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    Moyen-Orient

    Yémen: l'inquiètude à l'approche du procès d'un leader baha'i

    media Hamed Bin Haydara. uscirf.gov

    Le tribunal houthi de Sanaa doit se prononcer le 16 juin sur l’appel de Hamed Bin Haydara, condamné à mort pour espionnage et apostasie. Bin Haydara est un important dirigeant baha’i, une minorité religieuse victime de multiples persécutions en Iran et aujourd’hui au Yémen dans la zone contrôlée par les houthis. Plusieurs dizaines de baha’is sont actuellement en attente de jugement pour les mêmes chefs d’accusation d’espionnage et d’apostasie du fait de leur appartenance à la même communauté de croyance. Les appels se multiplient à travers le monde pour faire libérer Hamed bin Haydara et pour demander la libération immédiate de tous les baha’is détenus au Yémen en raison de leur conviction religieuse.

    On estime globalement que les baha’is seraient aujourd’hui cinq millions dans le monde et seulement quelques milliers de personnes au Yémen (certaines sources parlent de 2 000 personnes), dans un pays qui compte vingt-sept millions d’habitants dont 99% sont musulmans.

    Depuis que les houthis ont chassé le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l’Occident, et qu'ils ont pris le contrôle de la capitale, Sanaa, et d’une grande partie de l’ouest du Yémen en 2015, ils répriment les baha’is et leur religion jugée « satanique ».

    Les Houthis contrôlent depuis 2015 Sanaa et le nord du Yémen. PHOTO: REUTERS/FILE REUTERS/FILE

    L’ONU a déclaré que sur les territoires contrôlés par les houthis, la vie des baha’is était confrontée à un « schéma persistant de persécution », notamment de harcèlement et de détention arbitraire.

    Le calvaire de Hamed bin Haydara

    Le 3 décembre 2013, dans un contexte délétère de harcèlement de la communauté religieuse baha’ie, Hamed bin Haydara est arrêté sur son lieu de travail par les agents du Bureau national de sécurité. Yeux bandés, menotté, il est transporté dans le coffre d’une voiture dans un lieu de détention secret pendant plusieurs mois. En octobre 2014, avant la tenue de tout procès, il est transféré à la prison de Sanaa dans la même cellule que les condamnés à mort.

    D’après les représentations baha’ies à l’étranger, entre septembre et décembre 2014, Hamed bin Haydara a fait l’objet de dix-neuf interrogatoires, dont seulement trois se sont déroulés en présence de son avocat. La première audience le concernant s'est tenue le 8 janvier 2015 sans qu’il soit présent. Sur les 26 audiences qui suivent jusqu’en avril 2017, au moins dix se sont passées en l’absence de Hamed bin Haydara et de son avocat.

    Après l’arrestation de Hamed bin Haydara, son domicile a été perquisitionné, ses documents et son ordinateur ont été confisqués par le Bureau de la sécurité nationale. Durant ces années de détention, comme le précise la représentation baha’ie de France, « Hamed bin Haydara a été contraint de signer des papiers alors qu’il avait les yeux bandés ; il s’est vu refuser la délivrance des médicaments indispensables à ses problèmes de santé (notamment l’hypertension et l’hypercholestérolémie) ; les examens médicaux nécessaires suite aux tortures qu’il a subies lui ont été également refusés ; il a été soumis à la torture psychologique et physique, notamment à des décharges électriques et des frappes à l’aide d’une barre métallique et une substance inconnue lui a été injectée dans le cou ».

    Le 2 janvier 2018, le tribunal pénal spécialisé de Sanaa a condamné à mort Hamed bin Haydara, l’accusant en substance de compromettre l’indépendance de la République du Yémen par adhésion à une « secte satanique », « de menacer la sécurité du pays » et de « mener une guerre doctrinaire contre l’islam », le juge appelant également à la dissolution de toutes les assemblées baha’ies du Yémen.

    Vue générale de Sanaa, la capitale du Yémen (décembre 2017). Mohammed HUWAIS / AFP

    Les attentes de l’audience du 16 juin

    D’après les observateurs, le procès est constamment repoussé pour des raisons diverses (absence du juge, raisons médicales ou autre) et cette prochaine audience initialement prévue le 30 avril 2019, puis reporté au 16 juin pourrait être décisive et permettra de savoir si la décision prise en première instance (le 2 janvier 2018) est maintenue ou non, si la procédure d'appel est acceptée, ou si Hamed bin Haydara pourra être libéré comme le réclame la défense. Pour Hamdam Nadafi, la directrice du bureau des affaires extérieures des baha’is en France, les inquiétudes sont multiples. « Cinq baha’is sont actuellement en prison et vingt autres dans l’attente d’un procès », précise-t-elle. « Parmi les chefs d’accusations de ces 25 personnes, on retrouve la notion d’apostasie ; or, l’apostasie est condamnée dans la loi yéménite par la peine de mort et c’est exactement le même juge qui a condamné Hamed bin Haydara à la peine capitale qui préside l’instance qui doit juger les 25 autres personnes. Donc l’inquiétude est que ce cas pour l’instant isolé risque de se reproduire sur toute une population baha’ie. »

