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    Moyen-Orient

    Accord nucléaire: la jeunesse iranienne de l’espoir à la désillusion

    media Photo prise dans une rue de la capitale iranienne, Téhéran, le 28 mai 2019. ATTA KENARE / AFP

    Le 14 juillet 2015, la signature de l’accord nucléaire à Vienne déclenchait des manifestations de joie dans les rues de Téhéran. Pour la jeunesse iranienne, c’est en effet un nouvel espoir. Quatre ans après cependant, les lendemains n’ont pas chanté pour ces jeunes qui s’inquiètent pour leur avenir et qui, désillusionnés, rêvent d’ailleurs.

    « En 2015, après l’accord, on était tous très heureux en Iran, on se disait que la situation allait s’améliorer, qu’en ayant des liens avec l’Occident, l’économie irait mieux, qu’on pourrait voyager plus facilement, que notre pays serait plus ouvert... », se rappelle Habib, guide touristique. En effet, le soir du 14 juillet 2015, la jeunesse iranienne était dans les rues de Téhéran pour fêter la signature de l’accord nucléaire après douze années d’âpres négociations entre l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et l’Allemagne (Groupe P5+1). Cette avancée politique internationale faisait partie des promesses de campagne d’Hassan Rohani, élu en 2013. Le président modéré était lui-même déjà responsable des négociations de 2003 à 2005, en tant que secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale de la République islamique.

    Les espoirs sont importants pour la société iranienne, composée à 70% de jeunes de moins de 35 ans qui n’ont jamais connu que la République islamique. En 2015, un quart d’entre eux désespèrent de trouver du travail. Pour eux, l’accord nucléaire c’est donc la promesse d’investissements étrangers et d’opportunités : « J'ai bon espoir pour l’Iran, si nous continuons dans ce sens, il y aura des progrès jour après jour. Avec la venue des touristes, l’économie se portera mieux et l’image du pays aussi », espérait ainsi Hamid en 2017.

    Les Iraniens dans les rues de Téhéran pour célébrer l'accord historique sur le nucléaire iranien, le 14 juillet 2015. AFP/ATTA KENARE

    Une inflation qui pourrait atteindre 40%

    Or, cet espoir a été de courte durée. Lorsqu’en mai 2018, le président américain Donald Trump décide de sortir unilatéralement de l’accord nucléaire, tout s’effondre. « Moi, aujourd’hui, j’ai toujours les mêmes attentes qu’il y a quatre ans. Je voulais qu’il y ait une amitié entre les États-Unis et mon pays, qu’on puisse travailler là-bas avec eux et circuler librement », raconte Mahyar, 31 ans. « La réputation des Iraniens à l’international est à nouveau au plus bas. Nous, ce qu’on voudrait, c’est que notre monnaie nationale et notre passeport reprennent du poids », déplore, quant à elle, Zahra M. La monnaie iranienne a en effet perdu en un an plus de la moitié de sa valeur.

    Pourtant, les choses étaient plutôt bien parties : l’inflation, de 40% au début du mandat d’Hassan Rohani en 2013, est estimée à 9% en 2016. Elle pourrait cependant atteindre à nouveau les 40% d’ici la fin de l’année 2019, selon le Fonds monétaire international. Aujourd’hui, pour Parsadokht et sa famille, la situation devient compliquée : « Tout l’argent que ma famille et moi gagnons est dépensé pour acheter de quoi se nourrir et parfois quelques vêtements. Là, par exemple, mon portable s’est cassé, mais pour pouvoir en racheter un, je dois énormément attendre, le temps d’économiser ».

    Amir Shahab est dans la même situation. Ce musicien de 30 ans regrette de ne plus pouvoir se consacrer pleinement à sa passion. « Ma principale préoccupation aujourd’hui, c’est de réussir à joindre les deux bouts », explique-t-il.

    Le bazar de Téhéran est fermé, ce 25 juin 2018. Les commerçants manifestent contre la crise économique, la chute de la monnaie iranienne, l'envolée du dollar. Ali Mohammadi/Bloomberg via Getty Images

    Zahra S. constate que certains produits sont introuvables. « Cela me donne un sentiment d’insécurité », affirme-t-elle. Mohsen, quant à lui, avait prévu de venir faire des études en France, mais l’augmentation des prix l’a obligé à revoir ses plans : « Je ne peux même plus me marier à cause de la hausse des prix de l’immobilier », désespère-t-il. Aujourd’hui, « beaucoup de jeunes veulent partir », estime Zahra M. Mais, selon elle, ceux qui sont à l’étranger s’inquiètent également : « On peut difficilement envoyer de l’argent. […] Récemment, j’ai rencontré un homme dont la fille était hospitalisée en Corée. Il n’avait pas d’autre choix que de mettre l’argent dans sa valise et partir avec », raconte-t-elle.

