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    Moyen-Orient

    L'Afghanistan, l'Iran et le Pakistan face au défi de l’eau

    media IMNA NEWS AGENCY

    L’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan forment un ensemble géopolitique homogène et partagent des problèmes de développement similaires. La pénurie d’eau qui les frappe actuellement requiert des solutions rapides et radicales.

    L'Asie du Sud-Ouest est l’une des régions les plus arides au monde. Située près des tropiques, l’eau a toujours été pour ses habitants un défi à relever. Le problème, à l’heure actuelle, est que l’eau non seulement lui manque, mais elle est aussi, dans certains endroits, souvent contaminée. Bien que les trois pays de la région – Afghanistan, Iran, Pakistan - soient confrontés à un problème plus ou moins identique, les solutions qu’ils cherchent à y apporter ne semblent pas être similaires, car les origines du problème diffèrent d’un pays à l’autre.

    L’Afghanistan, situé au nord du Pakistan et à l’est de l’Iran, n’est pas un pays aussi peuplé que le Pakistan, mais plusieurs de ses provinces sont néanmoins touchées par des problèmes d’eau d’origines très diverses.

    Kaboul, une bourgade métamorphosée en une mégapole

    Contacté par RFI, le chercheur afghan Siddiq Qiam estime que le manque d’eau potable à Kaboul, la capitale, est un défi crucial à relever. D’après cet ingénieur, dans le passé, il suffisait de creuser un puits d’une profondeur de 10 à 15 mètres pour accéder à une source d’eau potable. Une telle chose est impossible aujourd’hui. Les habitants de certains quartiers de Kaboul sont obligés de faire illégalement des forages d’au moins 100 mètres de profondeur et cela malgré la présence d’un réseau de distribution d’eau administré par le pouvoir public.

    Mais celui-ci est incapable de fournir de l’eau à tous les habitants. Cette situation est devenue une aubaine pour les vendeurs d’eau qui se ravitaillent soit auprès du réseau public de distribution d’eau soit vers des puits creusés par les habitants. Le gouvernement n’est pas en mesure de tenir les promesses qu’il fait pour venir à bout de ce problème, car cette ville et ses alentours abritent cinq millions d’habitants, et les infrastructures sont inadaptées. Si on ne trouve pas rapidement une solution, tôt ou tard, selon ce chercheur, les habitants de la contrée seront contraints d’émigrer.

    A Samangân, province voisine de Kaboul, située au nord des montagnes de l’Hindou-Kouch, dans la partie centrale du pays, les fruits portent sur leurs écorces l’empreinte de l’eau contaminée, confirme-t-il. Finie l’apparence alléchante des fruits comme la pomme, la figue ou le poire. D’après lui, la guerre et l’instabilité politique qui règnent en Afghanistan ne permettent pas d’envisager une solution durable à ce problème qui ronge le pays.

    Dans certains quartiers de Kaboul, au moins un membre de chaque famille est quotidiennement chargé d’aller chercher de l’eau à la mosquée ou à une station d’épuration et de distribution d’eau potable. Cette mission est habituellement accomplie tôt le matin ou en début de soirée. La plupart des puits sont asséchés. Le niveau des nappes phréatiques a beaucoup baissé au point de rendre inutile un forage plus profond : il arrive que les puits nouvellement creusés se tarissent en une semaine. Qui plus est, les eaux souterraines sont pour la plupart contaminées. La raison principale de cet état de chose est, selon l’Office national de protection de l’environnement, l’absence d’un réseau national d’assainissement et de distribution d’eau potable. Ainsi, pour s’approvisionner, chaque propriétaire n’hésite pas à creuser un ou plusieurs puits sur son terrain.

    70% de la ville de Kaboul est dépourvue d’égouts. Pour faire disparaître les eaux usées domestiques, les habitants creusent chez eux des puits qu’on appelle des puits absorbants. C’est la raison pour laquelle les eaux souterraines sont contaminées. Le ministère de la Santé ayant procédé à l’analyse de l’eau dans 200 endroits du XIIIe arrondissement de la ville, affirme que 120 d’entre eux sont infectés par de différentes bactéries.

    La responsabilité incombe aussi à la population

    La province de Farâh, frontalière avec l’Iran, est l’une des plus pauvres du pays. En raison d’une consommation excessive d’eau, la plupart des puits y ont été, ces dernières années, asséchés ; la baisse du niveau des nappes phréatiques s’y accélère d’année en année. Le manque d’eau touche cruellement aussi bien les agriculteurs que les autres. Depuis plusieurs années, des groupes humains ont commencé à quitter villes et villages pour s’installer dans d’autres régions. Approvisionnés naguère pour leur consommation quotidienne par des puits d’eau potable, ils n’ont plus qu’à partir car ces puits sont asséchés.

