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    Moyen-Orient

    Avion abattu en Syrie: Russie et Israël jouent l'apaisement

    media Le ministère russe de la Défense, à Moscou. Vasily MAXIMOV / AFP

    Quinze soldats russes ont été tués dans le crash d’un avion militaire de reconnaissance abattu par la défense anti-aérienne syrienne, qui répondait à un raid de l’aviation israélienne. Jamais un incident aussi grave n'était arrivé entre la Russie et l’armée syrienne. Dans un premier temps, la colère de Moscou s’est dirigée vers Israël.

    Moscou a d’abord réagi à l’incident sur un ton très ferme, note notre correspondant à Moscou, Daniel Vallot. Pour le ministère russe de la Défense, Israël a « délibérément » provoqué les tirs qui ont entraîné la chute d'un avion, tuant 15 soldats russes. « Nous nous réservons le droit de répondre de manière adéquate », déclarait le porte-parole du ministère russe ce 18 septembre au matin.

    Dans la journée, la tension a continué de monter avec la convocation au ministère des Affaires étrangères de la numéro deux de l’ambassade israélienne à Moscou.

    Cet après-midi, le ton et le cap ont changé avec les déclarations de Vladimir Poutine : le président russe a évoqué un « enchainement de circonstances accidentelles et tragiques » et refusé de tracer un parallèle entre cet incident et celui survenu en 2015 avec la Turquie lorsque celle-ci avait abattu un avion de chasse russe.

    La réponse de la Russie se limitera essentiellement à un renforcement de la sécurité pour les installations militaires russes déployées en Syrie, a ajouté le Kremlin. Pas question d’ouvrir une crise diplomatique ou stratégique de premier plan avec Israël.

    Vladimir Poutine lui-même qui a adopté ce discours plus conciliant envers l’Etat hébreu lors d'une interview télévisée. « Cela ressemble à un enchainement de circonstances accidentelles et tragiques, a-t-il déclaré. Nous ne pouvons pas faire la comparaison avec l’incident survenu en 2015, lorsqu’un avion de l’armée turque avait abattu l’un de nos appareils. La situation est complèétement différente : car à l’époque, l’avion turc avait délibérément tiré sur notre avion ».

    « Nous devons examiner avec beaucoup de sérieux ce qui s’est passé, a poursuivi l'hôte du Kremlin. Notre position a été exposée dans un communiqué du ministère russe de la Défense. En ce qui concerne notre réponse, elle consistera principalement à renforcer la sécurité de nos forces armées et de nos infrastructures en Syrie. Ce seront des mesures que tout le monde remarquera ».

    Attaque justifiée pour Israël

    Pendant plusieurs heures, les autorités israéliennes se sont tues, ne faisant pas plus de commentaires qu'à l'habitude sur les opérations menées en Syrie, explique de son côté notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil. Face à la gravité de l'incident et aux accusations russes, le pays a décidé de livrer sa version des événements par un communiqué de l'armée.

    Fait rare, Israël confirme avoir mené des frappes la nuit dernière dans la région de Lattaquié, en Syrie. Il s'agit d'un bâtiment abritant un système de production d'armes devant être transféré au Hezbollah libanais qui était visé. Les armes ainsi fabriquées auraient ensuite servi à attaquer Israël, assure l'état-major. Elles représentaient « une menace intolérable ».

    L'armée israélienne assure également avoir mené une enquête préliminaire sur l'incident. De son point de vue, le tir syrien n'était pas justifié. Tous les avions israéliens étaient alors de retour dans l'espace aérien national, assure-t-elle. Et elle affirme que l'avion russe n'était pas dans la zone d'opération au moment des frappes israéliennes.

    Du point de vue israélien, le régime syrien porte donc la responsabilité de cet incident. Ainsi que l'Iran et le Hezbollah qui cherchent à transférer des armes menaçant Israël. Le pays dit exprimer son « chagrin » après la mort des quinze soldats russes et promet de partager avec Moscou ses informations sur cet incident.

    Cette réponse israélienne représente aussi une manière d'éviter une escalade diplomatique, selon Jean-Patrick Gaviard. « Lorsqu'un territoire est défendu par un missile sol-air, une acquisition est faite par un radar qui observe ce qui se passe dans le ciel et qui détecte tous les avions qui survolent la zone, explique cet ancien commandant de la défense aérienne française. Dans cette affaire, la seule solution pour passer dans l'espace aérien est de se cacher derrière un gros avion. Le radar sol-air qui observe cet avion russe pense que c'est un avion ennemi puisqu'ils ont détecté des avions israéliens comme ennemis. A ce moment, le radar de tir va se diriger non pas vers les avions de chasse israéliens mais sur l'Iliouchine qui est beaucoup plus gros. Il est clair que si les Israéliens n'expliquent pas que c'est un tir fratricide entre une batterie sol-air et l'avion russe Iliouchine II-20, cela peut être traité comme "les Israéliens ont abattu un Iliouchine 20" avec tout ce que cela complique au niveau diplomatique et une montée aux extrêmes entre la Russie et Israël ».

    De son côté, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a exprimé sa « peine pour la mort de l'équipage de l'avion russe abattu ».

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