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    Moyen-Orient

    [Reportage] Sur le front de Hajin avec des FDS kurdes aux sentiments amers

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    Des éléments des Forces démocratiques syriennes photographiés à Hajin, à la mi-décembre 2018. Delil SOULEIMAN / AFP

    Quel avenir pour les Kurdes dans le nord-est de la Syrie ? Depuis l’annonce du retrait des troupes américaines, les forces kurdes sont clairement menacées par la Turquie. Ankara considère les Forces démocratiques syriennes comme des terroristes. Les FDS sont pourtant engagées dans la lutte contre le groupe Etat islamique, et sont soutenues par Paris et Washington. Reportage de notre envoyé spécial dans la province de Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie, là où les Kurdes mènent leur ultime bataille contre l’EI.

    De notre envoyé spécial sur le front de Hajin,

    Les affrontements sont sporadiques mais le danger est permanent. Sur le front de Hajin, aucune ligne de démarcation nette entre les Forces démocratiques syriennes et les jihadistes. C’est une mosaïque de positions contrôlées par un camp ou par l’autre.

    « Ici, on s’affronte à la fois dans les tranchées et dans les villages, nous explique Haval Simko, à la tête d’une unité de combattants FDS. On se déplace de maison en maison, c’est une guérilla urbaine. Les jihadistes se terrent, ils parviennent à se camoufler pour ne pas être repérés par les avions. Mais nous contrôlons plusieurs positions militaires sur deux kilomètres à partir d’ici. »

    Sur le front, les gros bulldozers entrent en action. Le terrassement des terrains facilite l’avancée des troupes. Pour Haval Simko, « la situation est bonne en ce moment sur le front, on avance bien ! » « Daech ne contrôle plus que deux villages, c’est tout ce qu’il leur reste, M’rachda et Baghouth. Les combats se concentrent actuellement sur Baghouth. »

    S'il estime que la reprise de M’rachda va « prendre un peu plus de temps », la fin des jihadistes est proche, selon lui. Mais « il reste encore des civils de l’autre côté, on ne peut pas les laisser sortir n’importe où ; il faut qu’ils empruntent le corridor que nous avons mis en place. Il y a beaucoup de jihadistes qui se mêlent aux civils. Nous devons rester vigilants et mener un travail de renseignement. »

    Cette semaine, plus de 5 000 personnes, majoritairement des familles de jihadistes, ont emprunté ce corridor. Les Forces démocratiques syriennes doivent faire face à cet afflux massif de population en plus des combats à Hajin.

    Au même moment, un autre danger guette les Kurdes. Un nouveau front pourrait s’ouvrir à Manbij. Dans nord-ouest de la Syrie, la Turquie prépare une offensive.

    « Comment peut-on nous soutenir contre Daech et permettre à la Turquie de nous envahir ? »

    Pour le président Recep Tayyip Erdogan, hors de question que les Kurdes syriens gagnent en autonomie. Ce ne sont pas des paroles en l’air ; il y a un an exactement, en janvier 2018, l’armée turque est passée à l’action pour contrôler les Kurdes syriens d’Afrin. Selon Haval Mirvan, un commandant des FDS rencontré dans son quartier général non loin du front, c'est grâce à la Turquie que les jihadistes ont renforcé leurs positions dans l’est syrien.

    « Nous étions sur le point d’éradiquer Daech lorsque la Turquie a lancé son offensive contre Afrin, dénonce-t-il. Alors, nous avons été obligés de retirer nos troupes d’élite qui combattaient Daech, pour les envoyer vers le nord afin de protéger nos frontières et soutenir nos frères d’Afrin. Pendant ce temps-là, Daech a rassemblé ses forces, remobilisé ses troupes et a fini par lancer une contre-offensive en utilisant une nouvelle stratégie. »

    Un an plus tard, l’annonce du retrait américain de l’est de la Syrie chamboule une nouvelle fois la situation. Haval Mirvan redoute ce désengagement militaire américain mais tente de rester positif : « Soixante-deux pays sont toujours au sein de la coalition internationale. Et parmi eux, il y a deux grandes puissances, à savoir la France et la Grande-Bretagne. »

    « Mais en même temps, ajoute-t-il, le retrait américain va avoir des conséquences désastreuses. Si les Américains partent, les Turcs vont lancer une offensive pour prendre nos territoires. C’est illogique : comment peut-on d’un côté nous soutenir contre Daech et de l’autre permettre à la Turquie, qui est à l’origine de la création de Daech, de nous envahir ? »

    Pour Haval Mirvan, la Turquie a pendant des années ouvert sa frontière et laissé passer ces milliers de jihadistes, dont les derniers éléments, les plus radicaux, sont actuellement retranchés dans l’est syrien.

    A (re)lire : Le Kurdistan syrien, utopie ou réalité politique ?

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