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    Moyen-Orient

    Disparition de Jamal Khashoggi: Riyad sous pression

    media Manifestation pour exiger la vérité sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le 5 octobre 2018. REUTERS/Osman Orsal

    L'affaire Khashoggi reste à ce jour un mystère, mais elle prend de plus en plus d'ampleur. Le journaliste saoudien, résident aux Etats-Unis, n'a plus été vu depuis le 2 octobre, alors qu'il entrait dans le consulat saoudien d'Istanbul en Turquie. Depuis, des sources turques affirment qu'il a été assassiné, en raison de ses prises de position critiques envers le pouvoir saoudien. Riyad dément cette version. Mais l'affaire fait grand bruit. Donald Trump est même monté au créneau.

    « C'est un précédent terrible » a dit Donald Trump en évoquant l'affaire Khashoggi, qu'il suit, dit-il, « très sérieusement ». « Je dois découvrir ce qu'il s'est passé (...) Nous sommes probablement plus près [de le savoir] que vous ne l'imaginez », a déclaré le président américain lors de l'émission « Fox & Friends », diffusée sur Fox News.

    Ses proches conseillers, son gendre Jared Kushner et le responsable du conseil de sécurité nationale John Bolton, ont même parlé au prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane. Ce dernier est accusé par ses détracteurs d'être impliqué dans l'affaire Khashoggi.

    Le portrait des suspects dans la presse turque

    Selon le Washington Post, les services de renseignement américains avaient connaissance d'un projet saoudien, impliquant le prince héritier Mohammed Ben Salmane, consistant à attirer Jamal Khashoggi dans un piège pour l'arrêter. Mais un porte-parole du département d'Etat américain, Robert Palladino, a démenti que Washington ait eu des informations à l'avance sur la disparition du journaliste.

    La presse turque, via le quotidien pro-gouvernemental Sabah a diffusé les portraits des hommes soupçonnés d'avoir assassiné le journaliste saoudien. Ils seraient des officiers de sécurité ou des proches de Mohammed Ben Salmane. L'un d'eux est un expert en médecine légale qui travaille depuis vingt ans au ministère saoudien de l'Intérieur, selon son profil sur LinkedIn.

    Pression accentuée

    Riyad continue de nier tout en bloc. Mais les pressions s'accentuent. Pas seulement de la part des Etats-Unis, pourtant fidèles alliés de l'Arabie saoudite.

    Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, assure que son pays « ne restera pas silencieux sur le sort de Khashoggi car ce n'est pas une affaire banale »; sa disparition s'est produite sur le territoire turc. « Est-il possible qu'il n'y ait pas de caméras [qui enregistrent les mouvements] au consulat d'Arabie saoudite ? », s'est demandé le président turc.

    Le vice-président américain Mike Pence a de son côté proposé à la Turquie l'aide des Etats-Unis, notamment celle du FBI. Quant à la Grande-Bretagne, elle menace Riyad de « graves conséquences » en cas de responsabilité dans la disparition du journaliste [lire ci-dessous}. Les autorités turques ont obtenu mardi l'autorisation de fouiller le consulat saoudien, mais cette fouille n'a pas encore eu lieu.


    Londres réclame des « réponses urgentes »

    Avec notre correspondante à LondresMuriel Delcroix

    Comme ses alliés occidentaux, Londres a mis du temps à réagir, néanmoins après plusieurs jours de flottement, le ministre des Affaires étrangères Jeremy Hunt a déclaré avoir transmis sa « vive préoccupation » à l’ambassadeur saoudien à Londres et au ministre des Affaires étrangères saoudien. Il a notamment rappelé que « l’amitié [entre les deux pays] était fondée sur des valeurs communes » et prévenu que si les accusations d’assassinat du journaliste saoudien à l’intérieur de son consulat à Istanbul étaient prouvées, Londres prendrait « très au sérieux » cette affaire, menaçant Riyad de « graves répercussions ».

    Le chef du Foreign Office demande également à l’Arabie saoudite de prouver que Jamal Khashoggi est vivant et réclame des « réponses urgentes ». Quelques mois après la tentative d’empoisonnement de l’ex-espion russe Sergueï Skripal, Londres ne pouvait pas rester silencieux.

    Et il est clair que si la responsabilité des autorités saoudiennes est avérée, il sera extrêmement difficile pour les pays occidentaux de ne pas sanctionner l’Arabie saoudite comme ils ont sanctionné la Russie, et ce en dépit des liens militaires et commerciaux étroits entretenus de longue date avec Riyad.


    Le congrès américain à la manoeuvre

    Avec notre correspondante à WashingtonAnne Corpet

    L’initiative a été lancée par la commission des affaires étrangères du Sénat. Dans un rare élan commun, 22 élus démocrates et républicains demandent au président américain de déterminer si une violation flagrante des droits de l’homme a été commise à l’encontre de Jamal Kashoggi. Les sénateurs interviennent dans le cadre de la loi Magnitski, qui autorise l’imposition de sanctions contre des dirigeants étrangers coupables de graves violations des droits de la personne.

    Dans leur courrier au président, ils évoquent clairement la possibilité d’un meurtre. « Nous nous attendons à ce vous preniez en considération toute information pertinente, y compris en ce qui concerne les plus hauts fonctionnaires du gouvernement de l'Arabie saoudite » écrivent-ils au président.

    Cette demande formelle d’enquête donne 120 jours au président pour déterminer si des sanctions sont justifiées. Plusieurs élus appellent déjà les Etats-Unis à reconsidérer leurs relations avec l’Arabie saoudite.

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