    Une minorité religieuse persécutée

    En Iran, d’après les représentations baha’ies à l’étranger, des centaines d’exécutions ont eu lieu au lendemain de la révolution mais aucune depuis vingt ans. En revanche, les condamnations et les arrestations continuent et d’autres formes de persécutions se sont aujourd’hui développées vis-à-vis des baha’is d’Iran. « Les baha’is sont interdits d’université en Iran et les quelques exceptions qui ont pu intégrer un enseignement supérieur ont été exclus avant la fin de leur cursus », explique Hadam Nadafi. « Quand des baha’is travaillent dans le secteur privé, poursuit la représentante des bah'ais en France, les employeurs sont régulièrement menacés de sanctions pour les avoir embauchés, les tombeaux sont très régulièrement profanés et abimés par les autorités et surtout depuis quelques années, depuis l’élection du président Hassan Rohani, la campagne médiatique à l’encontre des baha’is est beaucoup plus forte et encourage à être violent à leur égard. Depuis une quinzaine d’années en Iran on n'est plus sur des condamnations à mort mais sur une volonté d’anéantir et d’empêcher de vivre une population ».

    Le président iranien Hassan Rohani, le 15 février 2018. REUTERS/Danish Siddiqui

    Les problèmes de discrimination au Yémen avec les baha’is se développent dès les années 2013, avec l’arrestation de Hamed bin Haydara, mais prennent surtout de l'ampleur avec l’arrivée des houthis au pouvoir à Sanaa et dans le nord du Yémen en 2015. En 2016, une vague d’arrestation de baha’is touche des adultes et des enfants. Les harcèlements prennent différentes formes. Vingt-cinq personnes sont ensuite arrêtées, cinq sont incarcérées, vingt autres sont dans l’attente de leur procès et toutes sont inquiétées pour leur appartenance religieuse. Pour Hamdam Nadafi, « ce qui est inquiétant, c’est que ce sont exactement les mêmes arguments que l’on retrouve en Iran et on sait que c’est une pression exercée par l’Iran qui encourage les houthis à mener ces persécutions : ce sont les mêmes chefs d’accusations, les chefs religieux utilisent exactement le même vocabulaire au Yémen et en Iran et c’est pour cela qu’on parle de persécution, parce que c’est un groupe qui est ciblé avec le but de le priver totalement de ses droits et de ses actions ».

    Réactions internationales

    La dernière réaction internationale le 22 avril dernier émane du porte-parole du Département d’Etat américain, Morgan Ortagus. « Nous sommes profondément préoccupés par les informations crédibles selon lesquelles les houthis continueraient de maltraiter gravement, de détenir arbitrairement et de torturer des baha'is au Yémen. Emprisonné depuis 2013, l'éminent dirigeant baha'i Hamed bin Haydara a été condamné à mort pour des accusations d'espionnage et d'apostasie présumés en janvier 2018. (...) Cette tendance persistante à l'oppression et aux mauvais traitements infligés par les houthis aux baha'is au Yémen doit cesser. Les baha'is sont confrontés à la discrimination et à la persécution quotidiennes lorsqu'ils cherchent à pratiquer leur foi au Yémen et ailleurs dans le monde. La liberté de religion est un droit humain fondamental et une source de stabilité pour tous les pays. Chaque personne dans le monde devrait être libre de pratiquer sa religion sans crainte d'intimidation ou de représailles ».

    Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord pour Amnesty international avait déclaré dès l’annonce de la condamnation à mort de Hamed bin Haydara : « Les autorités houthies doivent immédiatement annuler la condamnation à mort d’Hamid Haydara. Cet homme est un prisonnier d'opinion, qui a été jugé en raison de ses convictions et des activités pacifiques qu’il mène en tant que membre de la communauté baha’ie. Cette condamnation est le résultat d'une procédure profondément entachée d’irrégularités ­ accusations forgées de toutes pièces, procès inique et allégations dignes de foi selon lesquelles Hamid Haydara a été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements en détention ». Pour Philip Luther, cette condamnation s’inscrit aussi « dans le contexte d’une vaste répression visant les personnes critiques à l’égard des autorités, les journalistes, les défenseurs des droits humains et les membres de la communauté baha’ie, qui fait que des familles entières vivent dans la peur, craignant pour leur sécurité et celle de leurs proches ».

    Amnesty International réclame l'annulation de la condamnation à mort de Hamid Haydara. « Il doit être libéré immédiatement et sans condition et obtenir pleinement réparation », martèle l'organisation internationale basée à Londres, « les autorités houthies doivent cesser de persécuter la communauté baha’ie et respecter son droit à la liberté de religion, qui est consacré par la Constitution yéménite comme par le droit international. »

    Qui sont les baha'is ?

    Les baha’is sont des croyants d’une religion mondiale indépendante ayant ses propres écritures sacrées, ses propres lois, ses propres institutions et ses propres lieux saints.

    Cette religion est fondée au XIXe siècle, en Iran par Mirza Husayn Ali Nouri, dit Baha’u’llah (gloire de Dieu). Il déclare être la manifestation de Dieu pour notre époque. A cause de cette révélation, il est très vite dépouillé de ses biens, emprisonné et banni. Il meurt incarcéré à Saint-Jean d’Acre en 1892. Mais depuis, la foi baha’ie s'est propagée à travers le monde.

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