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    Moyen-Orient

    Iran: Nasrin Sotoudeh, le combat par la voix

    media Le portrait de Nasrin Sotoudeh affiché sur la façade du siège du Conseil national des barreaux de France, à Paris, le 28 mars 2019. REUTERS/Charles Platiau

    L’éminente avocate iranienne, fraîchement nommée citoyenne d’honneur de la Ville de Paris, purge actuellement une peine de trente-huit années de prison. Elle est aussi condamnée à 148 coups de fouet pour « outrage au tribunal ». Au fil du temps, Nasrin Sotoudeh s’est imposée comme le visage de la lutte pour les droits humains dans un pays où ils sont bien souvent bafoués. Une pétition demandant sa libération a recueilli près de 300 000 signatures.

    « Une battante », « un modèle d’opiniâtreté », « un symbole de résilience ». À l’évocation de Nasrin Sotoudeh, on ne récolte qu’éloges et formulations flatteuses. Il faut dire qu’à travers ses combats, en tête desquels trônent la lutte contre le port obligatoire du hijab et la défense des opposants politiques, l’avocate iranienne s’est bâtie une solide réputation dans son pays. Sa notoriété n’a pas tardé à franchir les frontières de la République islamique : la juriste s’est hissée en porte-étendard de la lutte pour les droits humains aux yeux de la communauté internationale. En témoigne la récompense qui lui a été attribuée le 1er avril : la citoyenneté d’honneur de la Ville de Paris. Le Conseil de Paris estime que « ses combats la rapprochent des valeurs de la capitale ».

    Son activisme l’a toutefois conduite à de multiples séjours en prison. Depuis juin 2018, elle est incarcérée dans une geôle de la prison d’Evin, au nord de Téhéran. Une pétition, lancée par le Conseil national des barreaux de France, appelant l’Iran à la libérer, a recueilli près de 300 000 signatures à ce jour. Une demande réitérée par Emmanuel Macron durant son entretien avec le président Rohani mardi 9 avril.

    Le caractère bien trempé de l’avocate de 55 ans surgit dès sa jeunesse. Nasrin Sotoudeh est issue d’une famille traditionnelle, comme on trouve pléthore dans l’Iran des années 1960. Si sa mère portait le voile, ni elle ni son conjoint n’en ont fait un impératif pour leur fille Nasrin. « Si on m’avait obligée à le mettre, j’aurais refusé », expliquera-t-elle tout simplement à Sara Saidi, correspondante du quotidien Libération à Téhéran entre 2016 et janvier 2019, dans une interview. Et la journaliste de préciser : « C’est bien la preuve d’une certaine force de conviction ».

    À lire aussi : Iran: le tableau noir des droits de l’homme

    En 1995, à 32 ans, Nasrin Sotoudeh passe l’examen du barreau avec succès et se lance dans la défense des enfants maltraités et des femmes dont les droits sont bafoués. Débute alors son combat pour les droits humains, d’abord en rejoignant un mouvement féministe au début des années 2000, puis en portant plainte contre des policiers coupables d’avoir pris pour cible des femmes lors d’une manifestation. Un combat que « cette femme de moins de 1,60 mètre mène avec un calme déconcertant », pour reprendre la formule de Sara Saidi.

    Quand la journaliste la rencontre, en 2018, des avocats autour d’elle sont arrêtés. « Malgré les tourbillons qui l’entouraient, elle gardait cette voix apaisante. C’était surprenant. » La quinquagénaire, « élégante et ordonnée », adopte un ton davantage préoccupé quand survient la question de ses enfants. « C’est une mère et ça se sent », confirme la journaliste. Son mari, Reza Khandan n’a pas épousé qu’elle : il a aussi épousé ses convictions. Au point, lui aussi, de faire un passage par la case prison en 2018. Pour l’en faire sortir, Nasrin Sotoudeh n’hésitera pas à se livrer à une grève de la faim. Payante, puisque celui-ci sera finalement libéré. « Il a énormément de respect pour mon travail. Un jour, il m’a dit : " Fais ce que tu as à faire, nous on s’en sortira " », confiera l’avocate durant son entretien avec Sara Saidi.

