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    Moyen-Orient

    L'étonnante rencontre chiite entre l’Irakien Moqtada Sadr et Ali Khamenei

    media L'ayatollah Ali Khamenei rencontre l'Irakien Moqtada Sadr lors d'une cérémonie pour le jour chiite de l'Achoura, à Téhéran le 10 septembre 2019. KHAMENEI.IR / AFP

    L’influent leader chiite irakien Moqtada Sadr a rencontré mardi 10 septembre en Iran le Guide suprême de la République islamique Ali Khamenei, deux hommes qui se sont souvent opposés. Une entrevue rare dans un contexte de divisions entre leaders chiites en Irak, où Téhéran joue un rôle.

    La République islamique d’Iran reste, avec les États-Unis, l’un des deux pays les plus influents en Irak, notamment via Ghassem Soleimani, le général chargé des opérations extérieures des Gardiens de la révolution. Celui-ci se rend régulièrement en Irak et a notamment joué un rôle majeur dans la lutte contre le groupe État islamique (EI).

    En rencontrant l’ayatollah Khamenei, mais également le chef de la justice iranienne Ebrahim Raïssi et d'autres officiels lors d'une cérémonie mardi, Moqtada Sadr a suscité la polémique dans son pays, alors que des millions de chiites effectuaient un pèlerinage à Kerbala, en Irak, pour le jour d’Achoura, l’une des plus importantes commémorations chiites.

    Dans les médias locaux et sur les réseaux sociaux, certains estimaient que l'Iran avait « convoqué » le turbulent leader chiite. Il y a deux ans, celui-ci s'était rendu en Arabie saoudite, grand rival régional de Téhéran, et avait refusé de s'allier avec le camp le plus pro-Iran pour former un gouvernement après les législatives de mai 2018.

    Un signe de changement de position de Téhéran ?

    Pour d'autres en revanche, cette visite et ces rencontres au sommet étaient le signe que Téhéran avait choisi d'appuyer Moqtada Sadr plutôt que le camp du Fatah. Cette alliance est formée par des anciens combattants anti-EI, majoritairement issus des rangs des milices chiites pro-Iran.

    Car, il y a une semaine, Moqtada Sadr, devenu héraut des manifestations anticorruptions et dont les tweets sont suivis de près en Irak, a lancé sur ce réseau social une campagne contre la ligne la plus dure de cette alliance, les accusant de vouloir mettre à bas « l'État de droit » pour créer un « État voyou ».

    Il s'est même dit prêt à retirer, comme il l'a déjà fait par le passé avec d'autres cabinets, sa confiance au gouvernement.

    Une visite qui n'est « pas une surprise »

    Au-delà, Moqtada Sadr entretient des liens étroits avec les Iraniens, ainsi que familiaux, explique Myriam Benraad, chercheuse associée à Institut de recherches et d'études sur les mondes arabes et musulmans (Iremam) à Aix-en-Provence : « Cette visite peut être perçue comme surprenante, dans la mesure où Moqtada Sadr a chronologiquement, depuis notamment la guerre de 2003, entretenu des rapports très tendus avec l’Iran et son régime, puisqu’il a des positions qui parfois ont été ouvertement anti-iraniennes, a expliqué la spécialiste de l’Irak. Mais cela étant, ce n’est pas la première fois qu’il se rend en Iran. »

    Il entretient des liens familiaux, religieux et plus personnels, très étroits avec ce pays. Donc, je n’y vois pas une surprise, même si cela peut être aussi perçu comme une provocation par une partie de la population irakienne, notamment chiite. Mais derrière ses discours et cette posture, ce n’est pas un acteur qui n’entretient pas depuis de longues années des liens avec les Iraniens.

    Pour Myriam Benraad, chercheuse associée à l'Iremam à Aix-en-Provence, la rencontre n'est pas surprenante 12/09/2019 - par Sami Boukhelifa Écouter
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