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    Moyen-Orient

    Syrie: pour les jihadistes et leurs proches, le combat ne s'arrête pas là

    media Des familles de jihadistes et civils rescapés sont rassemblées dans les proches environs de Baghouz (région de Deir Ezzor), le 5 mars 2019. REUTERS/ Rodi Said

    Un flot ininterrompu de jihadistes avec femmes et enfants se rendent aux forces kurdes dans l’est de la Syrie. Le groupe Etat islamique contrôle pourtant toujours le village de Baghouz dans cette même région. Acculés, certains de ses combattants déposent les armes. Ils renoncent ainsi temporairement à leur « califat » autoproclamé, mais pas à leur pensée extrémiste.

    Avec notre envoyé spécial dans la région de Baghouz, Sami Boukhelifa

    Parmi ces jihadistes se trouvent beaucoup d’Occidentaux, comme cette Franco-Belge, rencontrée à sa sortie de Baghouz. La blancheur de ses mains contraste avec son niqab noir. Elle a à peine 24 ans. Cinq années passées en Syrie à s’abreuver d’une doctrine radicale.

    « Je suis venue ici, ça a été une liberté. Notre religion elle mérite que chaque membre qu'on a soit coupé, tellement notre religion elle est précieuse pour nous. Si on ne suit pas les règles de notre religion, l'au-delà ça sera l'enfer, et ce sera beaucoup plus pire que d'avoir un doigt coupé, une jambe coupée. C'est peut-être pas compréhensible pour certaines personnes, mais c'est ce qu'on pense en fait, c'est notre religion qui passe avant tout et c'est pour ça que j'ai quitté ma famille, ma mère, tout le monde, pour ma religion. »

    → RELIRE Syrie: à la rencontre de familles de jihadistes qui ont survécu aux affrontements

    Convertie à l’âge de 15 ans à Roubaix près de Lille, dans le nord de la France, la jeune fille se marie dès sa majorité et rejoint le groupe Etat islamique en Syrie avec son premier époux finalement tué au combat. Quelques mois plus tard, elle se marie une seconde fois à un autre jihadiste mais n’aura jamais d’enfants.

    Aujourd’hui seule en Syrie, elle est tiraillée entre ses convictions extrémistes et son envie de retrouver sa famille. « Ma mère veut que je rentre, c'est son but, parce que ça fait cinq ans d'absence. Pour une mère, c'est dur. » Pour la jeune Roubaisienne, la déroute du groupe Etat islamique est une épreuve divine. Les jihadistes n’ont pas dit leur dernier mot. Elle prie pour la renaissance du califat.

    Capture de 400 jihadistes

    Cette femme fait partie des centaines de personnes – dont des femmes serrant leurs bébés et des hommes blessés juchés sur des béquilles – qui ont quitté mercredi Baghouz, l'ultime réduit du groupe Etat islamique, selon une journaliste de l'AFP présente à l’est de l’Euphrate.

    L’exode des habitants qui a repris depuis dimanche a freiné l’assaut des Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les Etats-Unis, contre cette poche d’un demi-kilomètre carré, truffée de tunnels et de tranchées, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh.

    Profitant de la sortie des civils, quelque 400 jihadistes ont essayé de s’enfuir avec l’aide de passeurs qui s’étaient engagés à les conduire vers une région éloignée. Ils ont cependant été capturés par les FDS. La chaîne panarabe al-Mayadeen qui rapporte la nouvelle indique que des centaines d’autres combattants se sont rendus à la coalition appuyée par Washington.

    Malgré le départ de 58 000 civils depuis décembre et de centaines de jihadistes, des milliers de personnes se trouvent toujours dans le réduit, totalement encerclé et surveillé en permanence par les avions de la coalition internationale.


    Le retour des jihadistes, à chaque pays sa doctrine

    La question du retour des jihadistes divise l’Union européenne. Alors que les Etats-Unis ont exhorté l’Europe à rapatrier ses ressortissants détenus en Syrie, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a annoncé il y a quelques jours qu’il n’y « aura pas de décision au niveau de l’UE ».

    La position de la France est qu'il n'y a « pas de programme » de retour des jihadistes français, selon Emmanuel Macron. Pour le chef de l'Etat, ces personnes doivent être jugées dans le pays où elles sont accusées. Ailleurs en Europe, c’est la même réticence devant la demande américaine qui domine. Dernier Etat en date à s’exprimer : l'Autriche.

    « De fait, nous ne rapatrierons pas ces gens. » La phrase, sans ambiguïté, est du ministre de l’Intérieur d'extrême droite autrichien Herbert Kickl qui a déjà sa solution : un retrait de la protection consulaire à tous les ressortissants européens qui ont combattu pour l’EI. Cette protection est due à tout citoyen de l'UE hors de ses frontières et normalement assurée par n'importe quel Etat membre.

    Déchéance de nationalité

    Du côté des pays qui ont le plus de ressortissants dans les rangs du groupe terroriste, c’est aussi le plus souvent une position de refus qui domine. Ils devront être jugés là où les crimes ont été commis. Une position adoptée par
    la Suède et le Royaume-Uni. Londres refuse ainsi le retour d'une jeune femme de 19 ans partie adolescente et sans regret encore aujourd'hui. Elle a été déchue de sa nationalité.

    La déchéance de nationalité va se concrétiser en Allemagne par la mise en place d'une loi. Mais elle ne sera pas rétroactive : elle ne concernera que de futurs potentiels terroristes. En attendant, les rapatriements sont « difficiles à envisager », dit Berlin, et possibles si et seulement si un jugement est garanti. Parmi les 42 Allemands détenus en Syrie, seuls 18 sont visés par un mandat d'arrêt.

    Enfin, la doctrine officielle de la Belgique est oui au retour des enfants de moins de 10 ans. Au-delà, c'est du cas par cas.

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