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    La «fille bleue», triste symbole du combat des Iraniennes pour l’accès aux stades

    media Le stade Azadi de Téhéran est interdit aux femmes (image d'illustration). ATTA KENARE / AFP

    Début septembre, Sahar Khodayari s’est immolée devant le Tribunal de Téhéran après avoir appris sa condamnation à six mois de prison. Sa faute : avoir voulu entrer dans un stade de foot, déguisée en homme. Brûlée au troisième degré sur 90 % de son corps, elle a succombé à ses blessures le 9 septembre, bouleversant tout l’Iran.

    Pour les Iraniens, le point de non-retour semble être atteint. L’annonce, lundi 9 septembre, du décès de celle que l’on surnommait Blue girl (la « fille bleue »), en référence au club Esteghlal qu’elle supportait, a provoqué une vague de soutien, d’hommage et d’indignation sur les réseaux sociaux.

    ► À lire aussi : Accès des femmes aux stades: les Iraniennes ne baissent pas les bras

    Sahar Kodayari avait 29 ans. Le 12 mars 2019, déguisée en homme, elle tente d’entrer dans le stade Azadi à Téhéran pour assister au match entre Esteghlal et l’équipe émirati Al Ain. Or, depuis l’avènement de la République islamique en 1979 les femmes n'ont pas accès aux stades : « La présence des femmes au stade Azadi est un péché », affirmait ainsi en octobre 2018 Mohammad Jafar Montazeri, le procureur général d’Iran. Sahar est donc arrêtée. Elle restera en prison plusieurs jours jusqu’à ce que sa famille paie sa caution.

    La Fifa fait pression

    Depuis juin dernier, la Fifa fait pression pour que Téhéran accorde aux Iraniennes le droit d’entrer dans les stades. C’est dans ce contexte que Sahar a été condamnée à six mois de prison pour « mauvais port de voile », selon le média iranien Fararu. À l'annonce de sa condamnation, début septembre, la jeune fille s’est immolée par le feu devant le Tribunal de Téhéran. Selon certains médias iraniens qui citent sa famille, Sahar souffrait de troubles bipolaires. Depuis l’annonce de son décès, de nombreux internautes iraniens en appellent à la Fifa :

    « Si seulement la Fifa suspendait le football iranien ! Si seulement personne ne se rendait au stade, si seulement la voix de la "fille bleue" arrivait jusqu’aux oreilles de la Fifa », tweete ainsi un internaute. « Si seulement la Fifa sanctionnait rapidement ce football malade et corrompu ! », lance une autre twittos

    « Bluegirl voulait juste voir du foot et soutenir son équipe préférée (…) La Fifa doit sanctionner le foot iranien, les joueurs ne doivent pas jouer ! », peut-on encore lire sur Twitter. « Nous, nous n’avons aucun honneur, qu’au moins la Fifa fasse quelque chose », désespère enfin une autre internaute.

    La fédération internationale s’est d’ailleurs exprimée sur ce drame, s’adressant à la famille de Sahar Khodayari et aux autorités iraniennes : « Nous réitérons nos appels à assurer la liberté et la sécurité de toutes les femmes engagées dans cette bataille légitime pour mettre fin aux interdictions d'entrer dans les stades. »

    Un des derniers pays à refuser aux femmes l'accès aux stades

    Le décès de la jeune femme est devenu pour beaucoup, le symbole d’un combat qui fait de l’Iran un des dernier pays au monde à refuser l’accès de ses femmes au stades. Même l’Arabie saoudite, royaume wahhabite, réputée conservateur, a accordé en 2018 l’accès des stades aux Saoudiennes.

    Pour beaucoup, en Iran, il y a un avant et un après Sahar. Sur Instagram, les supportrices féminines, rendent hommage à la jeune femme : « Cela vous arrive-t-il de ne pas avoir envie de croire à une nouvelle ? », écrit Zeinab, supportrice de Persepolis.

    « Sahar, ma chérie, la nouvelle te concernant était (…) de celles que je ne voulais pas croire (…) je me disais que c’est un mensonge, j’attendais que la nouvelle soit démentie. La nouvelle de ton immolation, de ton immolation pour le stade. (…) Allez viens, relève-toi, qu’on se batte ensemble dans le même camp ! », ajoute la jeune fille.

    « La "fille bleue" (…) étouffait sous le poids du patriarcat de la République islamique. Elle s’est immolée pour qu’une lumière s’allume afin que les hommes, sans la présence des femmes, restent désormais dans l’obscurité », peut-on lire sur la page Instagram de Tavanaa, un site d’éducation civique sur l’Iran, lancée aux États-Unis.

    Enfin, le réalisateur iranien Jafar Panahi a affiché un extrait de son film Hors-Jeu, sorti en 2006, qui traite justement de ces filles qui entrent dans les stades déguisées en garçons : « Quand j’ai réalisé Hors-Jeu, un ami m’a demandé si je n’avais pas peur que, demain, lorsque les filles pourront entrer dans les stades, mon film ne soit plus d’actualité. Treize ans sont passés depuis, et les filles de la République islamique sont les seules citoyennes au monde à être encore hors-jeu », écrit-il sur Instagram.

    Les autorités iraniennes réagissent

    Plusieurs responsables politiques iraniens se sont exprimés sur les réseaux sociaux. Selon le média iranien Fararu, Massoumeh Ebtekar, vice-présidente en charge des femmes et des affaires familiales, a publié une déclaration dans laquelle elle affirme qu’une enquête a eu lieu dès l’annonce de l’immolation de la jeune supportrice.

    La députée Parvaneh Salahshouri, a également écrit sur son Twitter : « Elle n’était pas seulement la "fille bleue", elle était aussi la fille de l’Iran. Là où les hommes décident pour les femmes et les privent des droits humains les plus élémentaires (…) dans cette cruauté flagrante nous sommes tous responsables. ». 

    Enfin Amir Nazémy, vice-ministre à la Communication, a tweeté : « L’annonce du décès de la "fille bleue", est l’annonce de notre condamnation à tous. »

    Appel au boycott des stades

    Le club Esteghlal, dont Sahar était supportrice, a rendu hommage à la famille de la jeune fille sur sa page Instagram et appelle notamment à la patience.

    Toujours sur Instagram, Ali Karimi, ancien footballeur devenu entraîneur, a affiché une illustration de la « fille bleue », un ballon de foot à la place du cœur. Il a appelé à boycotter les stades iraniens : « Les femmes de notre pays sont très souvent très courageuses. Le stade est interdit jusqu’à nouvel ordre. »

    Enfin, Javad Kazemian, joueur de l’équipe nationale iranienne et ancien du club Persepolis écrit : « Chère jeune fille, j’ai honte de jouer au stade alors que tu es restée derrière les portes et que tu as brûlé derrière ces portes fermées. Peut-être qu’un jour ces portes s’ouvriront et les hommes et les femmes pourront chanter ensemble pour le football, mais ton siège, lui, sera vide pour toujours. Pardonne-nous de ne pas avoir pu exaucer tes vœux. »

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