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    Moyen-Orient

    Jordanie: la réouverture de la frontière avec la Syrie ne dope pas le commerce

    media Un Jordanien montre son passeport au point de passage de Jaber entre la Syrie et la Jordanie. Le 15 octobre 2018. REUTERS/Muhammad Hamed

    Il y a une semaine tout juste rouvrait la frontière entre la Jordanie et la Syrie qui était fermée depuis trois ans. L’armée du président syrien Bachar el-Assad a repris, en juillet dernier, des territoires adossés à cette frontière au détriment de plusieurs groupes d’opposition. Cette reconquête a permis la réouverture du point de passage de Jaber. Avant la guerre, les deux pays échangeaient énormément de marchandises par leur frontière terrestre mais aujourd’hui, l’activité commerciale, à ce point de passage, a repris très, très lentement.

    De notre correspondant à Amman

    En une semaine, seuls six camions ont franchi la frontière de la Syrie vers la Jordanie. Des camions souvent chargés de fruits et légumes notamment d’oranges. Aucun camion jordanien n’est passé en Syrie ces sept derniers jours. C’est le calme presque plat. Les sociétés spécialisées dans le dédouanement des marchandises commencent à se réinstaller au point de passage de Jaber et à rouvrir leurs bureaux. Elles sont une trentaine alors qu’elles étaient plus de 170 avant le conflit.

    Le volume des échanges commerciaux est encore très limité car l’annonce de la réouverture de la frontière a été brutale. Du jour au lendemain. Les sociétés n’ont pas pu anticiper, ni reprendre contact avec des clients ou des fournisseurs de l’autre côté de la frontière et beaucoup de produits habituellement échangés sont des produits agricoles ; il faut du temps pour les produire et les récolter. L’hiver, en Jordanie, c’est la saison des tomates. Elles sont cultivées dans la vallée du Jourdain ; les agriculteurs en exportaient de très grandes quantités vers la Syrie avant la guerre mais un exportateur confiait qu’il était déjà trop tard, à la mi-octobre, pour planter de plus grandes surfaces de tomates et espérer les vendre sur le marché syrien début décembre.

    La chute de la livre syrienne

    L’autre raison de cette lente reprise est le fait que la Syrie, pays qui a connu plus de sept années de guerre, reste un marché difficile à reconquérir pour les exportateurs jordaniens. Avant le conflit, près d’un milliard de dollars de marchandises était échangé entre la Jordanie et la Syrie au point de passage de Jaber, mais aujourd’hui, les entreprises jordaniennes doutent des capacités de paiement de leurs clients syriens. C’est ce qu’a confié Zuhair Arif Jweihan, vice-président de l’Association des producteurs et exportateurs jordaniens de fruits et légumes. « C’était la guerre et leur monnaie (la livre syrienne), maintenant, ne vaut plus rien. Un dinar jordanien vaut 650 livres syriennes. Avant la guerre, c’était 65 livres. Aujourd’hui, c’est 10 fois moins. Les marchandises qui sont produites en dehors de la Syrie sont donc très chères pour les Syriens. Ils n’ont plus de pouvoir d’achat et le taux de change ne va pas changer en un an. Cela va prendre du temps… »

    Mais même si les échanges commerciaux sont limités, de plus en plus de particuliers, empruntent le point de passage de Jaber. Ils étaient environ 1 500, le week-end dernier, la plupart dans des véhicules de tourisme qui peuvent facilement franchir la frontière. Comme le taux de change est avantageux de nombreux Jordaniens sont allés faire leurs courses en Syrie, parfois jusqu’à Damas, la capitale. Pommes de terre, fruits, cigarettes, ils sont revenus en Jordanie le coffre rempli de victuailles. Certains sont même arrivés un peu tard au poste frontière ; il ferme à 16h et ils ont dû passer la nuit côté syrien avant de rentrer chez eux le lendemain matin.

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