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    Iran: le rêve presque achevé d'une République islamique dans le cyberespace

    media L'idée d'un intranet iranien chemine depuis 2006. Mais il n'a vu le jour que dix ans plus tard (image d'illustration). AFP

    L'Iran célèbre ce 11 février les 40 ans de sa révolution, une révolution que le régime des mollahs a tenté d'exporter, y compris sur internet. Une décennie durant, l'idée d'un réseau national hermétique aux influences étrangères n'a cessé de resurgir sans jamais se concrétiser. Mais depuis trois ans, ce que l’on qualifie souvent « d'internet halal » prend bel et bien forme. Qu'en est-il exactement ?

    Juin 2009, Téhéran transpire de colère par toutes ses rues. Le président ultra-conservateur Ahmadinejad vient d'être réélu au terme d'un scrutin contesté, et les partisans du candidat Moussavi, soutenu par les réformateurs, n'entendent pas se laisser voler la victoire. Ils battent quotidiennement le pavé, chaque fois plus nombreux. Pendant une semaine, le pouvoir arrive à se préserver d'une contagion. La presse internationale est volontairement tenue à l'écart.

    Mais, ce 20 juin, Neda Agha-Soltan, 26 ans, s'écroule en marge d'un énième rassemblement, rue Karegar, touchée à la poitrine par un tir d'arme à feu. Son agonie est filmée, non donc par un journaliste, mais par un manifestant qui s'empresse de poster la vidéo sur les réseaux sociaux. Celle-ci devient virale. La chape de censure soigneusement déposée sur les élections vient de se fissurer. Le visage ensanglanté de Neda devient, dans les mois qui suivent, celui de la révolte contre le régime de l'ayatollah Khamenei tout entier. Il émerge complètement dans le flot d'indignations qui déferlent sur Twitter, Facebook et YouTube. Pour ne pas être emporté, le pouvoir finit par couper tout bonnement l'accès à la toile.

    Cet épisode bien connu de l'histoire récente de l'Iran, est aussi fondamental pour comprendre la volonté du régime de s'aménager un coin dans le cyberespace où il puisse garder la mainmise, parallèlement à sa politique traditionnelle de filtrage de sites étrangers. Une sorte d'intranet national connecté au réseau mondial, où entreprises et citoyens iraniens auraient accès à tout un éventail de services mais qui serait régi, bien évidemment, par les lois islamiques. Or depuis août 2016, cet intranet est une réalité, et il porte un nom peu engageant : Réseau national d'information (RNI ou Shoma, pour son acronyme persan).

    « C’est le produit d’un protectionnisme économique et culturel », résume Kaveh Azarhoosh, chercheur à l’ONG londonienne Small Media, spécialisée sur les usages numériques en Iran. En effet, chronologiquement, l'idée d'un internet domestique iranien se veut d'abord une réponse concrète et pérenne aux angoisses du régime de voir ses fondations culturelles et religieuses sapées de l'extérieur comme de l'intérieur. Le concept est élaboré dès 2006 dans les milieux conservateurs, mais à cette époque, les connexions sont encore très lentes, la « menace » peu concevable. Le soulèvement de 2009 change la donne : dans l'entourage du président Ahmadinejad, on multiplie les déclarations d'intention qui alarment l'opinion internationale.

    Paradoxalement, explique Kaveh Azarhoosh, « rien ne s’est vraiment passé avant l’élection d'Hassan Rohani, en 2013. A partir de cette année, d’énormes investissements ont été consentis pour développer le Réseau national d’information ». Le candidat réformateur s'est pourtant fait élire sur un programme d'ouverture qui a séduit les classes moyennes et la jeunesse, avec la promesse de desserrer l'étau de la censure sur internet.

    En réalité, sous son administration, le concept de réseau national évolue pour prendre en compte une composante qui va devenir fondamentale : la bonne marche de l'économie. Celle-ci doit pouvoir prospérer à l'abri des turbulences internationales. Le contexte est alors celui des sanctions, lourdes, des Occidentaux en raison de la poursuite par Téhéran de son programme nucléaire. Sanctions qui n'ont pas épargné d'ailleurs le secteur des nouvelles technologies.

    « A court terme, les autorités voulaient que toutes les entreprises qui se développent grâce à internet soient reliées aux centres de pouvoir économique en Iran, poursuit le chercheur, et sur le long terme, dégager de la richesse à partir des données générées » et hébergées au sein du réseau. A cela s'ajoute une lucidité nouvelle sur les faiblesses de l'architecture informatique du pays : l'Iran a toujours gardé en mémoire le piratage informatique de ses installations nucléaires sur le site de Natanz en 2010, orchestrée par les Etats-Unis.

