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    Liban: combats perdus et batailles gagnées de Nasrallah Sfeir

    media Le patriarche émérite de l'Église maronite, Nasrallah Sfeir, en 2008 à Beyrouth. REUTERS/Jamal Saidi/File Photo

    Le patriarche émérite de l’Église maronite, Nasrallah Sfeir, sera inhumé ce jeudi 16 mai à 17 heures après deux jours de deuil officiel décrétés par le gouvernement libanais. Retour sur la vie d’une figure respectée, mais qui n’a pas toujours fait l’unanimité.

    De notre correspondant à Beyrouth,

    Rarement un homme aura reçu, au Liban, autant de louanges et suscité un tel élan de sympathie après sa mort. Le patriarche émérite de l’Église maronite, Nasrallah Sfeir, décédé le 12 mai, trois jours avant son 99e anniversaire, a été élevé au rang de figure centrale de l’histoire moderne du pays par l’ensemble de la classe politique, toutes tendances et appartenances religieuses confondues.

    Le gouvernement ayant décrété deux jours de deuil officiel, les administrations étaient fermées et les écoles ont suspendu leurs cours ces mercredi 15 et jeudi 16 mai, jour des funérailles. Des délégations des partis politiques et des plus hautes instances religieuses druzes, sunnites et chiites, y compris du Hezbollah pro-iranien, ont défilé au siège du patriarcat.

    À Bkerké, à une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth, ils ont ainsi pu présenter leurs condoléances au patriarche maronite, Béchara Raï, ou saluer une dernière fois la dépouille du défunt. Parmi les visiteurs figurait le secrétaire d'État adjoint américain pour les Affaires du Proche-Orient, David Satterfield, en visite au Liban.

    Elu en pleine guerre civile

    Originaire du village de Reyfoun, dans le Kesrouan, au cœur de la montagne maronite, Nasrallah Sfeir a lentement gravi les échelons du clergé avant d’accéder à la charge suprême. Ordonné prêtre en 1950, il enseignera la littérature et la philosophie arabe ainsi que la traduction avant d’être nommé secrétaire du patriarche, puis évêque auxiliaire maronite d’Antioche, en 1961.

    Ce prélat au sourire timide et au regard impénétrable sera élu 76e patriarche de l’Église en 1986, 11 ans après le début de la guerre civile. Le début de son mandat, qui durera un quart de siècle, sera marqué à partir de 1988 par une sanglante guerre inter-maronite entre l’armée libanaise dirigée par le général Michel Aoun, aujourd’hui président de la République, et le chef de la milice des « Forces libanaise », Samir Geagea.

    Une couverture à l’accord de Taëf

    Si, après sa mort, le patriarche Nasrallah Sfeir est dépeint comme un rassembleur qui fait l’unanimité autour de lui, il n’en était pas ainsi de son vivant. Pendant la guerre fratricide qui a fait des milliers de morts et de blessés et poussé à l’exode une partie des chrétiens, le prélat semble dépassé par les événements qui déchirent sa communauté. Et lorsque Michel Aoun rejette l’accord conclu, en 1989, par les députés libanais réunis à Taëf, en Arabie saoudite, pour mettre un terme à la guerre, le patriarche Sfeir choisit le camp adverse. Il fournit une couverture morale et politique à cet accord, contre l’avis d’une grande partie des maronites.

    La Syrie est mandatée par les pays arabes pour mettre en œuvre le document de Taëf, ouvrant la voie à une tutelle syrienne sur le pays du cèdre. Exploitant les nouveaux rapports de force nés de la 2e guerre du Golfe, au cours de laquelle il choisit le camp des États-Unis, l’ancien président syrien Hafez al-Assad lance son armée contre le réduit chrétien et chasse du pouvoir Michel Aoun, qui prend le chemin d’un exil de 15 ans, en France.

    Nasrallah Sfeir est alors le chef spirituel d’une communauté affaiblie, contrainte de céder une grande partie de ses privilèges politiques aux communautés musulmanes, sorties renforcées de la guerre. Et c’est avec impuissance qu’il assistera au démantèlement des « Forces libanaises » et à l’emprisonnement de leur chef, Samir Geagea, pendant 11 ans, après une série de procès pour des assassinats et des attentats commis pendant ou au lendemain de la guerre. Ce sera le seul seigneur de guerre à purger une peine de prison, pendant que tous les autres profiteront de leur nouvelle situation de « dirigeants » politiques.