    Un espoir sceptique

    Pour la majorité des Iraniens, l’année 2016 était celle de l’espoir en un avenir meilleur. En effet, délégations de chefs d’entreprise et signatures de contrats s’enchaînent… en avril, après quarante ans de suspension, Air France rétablit la ligne Paris-Téhéran et les touristes sont de plus en plus nombreux : « Cela fait longtemps qu’on avait envie de visiter l’Iran. Dans notre entourage, on nous disait que c’était dangereux, qu’on courrait des risques. En rentrant, on leur dira que leurs préjugés ne sont pas les bons », raconte Alain, venu visiter le palais du Golestan. Leur guide voit bien la différence : « Il y a beaucoup de changements. Avant, sous Ahmadinejad [L'ancien président conservateur iranien, ndlr], il n’y avait presque pas de touristes. Ces deux dernières années, il en a de plus en plus. ».

    Pourtant, même à l'époque, certains étaient sceptiques, à l’instar de ce fleuriste de l’avenue d’Enghelab : « On parle de la fin des sanctions, mais dans quelque temps Obama s’en ira, qui sait si les prochains foutront pas tout ce travail en l’air ! », s’exclamait-il en février 2016. Et il a vu juste : en 2018, c’est un revirement de situation. Quelques mois à peine après le retrait des États-Unis, les touristes se font déjà plus rares. En août, Nargues, propriétaire d’une Guest House à Kashan, constatait que les touristes iraniens étaient plus nombreux que les étrangers : « Les Iraniens qui avaient assez d’argent pour voyager chaque année à l’étranger voient la valeur de leur monnaie diminuer et sont donc obligés de se contenter de voyager à l'intérieur de leur propre pays. […] D’un autre côté, pour les touristes étrangers, le voyage en Iran revient moins cher avec la dévaluation du rial, mais la mauvaise image qu’on donne du pays les dissuade. Ils pensent que c’est dangereux », regrette-t-elle.

    A picture taken on August 5, 2015 shows foreign tourists visiting Tehran's Golestan Palace (The Rose Garden Palace). Long seen as a destination strewn with shortcomings, Iran is making a fresh pitch for tourists, with the recent lifting of economic sanctio AFP/ ATTA KENARE

    Pour les entreprises européennes aussi, l’aventure iranienne s’achève au printemps 2018. Face à leur départ, les jeunes s’impatientent : « L’accord nucléaire, qu’est-ce que ça change ? Nous souhaitons juste que tout le monde puisse aller au travail et que les salaires soient versés à temps ! », s’exclament ce groupe de jeunes. Du côté des conservateurs, on ne veut pas se laisser abattre : « Oui, les gens ont des problèmes économiques, mais on ne va pas mettre en cause notre révolution pour cela ! Les problèmes économiques s’arrangeront grâce à la volonté et au courage des jeunes », affirmait en février 2019 Fatemeh, élève en théologie.

    Peur de la guerre ?

    L’autre conséquence du retrait américain est le renforcement du pouvoir des conservateurs, alors même que Hassan Rohani et les réformateurs avaient gagné les élections de 2017 avec 57% des voix. Aujourd’hui, Mahyar n’a plus d’espoir : « Je crois que la voie de la négociation est fermée, surtout de la part des conservateurs iraniens, ceux-là qui étaient déjà contre l’accord nucléaire. Le retrait américain leur a donné un prétexte, maintenant ils peuvent dire : "Cela servira de leçon. Aucune négociation n’est possible dans le futur, car ils ne tiennent pas leur promesse, ils se défaussent" ».

    « Si les États-Unis nous attaquent, on est morts ! », affirme Ahmad*. Ce conservateur a participé à la guerre en Syrie. Il est parti plusieurs fois sur le front et est revenu avec des images qu'il dit « ne jamais pouvoir oublier ». Pourtant, pour lui, le général Qassem Soleimani, commandant de la Force Qods, l'unité spéciale des Gardiens de la Révolution en charge des opérations extérieures, est un homme « vertueux », il affiche d'ailleurs sa photo sur Telegram. Malgré tout, Ahmad aussi préférerait que les États-Unis et l'Iran s’entendent, « parce que la situation économique iranienne est catastrophique ». Pour beaucoup, la peur de la guerre n’a pas lieu d’être. « Il y a pire que la guerre », dit Habib. Et d'ajouter : « La situation économique est tellement mauvaise…» « On n’est pas très inquiets pour la guerre, je ne sais pas pourquoi. Peut-être que nous ne voyons pas Trump comme un politicien sérieux. Moi, il me rappelle Ahmadinejad », considère Zahra S.

    Mahyar, de son côté, est partagé : « Je mentirais si je disais que je ne suis pas inquiet, mais je n’y pense pas non plus tous les jours ! Je crois que c’est ce que veulent nous faire croire le gouvernement et les États-Unis, pour nous mettre sous pression. Psychologiquement, c’est très dur. Tu te dis que ta sécurité est peut-être menacée, qu’à tout moment quelque chose pourrait arriver et que tu pourrais perdre tes amis, ta famille. » Vahid va plus loin : « Qu’il y ait une guerre ou des négociations, cela ne change pas grand-chose. Les gens sont à bout et n’ont plus d’espoir vis-à-vis du régime en place ». « À mon avis, notre point commun à tous, c’est le manque d’espoir. Pour nous, il n’est pas prévu que cela s’arrange. Notre jeunesse est sacrifiée. Et s’il y a quelconque changement, ce sera peut-être pour nos enfants ou nos petits-enfants », conclut Mahyar.

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