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    Moyen-Orient

    Saoudienne réfugiée en France: «Je me suis dit: c’est le moment ou jamais»

    Julia, jeune Saoudienne, a profité de son voyage de noces à Paris, il y a cinq ans, pour réclamer l'asile en France. RFI

    [Témoignage RFI] Réfugiée en France après avoir fui son pays et sa famille, une jeune Saoudienne raconte son périple. La « tutelle masculine » en vigueur en Arabie saoudite limite la liberté de mouvement des femmes, ce qui explique que certaines d’entre elles profitent d’un voyage à l’étranger pour demander l’asile.

    Il y a quelques semaines, la fuite médiatisée d’une jeune Saoudienne en Thaïlande a de nouveau attiré l’attention sur la situation des femmes en Arabie saoudite. Après avoir risqué un retour forcé vers son pays, Rahaf Mohammad Al Qunun a finalement pu demander l’asile au Canada

    Son cas n’est pas isolé : RFI a pu recueillir le témoignage d’une autre ressortissante saoudienne qui a obtenu le statut de réfugiée en France dans des conditions comparables. Pour taire sa réelle identité, elle a choisi de se faire appeler Julia. Son histoire est celle d’une jeune femme mariée de force, ce qu’elle n’a jamais accepté. Elle a donc décidé de s’échapper durant son voyage de noces à Paris, il y a cinq ans. La jeune femme et son mari viennent d’atterrir et c’est à l’aéroport, au moment du contrôle des passeports que tout bascule : « Je me suis dit c’est le moment ou jamais, raconte Julia. D’un coup, je me suis tournée vers le policier. Comme je pleurais, il ne comprenait pas ce que je voulais. J’ai dit :"Aidez-moi, sauvez-moi la vie, je demande l’asile ! Je demande l’asile !" Il m’a dit de me calmer, il a compris qu’il se passait quelque chose. Il a repoussé mon mari et lui a demandé mon passeport. Il lui a pris mon passeport et a demandé à mon mari de quitter l’aéroport immédiatement. A ce moment-là, j’ai enlevé mon hijab et mon abaya[vêtement noir que portent les femmes dans les pays du Golfe] et j’ai tout jeté à la poubelle. Mon mari m’a vu le faire et il était furieux ! Je pleurais de joie. A ce moment, j’ai réalisé que j’étais vivante, je n’avais pas 27 ans, je venais de naître… En fait, c’est le vrai jour de ma naissance… »

    Julia raconte que c’est sur internet qu’elle a découvert comment elle pouvait s’échapper lors de ce voyage. Contacté par RFI, l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) confirme que ces demandes spontanées aux frontières aéroportuaires se produisent quotidiennement, avec naturellement des nationalités diverses et des motifs de demande d’asile qui varient. Les fonctionnaires de police connaissent ce cas de figure et sont d’ailleurs chargés de notifier leurs droits aux personnes demandeuses. L’Ofpra, ainsi que plusieurs associations assurent des permanences dans les aéroports français pour examiner les demandes. Selon l’Ofpra, onze ressortissants saoudiens dont une moitié de femmes ont demandé l’asile en France en 2017 et six en 2016.

    Mariage forcé

    Dans le cas de Julia, c’est un mariage forcé et des violences domestiques qui ont incité la jeune Saoudienne à demander l’asile. « Il était plus âgé que moi, se souvient la jeune femme, un vieux type riche vraiment repoussant… Un fou qui essayait de me violer, qui me privait de nourriture, car je refusais de coucher avec lui. C’était vraiment affreux et cela a failli me tuer. Je voulais me suicider ou m’échapper. Je voulais m’enfuir quelque part dans ma ville mais un ami m’a dit : "Tu es folle. Si tu t’échappes, ils te retrouveront !" »

    Tuteur masculin

    Julia ne pouvait en aucun cas fuir son pays par ses propres moyens car, en Arabie saoudite, les femmes sont placées sous l’autorité d’un tuteur masculin qui doit donner son accord pour de très nombreuses démarches, comme obtenir un passeport. « Si vous n’avez pas l’autorisation de votre père, votre mari, votre frère, votre oncle… d’un homme de votre famille qui a autorité sur vous, alors vous ne pouvez pas quitter l’Arabie saoudite »,explique Julia.

    L’histoire de Julia et celle de Rahaf Mohammad Al Qunun ne sont pas isolées. L’organisation de défense des droits humains, Human Rights Watch, estime que ces fuites rappellent « le sort d’innombrables femmes soumises à des abus liés au système de tutelle masculine en Arabie saoudite ».Human Rights Watch énumère les « 10 raisons qui poussent les femmes à fuir » ce pays :

    1. L’absence de liberté de voyager ou d'obtenir un passeport, sans l’autorisation d’un tuteur
    2. L’absence de liberté de choisir son propre mari et le risque d’être soumise à un mariage précoce
    3. Le risque de violences domestiques
    4. La discrimination sexiste dans la recherche d’un emploi
    5. La discrimination sexiste en matière de soins de santé
    6. L’inégalité dans les affaires de divorce, de garde des enfants, ou d’héritage
    7. La difficulté voire l’impossibilité de changer de tuteur
    8. Les restrictions auxquelles sont confrontées les femmes emprisonnées, ou vivant dans des refuges
    9. Les restrictions limitant la possibilité d’étudier à l'étranger
    10. La répression politique, notamment à l’encontre des militantes des droits des femmes

    Une vie en France

    Cinq ans après sa fuite spectaculaire, Julia a obtenu le statut de réfugiée, elle est maman d’un petit garçon, elle travaille et elle explique avoir quitté sa religion, l’islam. Ces dernières années, elle n’a eu que deux brèves conversations téléphoniques avec sa mère. Elle n’est pas sûre de retourner en Arabie saoudite où elle doute de la volonté de réforme affichée par le pouvoir :« Je vois de la propagande et pas de vrais changements. Ils se contentent de permettre aux femmes de conduire des voitures pour montrer au monde entier qu’elles ont des droits… Je suis désolée, nous ne demandons pas seulement à conduire des voitures mais à choisir notre vie. »

    En 2018, les Saoudiennes ont commencé à conduire sur les routes du royaume, ce qui leur était jusque-là interdit. Quelques semaines avant ce changement historique, plusieurs militantes et militants des droits des femmes ont été arrêtés. Certaines de ces personnes sont toujours en détention.

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