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    Moyen-Orient

    La contestation s'amplifie en Irak malgré le couvre-feu décidé par les autorités

    media Un garçon fuit les confrontations entre manifestants et policiers, dans un quartier de Bagdad, capitale de l'Irak, le 3 octobre 2019 AHMAD AL-RUBAYE / AFP

    En seulement trois jours, la contestation en Irak a déjà fait 19 morts. Les manifestants protestent contre la corruption et le chômage. Face à la mobilisation, les autorités craignent des débordements et réagissent avec une extrême fermeté. La situation est tout particulièrement explosive à Bagdad.

    Avec notre correspondante, Lucile Wassermann

    Le bilan s'alourdit en Irak depuis le début de la vague de contestations, qui a débuté le 1er octobre, et qui vise le gouvernement d'Adel Abdoul Mahdi. Des manifestants tués alors qu'un couvre-feu est entré en vigueur ce jeudi 3 octobre.

    Deux fortes explosions ont été entendues au milieu de la nuit, des explosions que la coalition internationale a confirmé dans un communiqué et qui se sont produites vraisemblablement à l’intérieur de la zone verte, ce quartier ultra-sécurisé à Bagdad, où sont basées la plupart des institutions politiques.

    Nous n’en savons pas plus pour le moment, mais selon les médias locaux, il s’agirait de tirs de roquettes, des tirs qui ne sont pas sans précédent. Les États-Unis les avaient récemment attribués à des groupes pro-iraniens.

    La situation est donc extrêmement confuse. Rien, pour l’heure, ne nous permet de penser que ces tirs viendraient des manifestants, ces manifestants qui ont donc continué à protester hier, tard dans la soirée et au cours de laquelle de nombreux tirs à balle réelle ont été également entendus. Sept manifestants et un policier ont été tués à Nassiria, lors d'affrontements entre protestataires et police anti-émeutes. Quatre autres personnes ont péri à Amara, indiquent des sources médicales et policières.

    Mercredi, ce sont cinq personnes, dont un enfant, qui ont été tuées et des centaines de personnes blessées, parmi les manifestants et les forces de l'ordre.

    Les protestataires dénoncent un pays « corrompu »

    Depuis trois jours, les manifestants dénoncent le chômage, la corruption et la dégradation des services publics dans le pays. La mobilisation ne faiblit pas en dépit des tirs à balles réelles des forces de l'ordre.

    Dans les rues, les Irakiens pointent du doigt un pays en pénurie d'électricité et d'eau potable depuis des décennies, mais aussi la corruption qui a englouti plus de quatre fois le budget de l'État en plus de quinze ans.

    Durant la nuit les manifestants ont bloqué la route qui mène vers l’aéroport de Bagdad. Ils ont paralysé la capitale. Il y a eu des rassemblements dans presque tous les quartiers. Mais à l’aube, il y a eu un important déploiement des forces de sécurité. Les autorités ont décrété l’état d’urgence et l’armée a aussi été déployée.
    Mais tout cela s’est passé en douceur, il n’y a pas eu de violences comme la veille. Et les manifestants sont rentrés chez eux dans le calme. Les rassemblements sont autorisés dans des endroits bien délimités, cela concerne seulement les principales places de Bagdad et les abords de la zone verte. Mais en même temps un couvre-feu est en vigueur. Les gens ici ont vraiment peur. Et la situation est identique dans les villes du sud du pays. 

    Témoignage d'un habitant de Bagdad 03/10/2019 - par Sami Boukhelifa Écouter

    Des revendications populaires « légitimes »

    Selon Mohamed al-Saabari, président du parti politique Assemblée générale de l’unité de la nation, les revendications populaires sont plus que légitimes : « À chaque fois que les Irakiens se révoltent, les autorités disent que les gens sont manipulés et qu’il y a une ingérence étrangère. C’est faux ! La vérité, c’est qu’en Irak depuis 2003, les gouvernements successifs ne font rien pour le citoyen irakien », explique-t-il.

    Il y a, selon lui, une accumulation de colère qui éclate aujourd’hui au visage du Premier ministre actuel, Adel Abdel Mahdi, qui a fait plein de promesses mais n’en a tenu aucune. « Aujourd’hui 60% de la population irakienne vit en dessous du seuil de pauvreté. Et voilà ce qui cause la colère. Ce soulèvement populaire, ces manifestations n’ont pas de leaders, c’est un mouvement spontané qui exige ses droits », analyse-t-il dans un entretien accordé à Monte-Carlo Doualiya.

    De son côté, le leader chiite Moqtada Sadr ne profite pour appeler ses partisans à rejoindre ces manifestations en organisant des sit-in pacifiques. Moqtada Sadr était le grand vainqueur des élections législatives en 2018. Il a aussi été une figure des grandes manifestations de 2016 puis de celles de l’été 2018.

    Une grande partie du pays coupé d'internet

    Après trois jours de manifestations, pour beaucoup nées d'appels sur les réseaux sociaux, les fournisseurs ont pris la décision d'imposer des restrictions, indique un site spécialisé.

    Mercredi, les réseaux sociaux ont peu à peu cessé d'être accessibles, dans la capitale, mais aussi dans le sud du pays. Les Irakiens ne peuvent donc plus communiquer ni poster des images en ligne.

    Depuis aujourd'hui, les restrictions ont été étendues à l'ensemble du réseau internet. Une majeure partie du pays n'a donc plus de connexion.

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