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    Moyen-Orient

    Israël: à peine nommé, le ministre de la Justice crée une polémique

    media Amir Ohana en mai 2016 à New York. Getty Images

    Ce sont des débuts très remarqués pour Amir Ohana, le ministre de la Justice israélien. Dans une interview accordée à une chaîne de télévision, le ministre a jugé qu'il peut être légitime de ne pas respecter certaines décisions de la Cour suprême, la plus haute instance judiciaire du pays. Des propos aussitôt condamnés par magistrats et responsables politiques.

    De notre correspondant à Jérusalem

    Amir Ohana n'a attendu que quelques heures après sa prise de fonction pour déclencher une première polémique. Le soir de son entrée au ministère de la Justice, dans une interview accordée à la chaîne 12, il a livré une virulente attaque contre la Cour suprême: il s'est dit prêt à ne pas respecter certains des jugements de la plus haute instance judiciaire du pays s'il considère qu'ils sont contraires à ce que lui juge nécessaire pour maintenir la sécurité des citoyens d'Israël.

    Amir Ohana n'est pas l'une des principales figures du Likud, le parti de Benyamin Netanyahu. Et sa nomination au poste de ministre de la Justice avait été vue comme une récompense de sa sa fidélité au Premier ministre en pleine tourmente judiciaire. Amir Ohana est notamment favorable à l'adoption d'une loi assurant l'immunité à un chef de gouvernement en fonction ainsi qu'un texte qui empêcherait à la Cour suprême de casser certaines décisions de la Knesset, le Parlement.

    « De précédents ministres ont exprimé par le passé des critiques du système judiciaire en général, de la Cour suprême en particulier », relève Ben-Dror Yemini dans le quotidien Yedioth Ahronoth. « Mais aucun d’entre eux n’a osé dire qu’il ne respecterait pas un jugement », poursuit le journaliste. A ses yeux, quand un élu tient ce genre de propos, une « ligne rouge » est franchie. Mais quand il s’agit du ministre de la Justice, « un drapeau noir flotte au-dessus de cette déclaration », écrit-il.

    Rapidement, Amir Ohana s’est retrouvé attaqué par de hauts responsables de l’appareil judiciaire qui y voit « la préface d’un assaut contre le système judiciaire ». Habituellement, la présidente de la Cour suprême cherche à éviter d’alimenter les polémiques lancées par des responsables politiques et garde le silence. Mais cette fois-ci, Esther Hayut a été la première à réagir. « Nous devrions considérer avec sévérité le fait qu'un ministre de la justice de l'État d'Israël, le jour de sa prise de fonction, a choisi de partager avec nous une vision juridique du monde sans précédent et irresponsable », a-t-elle déclaré. « Chaque plaignant peut désormais, avec la bénédiction du ministre de la Justice, choisir quelle décision doit être confirmée et laquelle ne l’est pas. Et je veux dire une seule chose à ce sujet: il n’y a qu’un pas de cette vision du monde à l’anarchie dans laquelle chaque personne fait ce qu’elle veut », a-t-elle poursuivi.

    Le procureur général lui a ensuite emboîté le pas. Pour ce magistrat, qui est également conseiller juridique du gouvernement, « dans l'État d'Israël, en tant qu'État juif et démocratique fondé sur la primauté du droit, l'obligation d'obéir aux tribunaux est un principe fondamental qui garantit la protection des droits de chaque citoyen ». Pour lui, « ce n'est pas une option que l'on peut choisir, c'est une obligation pour chaque citoyen et chaque autorité gouvernementale ».

    La polémique était telle que Benyamin Netanyahu a été obligé de désavouer publiquement son ministre à peine entré en fonction. « Les décisions de justice s’appliquent à tous », a écrit le chef du gouvernement sur son compte Twitter.

    Sa prise de distance était toutefois succincte : une seule phrase. Benyamin Netanyahu a fait le service minimum pour défendre les institutions judiciaires que lui-même critiquent régulièrement.

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