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    Moyen-Orient

    Syrie: le chef des artilleurs français critique les opérations contre l'EI

    media Des avions de l'armée française de type «Rafale» volent en direction de la Syrie, pour participer à la coalition antijihadiste contre les infrastructures du groupe Etat islamique (archive septembre 2015). AFP PHOTO / ECPAD

    Le commandant des artilleurs français appuyant les forces kurdes contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie affirme que la victoire aurait pu être obtenue plus vite et avec moins de destructions si les Occidentaux avaient engagé des troupes au sol.

    Le colonel François-Régis Legrier, qui commande depuis octobre le détachement d'artillerie français (Task Force Wagram) en Irak, se livre à ce constat cinglant dans un article de la Revue Défense nationale (RDN) qui fait grincer des dents à l'état-major des armées.

    La dernière grande bataille contre l'EI, livrée de septembre à décembre dans la poche d'Hajine dans l'est de la Syrie, « a été gagnée mais de façon très poussive, à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions », affirme l'officier.

    Les jihadistes de l'EI ne tiennent plus désormais qu'une parcelle d'un kilomètre carré dans la province de Deir Ezzor (est) tout près de la frontière irakienne. Et le président américain Donald Trump a assuré vendredi que des annonces interviendraient « dans les 24 heures » sur la fin du « califat » auto-proclamé.

    « Certes, les Occidentaux, en refusant d'engager des troupes au sol, ont limité les risques et notamment celui d'avoir à s'expliquer devant l'opinion », relève le colonel Legrier. « Mais ce refus interroge : pourquoi entretenir une armée que l'on n'ose pas engager ? », poursuit l'officier, qui use d'une liberté de ton inédite pour un responsable militaire en opération.

    Selon lui, 1 000 combattants aguerris auraient suffi à « régler en quelques semaines le sort de la poche d'Hajine et (à) épargner à la population plusieurs mois de guerre ». Il aura fallu au total « près de cinq mois et une accumulation de destructions pour venir à bout de 2 000 combattants ne disposant ni d'appui aérien, ni de moyens de guerre électronique, ni de forces spéciales, ni de satellites », écrit-il encore.

    Aujourd'hui, les guerres que nous faisons ne sont pas adaptées à la menace (...) Une guerre est une chose très sérieuse, oui il faut assumer les pertes au combat

    Analyse

    Général François Chauvancy, expert en géostratégie

    16/02/2019 - par Murielle Paradon Écouter

    La coalition internationale anti-EI sous commandement américain a essentiellement procédé à des opérations aériennes en appui des FDS, à l'exception de quelques forces spéciales au sol, notamment américaines et françaises.

    « En l'espace de six mois, plusieurs milliers de bombes ont été déversées sur quelques dizaines de kilomètres carrés avec comme résultat principal la destruction des infrastructures » (hôpitaux, routes, ponts, habitations, etc.), insiste-t-il. La coalition a « renoncé à sa liberté d'action et perdu la maîtrise du tempo stratégique » en « sous-traitant » aux FDS la conduite des opérations au sol, affirme-t-il encore.

    A l'état-major des armées, on juge « contestable le fond autant que la méthode » de l'officier qui doit achever sa mission en Irak fin février. « Ce n'est pas une question de liberté d'expression, c'est une question de devoir de réserve et de secret lié aux opérations », y souligne-t-on.

    Le colonel Legrier a notamment reçu la visite de la ministre française des Armées Florence Parly le 9 février près de la frontière avec la Syrie. Son article dans la Revue Défense nationale a été retiré de la revue, bien qu'il soit déjà relayé sur les réseaux sociaux.

    Le colonel Legrier livre une analyse que l'on peut contester, mais par une autre analyse (...) il ne trahit en rien le devoir de réserve, il n'attaque personne (...) On revient à une forme de censure très ancien monde, à la fois politique et très ancien monde aussi militaire

    Analyse

    Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM)

    16/02/2019 - par Anissa El Jabri Écouter
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