    Des fonctionnaires locaux n’hésitent pas à imputer la responsabilité à ceux qui s’approvisionnent en eau grâce à des pompes solaires sur lesquelles le pouvoir public n’a aucun contrôle.

    Iran : le destin tragique d’un lac

    L’Afghanistan fait partie de l’« espace culturel persan ». Il a des liens historiques, culturels et linguistiques solides avec l’Iran, son voisin de l’ouest. Mais vivre en bon voisinage peut s’avérer difficile et compliqué surtout lorsqu’il s’agit de partager des ressources naturelles.

    Depuis plusieurs décennies, l’Iran voit disparaître la plupart de ses lacs naturels comme le lac d’Orumiyeh et les lacs de Fars en raison du changement climatique, de la sécheresse, de la construction irréfléchie de barrages, de multiples forages illégaux, en un mot, de la consommation excessive d’eau par une population qui, depuis la révolution de 1979, n’a cessé de croître à un rythme élevé. Mais la disparition du lac Hamoun dans la province de Sistan-et-Baloutchistan au sud-est du pays est en grande partie liée au non-respect du traité de 1972 entre l’Iran et l’Afghanistan, traité qui contraint l’Afghanistan à laisser se déverser 26 m3 par seconde d’eau de la rivière Hirmand (ou Helmand) dans ce lac.

    Situé sur la frontière séparant les deux pays, la surface totale de ce lac est de 5 660 m2 dont 3 820 m2 se trouvent en Iran. La rivière Hirmand qui s’y déversait abondamment naguère naît à l’ouest de Kaboul dans les montagnes de Paghman. Dans son cours vers le lac, cette rivière reçoit l’eau de plusieurs affluents alimentés essentiellement par les pluies et la neige du massif montagneux qu’on appelle la montagne de Baba (Kouh-i Baba), prolongement occidental de l’Hindou-Kouch.

    Le lac Hamoun recevant autrefois l’eau de cette rivière jouait un rôle vital dans la vie des habitants de la province de Sistan-et-Baloutchistan. L’obstruction des eaux s’écoulant vers ce lac, surtout depuis la construction par les Afghans d’un énorme barrage appelé « Band-e Kajaki » sur la rivière Hirmand sont les causes principales de la mort du lac. Avec sa disparition, des milliers de pêcheurs ont perdu leur travail. Chaque année, ils y péchaient 12 000 tonnes de poissons. Ce lac accueillait chaque année 1 million d’oiseaux migrateurs. Les femmes utilisant les roseaux des alentours pour la fabrication d’objets artisanaux n’ont plus de ressources. Les éleveurs de 120 000 bovins qui pâturaient autrefois sur 70 000 hectares ont dû partir. Des centaines de villages ont disparu du fait de l’avancement des sables mouvants.

    Une prise de conscience tardive

    L’Etat iranien aurait-il une lourde responsabilité dans la détérioration de la situation écologique du pays, surtout pour ce qui est de la pénurie d’eau, en cautionnant, dans les années qui ont suivi la révolution, la culture de vastes terres irrigables supplémentaires à proximité des lacs et des rivières ? Il a fermé les yeux sur la construction irréfléchie de barrages et le forage illégal d’innombrables puits. Le lac d’Orumiyeh est en premier lieu victime de cette négligence. Sans se soucier des conséquences de leur générosité, les autorités ont donné, d’après le site pro-gouvernemental « Tabnak Professional News » , la permission de cultiver 380 000 hectares supplémentaires sur les terres irrigables des alentours. 24 000 puits y ont été illégalement forés par les agriculteurs et les paysans. A tout cela s’ajoutent les 72 barrages grands et petits construits par l’Etat lui-même.

    Il y a quelques années, l’ONU a déclaré que « le problème de pénurie d’eau est le plus important défi de sécurité humaine dans l’Iran d’aujourd’hui ». C’est la menace la plus palpable que ressentent aussi bien la population que les autorités gouvernementales.

    (Re) lire : La pénurie d’eau en Iran, un défi impossible à relever ?