    La neutralité du Net atomisée

    A la fin de l'été 2016, la première phase du projet est officiellement lancée. Il y en aura trois. Un développement frénétique qui, dans le même temps, a accru les capacités de connexion des Iraniens. Selon les chiffres de l'Organisation iranienne des technologies de l'information, ils sont désormais 64% (soit 52 millions) à avoir un accès à Internet.

    Mais un développement qui malmène aussi allègrement le principe de neutralité du Net, c'est-à-dire la stricte égalité d'accès à la toile. Comme le rapporte Small Media dans une de ses études, dès 2015 consigne est passée aux fournisseurs d'accès de réduire de moitié les tarifs d'accès aux contenus hébergés sur le réseau national. Une décision dont l'administration Rohani est d'ailleurs très fière : « Les responsables politiques ont souligné qu'il s'agissait d'un triomphe pour le Réseau national d'information, d'une mesure qui profitera grandement aux entrepreneurs iraniens, aux universitaires et aux utilisateurs moyens d'internet », écrivent les auteurs du rapport.

    Une myriade de contenus... autorisés

    Que trouve-t-on au juste dans cette République islamique numérique ? Des services, déjà. C'est en tout cas l'obstination du pouvoir depuis 2017. Mais l'e-gouvernement, c'est-à-dire la fourniture de services publics en ligne est loin aujourd'hui d'occuper tout le cyberespace iranien. Celui-ci est aussi constellé de contenus culturels, qui « de façon générale, évoluent dans un cadre bien moins stricte qu'à la télévision », précise Kaveh Azarhoosh. Les médias iraniens y sont aussi hébergés, ce qui renforce leur dépendance au pouvoir.

    Enfin l'activité sociale n'y est pas absente. Les retrouvailles entre amis peuvent se faire sur Facenama, le Facebook iranien qui cultive bien des similitudes avec son cousin californien. Le réseau social peine néanmoins à séduire, à l'inverse d'Apparat, le YouTube « halal », qui connaît lui un franc succès.

    En réalité, les Iraniens passent des sites internationaux à leurs équivalents nationaux au gré des envies et des interdictions. « S'ils veulent voir du football ou des films en persan, ils n'utilisent pas de sites hébergés à l'extérieur de l'Iran, mais pour écouter certaines musiques interdites sur le réseau iranien, ils s'y rendront », poursuit le chercheur de Small Media.

    Une épée de Damoclès

    Vitesse de connexion accrue, prix bas, contenus mimant les standards internationaux, tout ça couplé au filtrage de certains sites étrangers : plus que de les contraindre, les autorités veulent surtout développer chez les Iraniens, lentement, de nouveaux comportements. « Le Réseau national d'information est conçu pour permettre aux internautes iraniens d'adopter un mode de consommation de contenu plus cohérent, qui stimule le trafic vers des [produits] approuvés par l'Etat et hébergés sur le RNI », note ainsi l'avocate et chercheuse à l'université d'Harvard, Simin Kargar. Tout est fait pour que la connexion à l'internet iranien devienne une évidence.

    Et à en croire les données fournies par Alexa internet, la stratégie paye. Parmi les vingt sites les plus consultés en Iran au cours du mois écoulé, seuls cinq sont étrangers (Wikipedia ou Instagram sont de ceux-là). Seulement, certaines habitudes ont la vie dure : les autorités se sont longtemps félicités de l'utilisation croissante du moteur de recherche « maison » Parsijoo alors qu'il est encore à des années lumières de pouvoir concurrencer le géant Google. Idem pour l'application Lenzor, éclipsée par Instagram.

    Depuis l'élection d'Hassan Rohani, la communication gouvernementale s'évertue ainsi à rassurer sur le caractère non contraignant de l'intranet iranien. L'ancien ministre de l'Information et des Technologies de communication Mahmoud Vaezi expliquait par exemple que « si un utilisateur ne trouve pas une donnée qu'il cherche sur le Réseau national d'information, il peut toujours accéder à internet pour la trouver ».

    Mais pour Reza Moini, spécialiste de l'Iran à Reporters sans frontières, il ne s'agit rien de moins que « d'un apartheid digital », imposé contre « une majorité d'Iraniens ». A mesure que réseau national se développe, il fait aussi courir plus de risque aux internautes iraniens : l’économie iranienne fonctionnant de plus en plus en vase clos, couper l’accès à internet aurait de moins en moins de conséquences, du moins à court terme, sur celle-ci. Le régime pourrait donc avoir la main plus lourde à l’avenir.

    ►Notre dossier sur les « 40 ans de la Révolution islamique en Iran »

    Dossier complet sur les 40 ans de la Révolution islamique en Iran sur notre site en persan  

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