    Le père de la 2e indépendance

    Pendant toutes ces années, le patriarche ne cessera jamais de défendre l’indépendance et la souveraineté du Liban dans ses homélies ou ses diverses interventions. Il sera appuyé en cela par le pape Jean-Paul II, qui lui donnera une stature morale et religieuse exceptionnelle en l'élevant au rang de cardinal et en effectuant une visite historique au Liban en 1997.

    En 2001, jugeant le moment propice au changement, Nasrallah Sfeir entreprend deux initiatives importantes qui sont liées. Il effectue une visite historique dans le fief du leader druze Walid Joumblatt, le Chouf (sud du Mont-Liban), d’où les chrétiens avaient été chassés après une guerre meurtrière avec les « Forces libanaises », entre 1982 et 1984. Ce déplacement scelle la « réconciliation » entre les deux communautés, qui se sont affrontées à plusieurs reprises ces 150 dernières années dans le Mont-Liban, qu’elles se partagent depuis des siècles.

    Certes, cette visite ouvre la voie au retour des déplacés chrétiens dans leurs villes et villages. Mais ce sera un retour physique et non pas politique, car l’Église reconnait implicitement la primauté politique de Walid Joumblatt dans le Chouf en contrepartie de son feu vert pour le retour des chrétiens. Effectivement, toutes les lois électorales qui seront adoptées pendant la tutelle syrienne (1990-2005) seront taillées sur mesure pour préserver et renforcer le leadership de Walid Joumblatt au détriment d’une authentique représentation chrétienne. Les vrais vainqueurs de la guerre ignorent les protestations des chrétiens qui, entrainés par leur patriarche en 1992, boycotteront en vain les premières élections législatives de l’après-guerre.

    En 2001 toujours, l’Église maronite parraine un mouvement politique chrétien appelé Kornet-Chehwan, du nom du couvent où ses membres se réunissaient, avec pour objectif affiché de défendre la « souveraineté et l’indépendance du Liban », qui passe par le retrait de l’armée syrienne. Un évêque, Youssef Béchara, est même désigné pour présider les réunions de ce rassemblement, qui donnera naissance, quatre ans plus tard, au mouvement anti-syrien du 14-Mars.

    La réconciliation de la montagne est liée à Kornet Chehwan, car elle a pavé la voie à Walid Joumblatt pour s’allier avec ses ennemis d’hier contre le nouvel adversaire, la Syrie. Ce combat, commencé en 2001, s’achèvera par le retrait des troupes syriennes, en avril 2005, deux mois après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. C’est probablement une des seules batailles politiques gagnées par Nasrallah Sfeir depuis son accession au patriarcat maronite d’Antioche et de tout l’Orient, ce qui lui vaut le surnom de « père de la seconde indépendance », obtenue vis-à-vis de la Syrie après celle arrachée à la France en 1943.

    Contre l’alliance Aoun-Hezbollah

    A partir de 2005, Nasrallah Sfeir appuie le mouvement du 14-Mars, engagé dans une croisade anti-syrienne, qui se mue progressivement en bataille contre le Hezbollah. Ce dernier parti est visiblement désigné par le patriarche comme le nouveau danger planant sur le Liban, et c’est d’un très mauvais œil que le prélat voit l’alliance nouée en février 2006 entre le plus important chef maronite, Michel Aoun, rentré d’exil en mai 2005, et le parti pro-iranien.

    Nasrallah Sfeir ira jusqu’à appeler ses ouailles, quelques heures avant l’ouverture des urnes, lors des législatives de 2009, à ne pas voter pour l’alliance Michel Aoun-Hezbollah. Mais malgré son investissement personnel, le parti de l’actuel président renforce sa position de plus grand parti chrétien et remporte même les cinq sièges de la circonscription du Kesrouan, d’où est originaire le prélat, et qui abrite le siège du patriarcat.

    Les maronites ont montré que leur préférence allait plus vers leur leader temporel que leur chef spirituel. On ne saura jamais si le résultat de cette consultation a pesé sur la décision du patriarche de démissionner en février 2011. Où, comme l’ont affirmé certains analystes, le Vatican, effrayé par le sort réservé aux chrétiens du Levant, a jugé que Nasrallah Sfeir, qui a toujours refusé de se rendre en Syrie, n’était plus l’homme de la situation. Toujours est-il que l’une des premières visites effectuées par son successeur, Béchara Raï, était en Syrie, en 2013 puis en 2015, alors que la guerre battait son plein, dans le but de « rassurer les chrétiens et leur apporter son soutien ».

    ► À lire aussi : Décès de Nasrallah Sfeir, l'ancien patriarche de l'Église maronite

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