    Dans un récent entretien avec l’Agence France-Presse, Issa Kalantari, le vice-président iranien et le chef du département de la protection de l'environnement, met en garde l’Etat iranien contre la menace de perdre à moyen terme (en maximum 20 ou 30 ans) 70% des terres cultivées, s’il n’arrive pas à corriger rapidement la situation écologique dramatique du pays. D’après lui, les Iraniens utilisent plus de 100% de leurs ressources en eau renouvelables, alors que les recommandations internationales sont de ne pas en consommer plus de 40%.

    Les fléaux environnementaux s’abattent sur l’Iran, mais les mauvais choix politiques et techniques sont aussi, selon ce haut responsable de la République islamique, à l’origine du désastre. Le seul remède qu’il préconise est la réduction rapide de la consommation d’eau, qu’il s’agisse des eaux de surface ou des eaux souterraines. C’est ainsi seulement que l’on pourra réparer les dégâts en trente ou quarante ans. Il faut prendre des mesures radicales, ajoute-t-il.

    L’expansion de l’agriculture dans des zones arides, la construction de barrages et l’installation à l’intérieur des terres d’industries fortement consommatrices d’eau font partie, selon Issa Kalantari, des mauvaises décisions du passé. Reste à savoir comment la République islamique peut corriger à moyen terme toutes ses erreurs.

    (Re) lire : Iran : Hassan Rohani et la bombe environnementale

    Le cas du Pakistan

    Au Pakistan, la pollution des rivières et l’absence d’usines de traitement des eaux usées feraient chaque année des dizaines de milliers de victimes. À Lahore, capitale du Pendjab et deuxième grande ville du pays avec plus de 11 millions d’habitants, la rivière Ravi sert de déversoir à des centaines d’usines. Les habitants de cette mégapole et de ses périphéries sont tout à fait conscients du fait que les usines de fertilisants agricoles déversent continuellement des produits toxiques partout dans l’air et dans l’eau.

    Mais ce n’est pas seulement la province du Pendjab - province la plus peuplée du pays et l’une des quatre provinces fédérées du Pakistan - qui se trouve dans une telle situation sanitaire. C’est le cas de tous les territoires de ce pays de 200 millions d’habitants qui, n’ayant pas de système d’égout, se trouve dans l’incapacité de collecter et d’évacuer les eaux usées pour les conduire ensuite vers les stations de traitement.

    A Sindh, une autre province située au sud, au terme d’un procès sur fond d’incompétence et de corruption, la Justice a demandé en décembre dernier aux autorités de lui présenter rapidement un plan permettant à tous les habitants de boire de l’eau propre. Dans un pays où 90% de l’eau sont utilisés pour l’agriculture, ce genre de décision ne peut pas faire de miracles.

    Les urgences encombrées

    D’après les estimations du professeur Javed Akram, doyen de la faculté de médecine d’Islamabad, « au moins 30% des lits des hôpitaux sont occupés par des personnes atteintes de maladies dues à l’eau contaminée. C’est un fardeau social et économique énorme. Malheureusement, pour tous les gouvernements pakistanais, qu’ils soient militaires ou démocratiques, l’eau n’a pas été une priorité ».

    Selon un médecin du plus grand hôpital de Lahore, le nombre de patients augmente quotidiennement. Ils sont gravement malades avec de multiples maladies virales y compris des hépatites et autres maladies mortelles. D’après le témoignage d’un ministre, 80% des Pakistanais consomment de l’eau contaminée. Longtemps accusé d’inefficacité, le gouvernement a mis en place dernièrement dans l’Etat du Pendjab 300 petites stations d’épuration et de distribution d’eau potable. C’est une mesure qui allège certes la souffrance des populations locales, mais ne change pas le fond des choses.

    Les nappes phréatiques contaminées

    Les études ont montré la présence de métaux lourds dans les arêtes des poissons que consomment ces populations. On utilise aussi l’eau de la rivière Ravi pour irriguer les cultures voisines qui sont elles-mêmes bourrées de pesticides. En fait, ce sont les nappes phréatiques qui y sont contaminées. Les eaux souterraines sont fortement chargées en métaux lourds et en arsenic. Selon l'ONU et les autorités pakistanaises, entre 30% et 40% des maladies et des décès sont liés à la mauvaise qualité de l'eau. C’est la pollution bactériologique des cours d'eau qui est, chaque année, à l’origine de la disparition de dizaines de milliers d’individus, relève l’Unicef, dont près de 53 000 enfants qui meurent de diarrhée après avoir consommé de l’eau non potable.

    Le problème de l’eau dans les trois pays de l’Asie du Sud-Ouest à savoir l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan requiert des solutions rapides et radicales. Ces pays seront-ils en mesure de les concevoir et de les mettre en œuvre ?

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