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    Moyen-Orient

    Khashoggi: un rapport de l’ONU demande l’ouverture d’une enquête contre MBS

    media Agnès Callamard, la rapporteure spéciale de l'ONU sur l'assassinat de Jamal Khashoggi présente son rapport mettant notamment en cause le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, ce mercredi 19 juin 2019 à Genève. AFP Photos/Fabrice Coffrini

    La rapporteure spéciale des Nations unies, Agnès Callamard, a appelé dans un rapport à la poursuite des sanctions imposées par plusieurs pays contre 17 individus pour leur rôle dans ce meurtre en octobre à Istanbul. Elle demande aussi à ce que le prince héritier Mohammed ben Salman y soit aussi inclus.

    Le prince héritier et homme fort du royaume doit faire l’objet d’une enquête pénale internationale. C’est ce que préconise Agnès Callamard, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires. Elle ajoute même que les sanctions qui visent déjà 17 personnalités saoudiennes devraient être étendues : « compte tenu des preuves crédibles concernant les responsabilités du prince héritier dans son assassinat, de telles sanctions devraient également inclure le prince héritier et ses biens personnels à l’étranger ».

    Le prince saoudien au cœur du rapport

    Au début de l'année, elle affirmait déjà que le meurtre de Jamal Khashoggi avait été planifié par des représentants de Riyad. Six mois d'enquête n'auront pas modifié ce qui semblait déjà être la piste principale de la rapporteuse spéciale. Elle s’est rendue en Turquie, aux États-Unis ainsi dans plusieurs pays d’Europe dont la France. Elle n’a par contre pas pu aller en Arabie saoudite : le royaume a refusé d’ouvrir sa porte à l’équipe d’Agnès Callamard.

    Le nom du prince héritier est partout dans le rapport de 115 pages rapporte notre correspondant à Genève, Jérémie Lanche. Mais Agnès Callamard met en garde contre l’importance disproportionnée accordée à l'identification du seul auteur du crime.

    La suite, c'est peut-être l'ouverture d'une enquête pénale internationale. Si elle voit le jour, il y a peu de chances que ce soit au Conseil de sécurité, divisé sur la question. Mais plutôt par une décision du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guetteres. Une solution que semble prôner Agnès Callamard dans son rapport.

    Une affaire interne pour les Saoudiens

    De son côté, l’Arabie saoudite considère que l’assassinat de Jamal Khashoggi est une affaire interne. Un procès est d’ailleurs en cours dans ce pays, car Riyad assure que le journaliste saoudien a été tué lors d’une opération menée sans l’accord du pouvoir saoudien. Dans un tweet, le ministre des Affaires étrangères saoudien Adel Aljubeir affirme suite au rapport qu'il n'y a rien de nouveau, ajoutant ensuite qu'il y aurait même des contradictions et des allégations non fondées.

    Cette thèse est contestée par le rapport rendu public ce mercredi 19 juin. Il préconise aussi au secrétaire général de l’ONU de mener une enquête « approfondie » sur le rôle du prince héritier Mohammed ben Salman et aussi de son conseiller Saoud Al Qahtani.

    ►À lire aussi : Time désigne Jamal Khashoggi et d'autres journalistes personnalités de l'année

    Cette affaire avait jeté le trouble sur la relation entre l’Arabie saoudite et ses alliés. Aujourd’hui, c’est de nouveau au sommet du pouvoir saoudien que se tournent les regards.

    Mais d'après Vincent Michelot, professeur d'histoire politique des États-Unis à Sciences Po Lyon, l'administration Trump ne devrait pourtant pas changer de position sur cette affaire : 

    « Il a rejeté totalement les conclusions de ses services de renseignement dont la CIA. Il a écarté des critiques qui lui étaient adressés par la Chambre des représentants et le Sénat américain sur cette question. Donc que l'ONU en appelle à une enquête plus approfondie, ce n'est pas quelque chose qui risque de le faire changer de position. En matière de politique étrangère, le Congrès peut demander des enquêtes mais in fine, c'est le président qui décide. »

    Il n'y a aucun doute pour moi, la responsabilité de l’État d'Arabie saoudite est engagée à la fois dans l'exécution du crime et dans les étapes qui ont suivi l'exécution du crime, dont l'enquête menée par les autorités

    Agnès Callamard répond aux questions de RFI

    Rapporteure spéciale des Nations unies

    19/06/2019 - par Jérémie Lanche Écouter

    ► L'inquiétant MBS

    Il se présente en prince moderne et réformateur. Mohammed ben Salman veut transformer l'économie de son pays en s'éloignant du tout pétrole, il veut changer l'image ultra-conservatrice du royaume où les femmes peuvent désormais conduire et où les cinémas ne sont plus interdits.

    C'est lorsque son père, Salman, devient roi en 2015 que le monde découvre son fils, MBS. Prince héritier et ministre de la Défense, le trentenaire est en première ligne de la guerre que l'Arabie saoudite mène au Yémen, faisant des milliers de morts dans le pays le plus pauvre de la région.

    Mohammed ben Salman veut lutter contre l'Iran sur tous les fronts quitte à déstabiliser ses propres alliés comme en 2017 lorsqu'il force le Premier ministre libanais Rafic Hariri à démissionner.

    Ces dernières années, des intellectuels, des militantes féministes et des défenseurs des droits humains ont été arrêtéS et emprisonnés en Arabie saoudite, et en octobre dernier l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi a accentué le trouble, y compris chez les proches alliés occidentaux du royaume saoudien.

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