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    L'ancien président égyptien Mohamed Morsi est mort

    media L'ancien président égyptien Mohamed Morsi, destitué par l'armée en juillet 2013, derrière les barreaux de la prison du Caire, le 21 juin 2015. La justice égyptienne a confirmé la peine de mort pour l'ex-président, le 16 juin 2015. AFP PHOTO / STR

    L'ex-président égyptien Mohamed Morsi, élu en 2012 avant d'être destitué un an plus tard, est décédé ce lundi 17 juin après un malaise pendant son audience dans un tribunal du Caire. Il avait 67 ans.

    L'ancien chef de l'État égyptien Mohamed Morsi comparaissait au tribunal lorsqu'il s'est effondré. Il a été conduit à l'hôpital où il est décédé. « Il a parlé devant le juge pendant vingt minutes puis il s'est animé et s'est évanoui. On l'a vite emmené à l'hôpital où il est mort plus tard », a indiqué une source judiciaire à l'Agence France-Presse. Une attaque cardiaque est évoquée par des sources médicales. Mohamed Morsi souffrait de diabète et d’hypertension.

    Ingénieur de 67 ans, Mohamed Morsi avait été élu président en 2012, un an après la révolution qui avait conduit à la chute de son prédécesseur Hosni Moubarak. Il était le premier civil à devenir président d'Égypte, et le premier démocratiquement élu. Issu des Frères musulmans, il s'était affiché lors de la présidentielle de 2012 comme le garant des idéaux démocratiques de la révolution de 2011 à laquelle les Frères s'étaient ralliés, par opportunisme selon leurs détracteurs. Surnommé « la roue de secours » de la confrérie, qui lui avait d'abord préféré l'homme d'affaires Khairat al-Chater, inéligible, Mohamed Morsi avait remporté le scrutin de justesse face à un cacique du régime de Hosni Moubarak.

    Un président contesté

    Cet homme marié et père de cinq enfants avait bénéficié durant les premiers mois de sa présidence d'un état de grâce, auquel avaient contribué ses manières simples et son air affable. Mais rapidement, une grande partie de la population l'avait accusé d'aider les Frères musulmans à accaparer le pouvoir tout en dénonçant son incapacité de rétablir la sécurité ou de relancer une économie moribonde. Ses partisans estiment que sa tentative d'évincer les militaires des principaux rouages de l'État a provoqué sa perte.

    De grandes manifestations populaires, certaines réprimées dans le sang, s'étaient alors succédé. Et un an après son élection, le 30 juin 2013, des millions d'Égyptiens étaient descendus dans la rue pour réclamer son départ.

    Pour Alain Gresh, spécialiste du monde arabe, fondateur du site Orient XXI, si le gouvernement de Mohamed Morsi s'est révélé sectaire et incompétent, le mouvement de contestation populaire qu'il a affronté n'en a pas moins été manipulé.

    Il y a eu une campagne qui a été menée à la fois par l’armée, par les services de sécurité et par une grande partie des médias.[…]Mais l’accusation selon laquelle il allait instaurer une dictature n’était pas vraiment crédible.

    Alain Gresh, spécialiste du monde arabe fondateur du site Orient XXI 18/06/2019 - par Juliette Gheerbrant Écouter

    L'ex-chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, avait invoqué ce mouvement pour justifier sa destitution, avant de lui succéder à la tête du pays et de lancer une sanglante répression contre ses partisans.

    Mohamed Morsi avait par la suite été condamné à un total de 45 ans de prison pour incitation à la violence contre des manifestants fin 2012 et espionnage au profit du Qatar. Il était par ailleurs jugé dans deux autres procès après l'annulation de deux verdicts prononcés contre lui, une condamnation à mort et une réclusion à perpétuité.

    Peu de réactions populaires

    L'annonce de son décès n'avait encore entraîné aucune réaction populaire ce lundi soir. Sur les radios et télévisions égyptiennes, on se contentait de citer le communiqué officiel avant de diffuser des programmes et des interventions condamnant la confrérie des Frères musulmans en tant qu’organisation terroriste, rapporte notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti. Sur les réseaux sociaux, des adversaires de Mohamed Morsi ont présenté leurs condoléances.

    Le journaliste Ahmad Moussa, un adversaire inconditionnel des Frères musulmans, s'est refusé d’exprimer la moindre compassion après la mort de Mohamed Morsi, mais a présenté ses condoléances aux victimes de l’armée et de la police tombées lors d’attentats : « Les martyrs sont innombrables du fait des incitations de l’espion Mohamed Morsi. Explosions, violence, terrorisme et trahison. Morsi a vendu la patrie et la religion ».

    Des conditions de détention dénoncées

    D’autres ont évoqué les conditions d’emprisonnement draconiennes de l'ex-président, les comparant au suivi médical très sophistiqué de son prédécesseur Hosni Moubarak quand il était en prison. « Conclusion : l’un est mort et l’autre est toujours en vie. » Pour les partisans des Frères musulmans, Mohamed Morsi a tout simplement été tué. « Le président Mohamed Morsi, que Dieu ait son âme, est décédé suite à un complot indiscutable de la soldatesque. Les conditions de détention aujourd’hui en Égypte équivalent au meurtre », a ainsi réagi Mohamed al-Qoudoussi.

    Selon Adel El Samouly, président du Conseil de l’opposition égyptienne, les autorités du Caire ont bafoué les droits de Mohamed Morsi et sont donc responsables de sa mort.

    Même si nous sommes contre les Frères musulmans, le mouvement et l'idéologie, on a plusieurs fois dit dans les médias que Morsi était en danger...

    Adel El Samouly, président du Conseil de l’opposition égyptienne 18/06/2019 - par Sami Boukhelifa Écouter

    Dans un communiqué, l'ONG Amnesty International a demandé aux autorités une « enquête immédiate » sur la mort de Mohamed Morsi, qualifiée de « profondément choquante ».

    La directrice pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de Human Rights Watch, Sarah Leah Whitson, a elle dénoncé sur Twitter « l'échec du gouvernement à lui accorder des soins médicaux adéquats, encore moins des visites de sa famille ».

    Erdogan rend hommage au « martyr »

    Du côté des réactions internationales officielles, le président turc Recep Tayyip Erdogan a rendu hommage au « martyr » Mohamed Morsi, dont il était l'un des principaux soutiens. « L'histoire n'oubliera jamais les tyrans qui l'ont conduit vers la mort en le mettant en prison et en le menaçant de l'exécuter », a-t-il ensuite déclaré lors d'un discours télévisé à Istanbul.

    L'émir du Qatar a, quant à lui, exprimé sa « profonde tristesse » après la mort « subite » de l'ancien président.

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