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    Moyen-Orient

    Qui a tué Jamal Khashoggi? Un mois après, le mystère reste entier

    media Des manifestants tenant le portrait du journaliste saoudien Jamal Khashoggi devant le consultat d'Istanbul, le 25 octobre 2018. REUTERS/Osman Orsal

    Depuis le début de l’affaire Jamal Khashoggi, tous les éléments semblent accuser le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, dont le journaliste était très critique.

    Qui a bien pu commanditer le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi ? Depuis sa mystérieuse disparition le 2 octobre au consulat saoudien d’Istanbul, tous les regards semblent converger vers Mohammed ben Salman, prince héritier et véritable homme fort du royaume wahhabite, envers qui l’éditorialiste, qui vivait en exil aux Etats-Unis, se montrait souvent très critique.

    Pour David Rigoulet Roze, enseignant et chercheur rattaché à l’Institut français d’Analyse stratégique (IFAS) et auteur de Géopolitique de l’Arabie saoudite (Armand Colin, 2005), cette affaire a, malgré tout, de bonnes chances de rester une sorte de conundrum, soit une énigme difficile, sinon impossible, à résoudre totalement parce que l’on n’est tout simplement pas en mesure de le faire, voire par défaut de volonté de l’élucider complètement.

    Selon lui, le président turc Recep Tayyip Erdogan est probablement le seul à posséder tous les éléments en main, qu’il s’est plu à égrener discrètement au fur et à mesure dans la presse proche du pouvoir, que ce soit l’agence de presse Anadolu ou le journal Sabah. C’est notamment ce dernier titre qui a révélé que deux « nettoyeurs » s’étaient rendus en Turquie quelques jours après la disparition de Khashoggi pour effacer les traces du crime. « Chaque nouvelle fuite d’information côté turc a d’ailleurs contraint l’Arabie saoudite à amender sa version initiale des faits », note le chercheur.

    Dernier acte en date : le 3 novembre dernier, Recep Tayyip Erdogan a signé une tribune dans le Washington Post, le journal pour lequel travaillait Jamal Khashoggi, dans lequel il estime que l’ordre de tuer le journaliste avait été donné « au plus haut niveau du gouvernement saoudien ». Dans le même temps, il explique ne pas croire « une seule seconde » que le roi Salman était au courant de l’opération visant à éliminer l’opposant. « Le président turc ménage le souverain de 82 ans tout en accablant quelqu’un d’autre en filigrane, mais sans jamais le nommer explicitement », explique David Rigoulet-Roze. Le nom semble évident : Mohammed ben Salman, surnommé « MBS ». Mais côté turc, c’est une question de stratégie : « Si Recep Tayyip Erdogan avait voulu condamner politiquement parlant la monarchie saoudienne avec des révélations fracassantes, il l’aurait fait depuis longtemps, poursuit l’enseignant-chercheur. Il se contente habilement de mettre une pression continue sur Riyad pour obliger les autorités saoudiennes à réagir et à prendre des décisions difficiles. »

    Pour David Rigoulet Roze, « en égrenant depuis le début de l’affaire des éléments de l’enquête dans la presse, Recep Tayyip Erdogan espère sans doute en tirer un certain profit », sur le plan géopolitique dans le complexe jeu d’alliances entre puissances au Moyen-Orient. Allié du Qatar, devenu récemment un ennemi déclaré de l’Arabie saoudite que la Turquie a soutenue quand l’émirat a été, il y a plus d’un an, mis au ban du Conseil de Coopération du Golfe dont il est membre, Ankara dispute depuis longtemps au royaume wahhabite le leadership de l’islam sunnite.

    Dans la foulée des « printemps arabes », quand les peuples tunisiens, égyptien ou libyen, ont commencé à partir de 2011 à secouer la tutelle des vieux dictateurs panarabes, Recep Tayyip Erdogan souhaitait incarner l’option « frériste » face à l’Arabie saoudite. « En dépit de tous les éléments qui ont fuité dans la presse, le chef d’Etat turc n’a certainement pas encore tout dévoilé, poursuit le chercheur. Notamment, il n’a pas levé le mystère qui demeure sur deux éléments centraux : où est le corps de Jamal Khashoggi et qui est le commanditaire final ? »

    La fin de MBS ?

    Selon la première version saoudienne, le journaliste était ressorti libre du consulat. Un des quinze membres du commando qui avait fait l’aller-retour le jour du meurtre était ressorti du consulat avec les vêtements du journaliste avant de se rendre à la mosquée bleue d’Istanbul pour que l’on croie y avoir vu le journaliste saoudien. Le 20 octobre, près de trois semaines après le début du scandale et alors que l’Arabie saoudite brillait jusqu’ici par son silence, le procureur général Saoud Al Mojeb a finalement admis que le journaliste était mort dans ses locaux, parlant d’une rixe qui aurait mal tourné. « Donald Trump leur avait en quelque sorte tendu une perche », rappelle David Rigoulet-Roze.

