lattaquié.

    Face aux 70000 rebelles, l’armée syrienne a déployé les gros moyens dont la 4ème division d’élite de la Garde républicaine et les forces du «Tigre», le célèbre général Souheil al-Hassan, qui a gagné toutes ses batailles. Presque cent cinquante mille hommes vont s’affronter.

    Il faut compter aussi des dizaines d’avions russes qui opèrent déjà dans cette province, où l’armée turque a installé 12 postes d’observation et déployé 1300 soldats. Il s’agit d’un champ de bataille extrêmement complexe.

    La Russie annonce des manœuvres en Méditerranée

    Alors que chacun compte ses troupes, le ministère russe de la Défense a annoncé que ses troupes procéderaient à des manoeuvres en Méditerranée orientale, rapporte notre correspondant à Moscou, Jean-Didier Revoin. Vingt-cinq navires et 30 avions de l'armée russe parmi lesquels des bombardiers stratégiques participeront à des manoeuvres navales en Méditerranée du 1er au 8 septembre.

    Pytlivy, navire de guerre russe franchissant le Bosphore en direction de la Méditerranée, le 24 août 2018. REUTERS/Yoruk Isik

    Officiellement, il s'agit de procéder à des exercices de défense anti-aériens, anti sous-marins et anti-mines mais on ne peut s'empêcher de mettre cette annonce en lien avec les propos de l'ambassadeur de Russie aux Etats-Unis qui a déconseillé à Washington de s'engager dans une «nouvelle agression illégale et sans fondement en Syrie».

    Pour Moscou, elle ne profiterait qu'aux «terroristes» alors que Damas s'apprête à lancer l’offensive contre leur ultime bastion syrien d'Idleb. Plus tôt cette semaine, les médias russes avaient déjà relaté un renforcement de la présence militaire au large de la Syrie, Moscou redoutant des frappes occidentales contre les troupes de Bachar el-Assad.

    L'annonce de ces manoeuvres permet à Moscou de montrer sa détermination, une détermination réaffirmée par le ministre russe des affaires étrangères. Au terme d'une rencontre avec son homologue syrien jeudi, Sergueï Lavrov  a précisé que la Russie avait mis en garde les Occidentaux de ne pas «jouer avec le feu».

    Les civils otages du champ de bataille

    Sur ce champ de bataille, il y a aussi les civils, qui risquent d’être pris entre les feux croisés des belligérants. Rappelons qu’il y a, à Idleb, près de 2 millions et demi de civils, dont un million de réfugiés d’autres régions de Syrie. L'ONU s'inquiète d'une opération qui pourrait faire de nombreuses victimes civiles et jusqu'à 800.000 déplacés, dans cette région densément peuplée.

    Ecoutez Staffan de Mistura, envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie: «Je suis prêt à me rendre sur place» 31/08/2018 - par RFI Écouter

    Staffan De Mistura, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, s’est dit prêt à se rendre sur place pour l'ouverture d'un couloir humanitaire. Ce n'est pas la première fois que l'émissaire onusien propose de se rendre ainsi sur le terrain en Syrie. « Vous vous souvenez probablement de la période horrible d'Alep, quand les combattants d'al-Nosra ont refusé ma proposition d'accompagner leur sortie de la ville... et ils sont finalement partis pour Idleb. A cause de cela nous avons perdu au moins deux mois et des milliers de personnes sont mortes... Donc une fois de plus, je suis prêt à m'engager personnellement et physiquement. Cette fois avec la coopération du gouvernement [syrien] puisqu'il contrôle les régions alentours ».

    L’aviation syrienne lance des tracts appelant les habitants à s’éloigner des positions des rebelles et des jihadistes et à coopérer avec les troupes gouvernementales. Ces dernières ont ouvert des corridors sécurisés, au sud-est de la province, pour permettre aux civils qui le souhaitent de fuir. Une quinzaine de milliers de personnes, des femmes et des enfants en majorité, auraient emprunté ces passages, surveillés par la police militaire russe.

     

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