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    Moyen-Orient

    Anwar al-Bunni, chasseur de tortionnaires d'Assad réfugiés en Allemagne

    media Anwar al-Bunni (à droite), avocat syrien et réfugié à Berlin. Hannes Jung / RFI

    Huit années de guerre civile, des millions de victimes et de réfugiés. Le conflit syrien n’en finit plus de semer la désolation. L’Allemagne est le pays européen ayant accueilli le plus grand nombre de réfugiés syriens : près de 800 000. Parmi eux se sont glissés d’anciens assassins et tortionnaires du régime de Bachar el-Assad. À Berlin, Anwar al-Bunni, avocat syrien et réfugié lui aussi, consacre sa vie à leur traque. Et vient de connaître une première victoire avec une spectaculaire triple arrestation.

    De notre correspondant à Berlin,

    Difficile d’avancer un chiffre fiable. Ils seraient un millier en Europe, dont plus de 600 en Allemagne. Des hommes de main et des hauts gradés qui ont tourné le dos au régime par opportunisme ou ont été envoyés de l’autre côté de la Méditerranée pour surveiller les soutiens de la révolution exilés. Des hommes qui vivaient jusqu’ici en toute impunité. Un temps qui semble pourtant révolu. Pour la première fois, d’anciens officiers des services de renseignements de Bachar el-Assad ont été arrêtés il y a quelques semaines. Deux en Allemagne, un en France. Tous trois sont accusés d’actes de torture, de meurtres et de crimes contre l’humanité. Un espoir de justice enfin pour les victimes de la guerre civile syrienne.

    « La peur a changé de camp »

    Derrière ces arrestations, l’engagement d’une vie, celui d’Anwar al-Bunni, 59 ans, avocat et militant syrien des droits de l’homme, réfugié en Allemagne depuis 2014. « Personne ne pouvait s’imaginer que nous pourrions arriver à un tel résultat, lance Anwar al-Bunni. Tout le monde a été surpris, y compris les tortionnaires. Après ces arrestations, j’ai reçu de nombreux coups de fil. Et je peux vous dire une chose : la peur a changé de camp. »

    ► À écouter aussi : Accents d'Europe : l’avocat syrien qui poursuit sa quête de justice depuis Berlin

    Le téléphone d’Anwar Al-Bunni ne laisse jamais bien longtemps son propriétaire tranquille. Victimes de tortionnaires du régime, bourreaux, informateurs : l’avocat est un homme très demandé. Menacé en Syrie à cause de son engagement en faveur des droits de l’homme, il se réfugie à Berlin avec l’aide du gouvernement allemand. Depuis, il poursuit son combat : mettre derrière les barreaux les tortionnaires au service d’une dictature qui assassine son peuple. Mais comment faire lorsqu’une victime se trouve par exemple en Suède, et le criminel en Allemagne ? Avec l’aide du ECCHR (Centre européen des droits constitutionnels et des droits de l’Homme), Anwar al-Bunni a trouvé un moyen de faire des sbires de Bachar el-Assad des justiciables. Il s’appuie sur le principe de compétence universelle instauré dans le Code pénal allemand de droit international en 2002 et héritage du procès de Nuremberg. Principe qui stipule qu’un crime commis à l’étranger par des ressortissants étrangers peut faire l’objet de poursuites. Une voie juridique vitale pas uniquement pour la Syrie assène Anwar al-Bunni : « Notre combat est important pour le monde entier. À travers l’Histoire, il y a eu tellement de criminels qui ont échappé à la justice. Et c’est justement à cause de cela que les criminels d’Assad commettent tant d’atrocités. Ils n’ont pas peur. Ils se disent qu’ils s’en sortiront, comme les autres. C’est le message que nous lançons : le temps de l’impunité est terminé. »

    Un travail de fourmi pour recenser les atrocités

    Depuis son petit bureau du quartier berlinois à la mode de Mitte, installé dans une ancienne usine investie par de jeunes créatifs, l’avocat-enquêteur recoupe preuves et témoignages avant de les remettre aux autorités allemandes. Comme des détails très précis sur la structure hiérarchique des services de sécurité, qu’il confronte à des vidéos, des photos prises dans les geôles du régime. Il s’appuie notamment sur le travail de « César », ce photographe de la police militaire qui a risqué sa vie pour faire sortir de Syrie près de 50 000 documents concernant des détenus torturés à mort. Un travail de fourmi impossible à effectuer pour les autorités allemandes souligne-t-il. « L’unité de luttes contre les crimes internationaux dispose de moyens extrêmement limités. Quelques personnes avec un petit budget. Seuls des Syriens peuvent recouper et vérifier des informations : quelle prison, quel service de sécurité responsable, quel donneur d’ordres, etc. explique Anwar al-Bunni entre deux bouffées tirées sur sa cigarette électronique. Même en travaillant pendant des années, aucun enquêteur allemand ne pourra réaliser ce travail. Les Syriens sont les seuls à pouvoir reconstituer toutes les pièces du puzzle. »

    Une histoire de confiance

    Anwar Al-Bunni connaît parfaitement les rouages du système répressif syrien. Défenseur infatigable des droits de l’homme, il est arrêté en 2006. Il passera cinq années en prison. Ironie de l’histoire, une fois réfugié à Berlin, il tombe nez à nez avec celui qui l’a kidnappé en pleine rue. Un officier de haut rang des services de renseignement qui a déserté. Il fait partie des trois hommes arrêtés il y a quelques semaines. Une expérience qui lui permet de recueillir des témoignages. « Pour moi, ce n’est pas difficile. Car tout le monde me connaît et me fait confiance. Les personnes qui viennent me voir n’ont pas attendu la révolution pour être victimes des horreurs d’Assad. Elles l’ont été avant 2011, et le plus souvent c’était déjà moi qui les défendais, j’étais leur avocat quand elles étaient en prison ».

    Avant de s’adresser à Anwar al-Bunni, beaucoup ont signalé la présence de ces tortionnaires à la police allemande, aux services en charge des réfugiés. « Ils pensaient qu’ici leurs témoignages feraient bouger les choses. Mais personne ne lève le petit doigt, regrette Anwar enfoncé dans un canapé. C’est comme si le monde se fichait de leur histoire. Et ils se disent que je suis leur dernier espoir parce qu’ils savent qui je suis. » Et lorsqu’on lui demande s’il a parfois peur pour sa vie, un grand sourire s’affiche derrière son épaisse moustache. « Si des hommes d’Assad venaient à me tuer ici en pleine rue, ils me feraient le plus beau des cadeaux qu’il soit, affirme-t-il d’une voix emplie de sérénité. J’aurai atteint mon objectif : ils seront arrêtés et condamnés pour meurtre. »

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