    De condamnation en condamnation

    Son opposition à la violation des droits humains n’est pas sans rappeler l’activisme de Shirin Ebadi. Cette ancienne juge, bête noire des mollahs auréolée du prix Nobel de la paix en 2003, Nasrin Sotoudeh la tient en haute estime. Elle a pu la rejoindre au sein du Centre des défenseurs des droits de l’homme. Choix pour lequel elle sera condamnée.

    Nasrin Sotoudeh découvre la vie carcérale pour la première fois en 2010 pour « actions contre la sécurité nationale et propagande contre le régime ». Dans les faits, il lui est reproché d’avoir assuré la défense de différents opposants à la réélection controversée du conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Elle écope de six ans de prison. C’est alors que son nom apparaît aux yeux de la communauté internationale. Cette dernière ne tardera pas à s’insurger. Le Parlement européen lui décernera le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit en 2012.

    Elle est libérée en 2013 mais son champ d’action est entravé par une interdiction de plaider devant les tribunaux. « Après avoir très mal vécu l’ère Ahmadinejad, elle a connu un regain d’espoir avec Rohani… Mais le bilan de celui-ci est très mince sur les questions des droits », souligne Karim Lahidji, président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). La désillusion s’empare d’elle dans un premier temps. Mais Nasrin Sotoudeh refuse de rendre les armes.

    À écouter aussi : Quel avenir pour l'Iran, 40 ans après la Révolution ?

    En 2015, à l’occasion du tournage du film Taxi Téhéran, acclamé par la critique, la juriste met de côté sa robe d’avocat mais pas ses convictions. Elle y joue son propre rôle, celui d’une juriste. Dans une réplique, elle affirme : « En Iran, si vous commencez à avoir peur, vous ne faites plus rien ». De quoi dorer encore un peu plus son image aux yeux de la population iranienne. « C’est une société combative : les gens sont admiratifs et reconnaissants de son combat », note Sara Saidi. Nasrin Sotoudeh apparaît aujourd’hui sans nul doute comme une icône, qui a su sacrifier sa vie personnelle au profit des intérêts du plus grand nombre.

    Peine XXL et vague d’indignation

    L'avocate est de nouveau incarcérée en juin 2018. Cette fois pour avoir défendu « les filles de la rue Enghelab », ces jeunes femmes qui luttaient contre le port obligatoire du voile. Elle est jugée en mars dernier. Face à l’impossibilité de recourir à ses avocats, l’Iranienne boycotte l’audience. Jugée en son absence, elle est reconnue coupable de pas moins de sept chefs d’accusation. Nasrin Sotoudeh écope d’une peine XXL : plus de trente années de prison, auxquelles il faut en ajouter cinq d’une condamnation datant de 2016. Elle est aussi condamnée à 148 coups de fouet pour « outrage au tribunal », car elle s'était présentée devant lui sans « le voile islamique »  L’accès au compte-rendu de l’audience lui est refusé. « Elle continue le combat depuis sa cellule et tente de faire passer des messages de paix et de justice, soutient Karim Lahidji. En dépit des conditions de détention, elle parvient à garder le moral ».

    Une nouvelle fois, la communauté internationale et les ONG se mobilisent pour exiger sa libération. Le Conseil national des barreaux de France, mobilisé sur la protection des avocats, se dit « fier d’afficher son portrait sur la façade de son siège afin d’attirer l’attention de tous sur sa lutte, son engagement, sa résistance et sa volonté d’exercer son métier malgré les persécutions dont elle fait l’objet ». Interrogé par l’AFP, son mari a déclaré que la plus lourde de ces peines, pour « incitation à la débauche », autrement dit pour avoir défendu les femmes qui avaient enlevé leur voile publiquement, prenait le pas sur les autres. Ce dernier précise qu’elle devrait être emprisonnée douze ans, dans un premier temps. Mais au vu de l’opacité du système judiciaire iranien, difficile de savoir avec précision combien de temps Nasrin Sotoudeh devra réellement passer derrière les barreaux. L’énième sacrifice d’une femme qui aura dédié sa vie à la défense des droits humains.

    À écouter aussi : la Chronique des droits de l'homme Iran: Nasrin Sotoudeh, condamnée à plus de 30 ans de prison et 148 coups de fouets

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