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    Moyen-Orient

    Idleb: craignant un arrêt des financements, une ONG tire la sonnette d'alarme

    media Des enfants jouent dans la boue dans le camp de réfugiés de Kafr Dariyan dans la province d'Idleb le 26 octobre 2018. OMAR HAJ KADOUR / AFP

    Alors que la trêve qui dure depuis deux mois à Idleb, en Syrie, est fragile, une ONG lance un cri d'alarme. La Syrian American Medical Society (Sams) qui intervient dans la moitié des structures médicales de la région pourrait abandonner ses activités, faute de financement. Selon plusieurs médecins de l'ONG qui étaient de passage à Paris ces jours-ci, ce serait une catastrophe pour les quatre millions de civils qui vivent sur place, en particulier les enfants.

    L'organisation humanitaire Sams intervient dans la moitié des structures médicales à Idleb. 1800 personnes y travaillent chaque jour. Mais cette présence pourrait s'arrêter à la fin de l'année, car les donateurs de l'ONG, en particulier les Etats-Unis, menacent de retirer leur financement.

    « C'est à cause des mesures anti-terroristes, parce que Idleb est contrôlée par des terroristes, explique Amjad Rass, le président de la fondation de la SAMS. On nous dit : "vous devez vous retirez de là, vous ne pouvez pas travailler là-bas, nous ne pouvons pas vous financer dans cette région". Nous recevons 50% de notre financement du gouvernement américain et aussi beaucoup des Européens, comme la France. »

    La crainte que l'aide ne tombe entre de mauvaises mains

    Les Occidentaux ont peur que l'aide ne tombe dans les mains des groupes radicaux qui contrôlent une grande partie de la région d'Idlib. Amjad Rass affirme pourtant que les médecins de l'ONG sont parfaitement indépendants et se tiennent tant qu'ils peuvent, à l'écart de ces groupes.

    « Ces groupes essaient de prendre le contrôle de certaines strutures, mais nous les arrêtons dans le sens où s'ils viennent, nous fermons l'hôpital, affirme-t-il. Par exemple, il y a deux ou trois semaines, deux hommes armés ont fait irruption dans notre salle d'urgence, on a fermé l'hôpital pendant trois jours ».

    Si l'aide financière occidentale devait s'arrêter, certaines structures médicales seraient contraintes de fermer, selon Amjad Rass. Une catastrophe pour la population d'Idlib, qui pourrait bien quitter la région et venir grossir le rang des réfugiés à l'extérieur de la Syrie.

    Les enfants particulièrement impactés

    Les enfants seraient aussi particulièrement impactés par l'arrêt des financements. Le docteur Nour est pédiatre et selon elle, l'un de ses plus gros défis est de lutter contre la malnutrition. 10% des enfants dans sa clinique en seraient atteints.

    « La malnutrition est devenue monnaie courante, surtout dans les camps. Les gens sont pauvres, ils n'ont pas assez de nourriture. Certains enfants n'ont pas mangé de viande depuis un an », explique-t-elle.

    Les Syriens qui vivent à Idleb sont souvent des déplacés d'autres régions. Ils habitent dans des camps et les enfants sont souvent contraints d'aller travailler pour survivre, selon le docteur Nour, qui s'inquiète aussi des effets psychologiques de la guerre sur ces jeunes.

    « Quand vous demandez à un enfant ce qu'il veut faire plus tard, il vous répond : "rien, rien" ! Il n'y a aucun avenir, dans son esprit, déplore-t-elle. Je pense que si on n'apporte pas à ces enfants ce dont ils ont besoin, ils vont se transformer en terroristes. Parce qu'un enfant sans soins, sans éducation, qui travaille, qui a des troubles psychologiques. Qu'est-ce qu'on peut en faire ? »


    Amnesty International en appelle aux bonnes volontés pour recenser la destruction de la ville de Raqqa à l'est de la Syrie

    Selon l'ONU, 10 000 bâtiments ont été endommagés durant la bataille l'année dernière entre la coalition internationale et l'Organisation Etat islamique. Toute personne possédant un ordinateur ou un smartphone peut dès à présent aider à répertorier les édifices détruits. Le but est d'obliger la coalition, principalement les Etats-Unis, à reconnaître les conséquences de leurs frappes aériennes en pertes matérielles mais aussi humaines civiles.

    Sur la plateforme des décodeurs d'Amnesty, l'internaute lambda fait défiler des images satellite d'un même bâtiment de Raqqa. Elle sont présentées chronologiquement. Le fait de marquer la dernière image avant destruction et la première après permettra de dater approximativement les faits. Une aide indispensable pour Donatella Rovera qui mène une enquête de terrain depuis plus d'un an.  

    « C'est une des multiples composantes de l'enquête. On utilise des milliers de personnes ordinaires pour éplucher les images satellitaires, pour établir à quel moment tel ou tel bâtiment a été détruit. Et puis de mettre ça ensemble avec tout ce qui est publié par les gens de Raqqa. Le but de ce travail est de montrer qu'effectivement, le nombre des pertes civiles est beaucoup plus élevé que ce que la coalition a accepté [de dire, ndlr] jusqu'aujourd'hui et que la coalition doit prendre ses responsabilités. Il y a des milliers de familles qui ont perdu leur maison. »

    Raqqa n'est malheureusement pas la seule ville ravagée par la guerre contre l'organisation Etat islamique. Donatella Rovera travaille également à Mossoul. Mais à cause du nombre trop important d'acteurs dans la bataille de la deuxième plus grande ville d'Irak, il semble impossible de déterminer la responsabilité de chacun.

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