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    Moyen-Orient

    Nadia Murad, des horreurs de l'EI aux lumières du prix Nobel

    media Nadia Murad Basee Taha, ici en juin 2016. MARK WILSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

    Le Prix Nobel de la paix a été attribué au Congolais Denis Mukwege et à la jeune Irakienne yézidie Nadia Murad. Depuis trois ans, l'ancienne esclave de l'Etat islamique témoigne auprès du Conseil de sécurité de l'ONU et de la communauté internationale de l'horreur vécue par les femmes de sa communauté à l'arrivée du groupe islamiste en Irak en 2014. Les terroristes ont particulièrement visé ce peuple du nord de l'Irak, qu'ils accusent d'être des adorateurs du diable. Cette récompense internationale est un signe d'espoir pour les Yézidis, qui peine à se relever des massacres qu'ils ont subi et qu'ils qualifient de « génocide ».

    Comme des milliers de filles et femmes de sa communauté, la yézidie Nadia Murad a été réduite en esclavage sexuel par le groupe jihadiste État islamique (EI) en 2014, avant de parvenir à s'évader. « Cela signifie beaucoup, pas seulement pour moi mais pour toutes ces femmes en Irak et dans le monde entier », a déclaré la jeune irakienne de 25 ans, réagissant à la nouvelle.

    « Pour toutes ces petites communautés qui sont persécutées, ce prix me dit que leurs voix sont entendues », a-t-elle ensuite ajouté dans des propos tenus en kurde et traduits par son compagnon. « Nous espérons que ce sera une voix pour toutes les femmes qui souffrent de violences sexuelles dans de nombreux autres conflits ».

    « La persécution des minorités doit cesser »

    Ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains depuis 2016, Nadia Murad, dont six frères et la mère ont été tués par l'EI, milite désormais pour que les persécutions commises contre les Yézidis soient considérées comme un génocide.

    « En tant que survivante, je suis reconnaissante pour cette opportunité d'attirer l'attention internationale sur la situation critique des Yézidis qui ont enduré des crimes inimaginables », a-t-elle expliqué dans un communiqué. « Comme nombre de minorités, les Yézidis ont subi le poids de la persécution (...) Les femmes en particulier ont beaucoup souffert et continuent à être victimes de violences sexuelles ». « La persécution des minorités doit cesser », a-t-elle ajouté.

    Plus de 3000 Yézidis toujours captifs

    « L'attribution du Prix Nobel 2018 à Nadia Murad est très importante pour moi et pour nous tous, estime la gynécologue et activiste yézidie Nagham Hassan qui travaille à Dohuk, dans le Kurdistan irakien, aux côtés des survivantes de cet esclavagisme sexuel. Cela permet aux femmes yézidies d'avoir confiance en la communauté internationale et en son soutien. De savoir qu'on porte leur voix et qu'on les protègera ».

    Depuis l'arrivée de l'organisation Etat islamique en août 2014, jusqu'à aujourd'hui Nagham Hassan travaille sur ce sujet et a rencontré beaucoup de survivantes. « Les femmes yézidies ont vécu l'insulte, le viol, l'horreur alors qu'elles étaient esclaves, poursuit-elle. Et notre génocide continue. Aujourd'hui encore, plus de 3 000 femmes et enfants sont captifs de l'organisation Etat islamique et nous n'avons aucune nouvelle d'eux ».

    Problème de société

    « Toutes les femmes revenues de captivité ont perdu confiance avec le reste de la communauté, ajoute Nagham Hassan. Elles ont perdu des membres de leur famille et elles ont vécu des agressions sous l'autorité de l'organisation Etat islamique. Donc, c'est très dur pour elles de s'intégrer à nouveau. Surtout qu'elles ne reçoivent aucun soutien de leur communauté. Leur famille les soutiennent beaucoup bien sûr. Mais la société en elle-même n'offre aucune assistance ».

    La militante yézidie en appel aujourd'hui à l'aide de la communauté internationale pour ces femmes en détresse. « Leur situation économique est très mauvaise mais surtout elle n'ont plus de statut social. Donc, nous demandons à la communauté internationale de leur apporter un soutien psychologique, économique et social. Nous voulons arriver à créer quelque chose sur le long terme pour qu'elles se sentent protégées et pour réinstaller la confiance entre elles et le reste de la société ».

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