    Le président américain, allié de l’Arabie saoudite, avait en effet évoqué des « tueurs voyous », une hypothèse balayée comme « ridicule » par un sénateur démocrate. Dans le royaume, dix-huit personnes au total ont été arrêtées. Ahmed Assiri, adjoint au renseignement, et Saud Al-Qahtani, un conseiller à la cour, tous deux très proches de « MBS », ont par ailleurs été limogés, peut-être pour dédouaner le prince héritier. Cinq jours plus tard, l’Arabie saoudite a reconnu que le meurtre du journaliste avait été « prémédité ».

    Oser tuer un journaliste dans l’enceinte d’une représentation diplomatique à l’étranger puis se débarrasser du corps : la brutalité de la méthode a choqué. « Ce meurtre relève d’une forme d’impunité sous-jacente même si les assassins n’auraient sans doute jamais osé commettre leur crime au sein du consulat saoudien aux Etats-Unis, analyse David Rigoulet-Roze. Mais les commanditaires, quels qu’ils soient, ont probablement sous-estimé l’ampleur de leur acte, pensant sans doute que personne ne s’émouvrait de la disparition d’un journaliste saoudien ».

    C’était sans compter sur la chronique que Jamal Khashoggi tenait dans le Washington Post. « A partir du moment où le Saoudien disposait d’une tribune dans un grand quotidien américain, sa disparition devenait un problème américain, et en quelque sorte l’affaire des Etats-Unis, poursuit le chercheur. Ceux qui ont ordonné l’assassinat de Jamal Khashoggi ont mal évalué l’incroyable caisse de résonance que l’affaire aurait. En termes d’image, l’impact pour le royaume wahhabite pourrait - toutes choses égales par ailleurs - apparaître aussi destructeur qu’après les attentats du 11-Septembre », quand il était apparu que 15 des 19 terroristes étaient Saoudiens. La confiance ayant été une nouvelle fois abîmée, l’affaire Khashoggi pourrait même avoir des conséquences économiques sur les investissements étrangers dans le pays.

    Car Jamal Khashoggi, ancien rédacteur en chef adjoint d’Arab News après des études aux Etats-Unis, n’était pas n’importe quel journaliste. Ses origines le liaient à la monarchie et à la famille au pouvoir, que ce soit son grand-père, Muhammad, médecin personnel du roi Ibn Saoud, le fondateur du royaume, ou son oncle Adnan Khashoggi, richissime marchand d’armes. Excellent connaisseur du système saoudien, Jamal Khashoggi a été impliqué dans tous les grands évènements récents de l’histoire du pays. Longtemps conseiller du prince Fayçal al-Turki, ancien directeur du renseignement, il avait réalisé les premières interviews d’un autre jeune homme issu de l’aristocratie saoudienne, Oussama ben Laden, qui s’était rendu comme lui en Afghanistan combattre les Soviétiques. Jamal Khashoggi était aussi proche de la confrérie des Frères musulmans, considéré comme un mouvement terroriste en Arabie saoudite, mais dont le président turc se revendique dans son pays.

    En 2016, Jamal Khashoggi avait été interdit d’exercer son métier pour avoir critiqué Donald Trump avant de choisir l’exil l’année suivante. Depuis plusieurs mois, il était sollicité par un des frères du roi Salman pour qu’il rentre dans son pays natal. « L’impact en termes de visibilité d’un opposant en exil comme Jamal Khashoggi commençait à gêner sérieusement la monarchie saoudienne, explique David Rigoulet-Roze. Face à son refus ferme de rentrer au pays, certains à Riyad ont peut-être décidé de trouver une autre solution. »

    A court comme à moyen terme, le meurtre de Jamal Khashoggi aura certainement des conséquences sur l’Arabie saoudite. Pour David Rigoulet-Roze, cet événement représente le « grain de sable » qui vient gripper la gouvernance actuelle de l’Arabie saoudite, largement incarnée par MBS, nommé ministre de la Défense lors de l’accession de son père au pouvoir en 2015. « La stabilité du royaume, premier exportateur mondial de pétrole, s’en trouve affectée et avec elle celle d’un certain nombre d’enjeux stratégiques, ce qui peut expliquer la prudence de la plupart des réactions occidentales », obligées de commercer avec elle, notamment la France et ses juteux contrats de vente d’armes avec le royaume.

    Récemment, le prince Ahmed, le frère du roi est rentré en Arabie saoudite depuis Londres, en Grande-Bretagne, où il vivait jusque-là. En désaccord avec la politique menée actuellement par son pays, il pourrait prendre la direction du conseil d’allégeance, qui est notamment chargé de désigner le prince héritier du royaume. Du changement en perspective à la tête de l’Etat saoudien ? Affaire à suivre.

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