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    Moyen-Orient

    L’armée française garde la tête froide dans le Golfe

    media Des Rafale français sur la base aérienne 104 à Al-Dhafra, aux Emirats Arabes Unis. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

    En dépit des alertes lancées cette semaine par les États-Unis concernant un risque d’attentats téléguidés par l’Iran contre les Occidentaux en Irak, le ton semble nettement moins alarmiste à Paris. Si la situation régionale reste tendue, les militaires français annoncent un dispositif inchangé dans le Golfe et au Moyen-Orient.

    À Paris, malgré des inquiétudes américaines concernant les risques d’attentats en Irak, l’état-major des armées a annoncé que sa mission de formation y restait inchangée, alors que les Pays-Bas et l’Allemagne annonçaient dans le même temps le retrait temporaire de leurs instructeurs. « Il n’y a pas d’évolution du dispositif Chammal », précisait en fin de semaine le colonel Patrik Steiger. « Si les États-Unis ont décidé d’augmenter leur niveau de vigilance en Irak, cela ne veut pas dire que toutes les nations de la coalition aient toutes la même analyse des risques », note un observateur dans la capitale française.

    Le 14 mai, le général britannique Chris Ghika assurait qu’« il n’y avait pas d’aggravation de la menace posée par les groupes pro-iraniens en Irak et en Syrie » avant que ces propos ne soient démentis par le porte-parole du commandement américain.

    L’armée française discrète et attentive dans la région

    Avec un peu plus d’un millier de militaires opérant dans le cadre de l’opération Chammal, dont officiellement 150 formateurs en Irak, et 40 000 ressortissants dans la région du Golfe, la France est-elle à l’abri d’une éventuelle attaque provenant de groupes liés à l’Iran ? Vis-à-vis de l’Iran, Paris a tout d’abord une attitude différente de celle de l’administration Trump. La France continue de soutenir l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, alors que les États-Unis ont décidé de s’en retirer il y a un an, rétablissant des sanctions économiques visant la République islamique.

    Paris reste néanmoins vigilant. La ministre française des Armées Florence Parly n'a pas exclu que les Européens prennent à leur tour des sanctions contre l'Iran si la République islamique ne respectait plus ses engagements, ce vers quoi semble s’orienter Téhéran. Jusqu’alors, l’Iran remplissait ses obligations au regard de l’accord, faisait-on remarquer il y a encore peu de temps à Paris. Mais la France a toujours fait part de sa vigilance concernant la situation après 2025, lorsque l’accord arrivera à expiration. À la Défense, les experts français s’alarment également du développement et de la prolifération des missiles balistiques iraniens dans la région et s’inquiètent du rôle de l’Iran dans la région. Mais le dialogue entre Paris et Téhéran n’est pas rompu.

    Avec environ 650 militaires (permanents et tournants) aux Émirats Arabes Unis, dans le cadre des accords de défense « très engageants » qui unissent la France et les EAU, la France est aux « premières loges » sur le détroit d’Ormuz. À Al-Dhafra, la base aérienne 104 où sont généralement stationnés six à huit avions de combat français Rafale n’est qu’à quelques minutes de vol des côtes iraniennes.

    Interrogé sur la question de la protection de ses bases aériennes au Moyen-Orient dans le Golfe, l’état-major français assurait ces derniers jours « qu’aucun renforcement n’avait eu lieu »et rappelait que la France« agit en coalition pour ce qui est de la lutte contre EI ». Jusqu’alors, la petite dizaine de batteries antimissiles dont est dotée l’armée française n’a jamais été déployée en opérations extérieures. En mer, l’état-major des armées évoquait en fin de semaine une présence limitée à deux bâtiments « chasseurs de mines » dans la région du Golfe.

    Pas de « surréaction » d’Abou Dhabi

    Côté émirien, il n’y a pas eu de « sur-réaction » de la part des autorités d’Abou Dhabi, après les sabotages survenus dimanche à Fujairah contre quatre navires, dont deux pétroliers saoudiens, ni visiblement de demandes de réassurances militaires formulées envers la France. Paris, qui a notamment participé par le passé à la formation des nageurs de combat émiriens, aurait simplement proposé son aide et son expertise technique afin d’évaluer les dégâts survenus sur les pétroliers saoudiens. Le porte-parole de l’état-major français a indiqué jeudi que des experts militaires français participaient à la commission d’enquête internationale mise en place après ces sabotages présumés sans « aucune conclusion à ce stade ».

    Bien sûr, tous les regards se sont portés sur l’Iran. L'« opération », selon les observateurs, s’est déroulée de manière « très maîtrisée ». Il n’y a pas eu de victimes, les moyens employés n’ont pas coulé les pétroliers visés, aucun incendie ne s’est déclenché. Réalisée dans la discrétion et sans revendication, l’opération de sabotage n’a pas débouché sur une escalade militaire.

    L’homme fort des EAU, le prince Mohammed ben Zayed Al Nahyane, reste très soucieux des enjeux de sécurité dans la région. En cas d’une hypothétique confrontation massive avec le voisin iranien, le petit territoire émirien serait rapidement saturé par les salves de missiles sol-sol iraniens. Cette menace a poussé dès les années 2000 les Émirats à se doter de missiles de croisière permettant de viser des objectifs stratégiques dans la profondeur du territoire iranien et de missiles intercepteurs afin de protéger son territoire ou ses troupes déployées à l’étranger.

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