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    Moyen-Orient

    Syrie: après le retrait des troupes américaines, l’imminente offensive turque

    media Forces américaines et turques dans le nord de la Syrie, le 4 octobre 2019. Reuters

    Dimanche 6 octobre, la Maison Blanche a annoncé que les troupes stationnées en Syrie allaient se retirer des abords de la frontière turque, car la Turquie va bientôt mettre en œuvre une opération prévue de longue date dans le nord du pays. L'Union européenne s'oppose à cette offensive alors que les milices kurdes ont réagi en prévenant que cela pourrait favoriser la réapparition de l'organisation État islamique.

    Cette annonce de retrait intervient après un appel téléphonique que le président Donald Trump a eu avec son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. La Maison Blanche a précisé que : « Les forces américaines ne vont pas soutenir ou être impliquées dans l'opération et les forces américaines, qui ont vaincu le califat territorial de l'État islamique, ne seront plus à proximité immédiate ».

    De son côté, le président turc a affirmé, le 1er octobre, arriver au bout de sa patience vis-à-vis des États-Unis, concernant la création d'une zone de sécurité dans le nord de la Syrie, menaçant de l'imminence d'une opération militaire. Lors d'un discours télévisé, Recep Tayyip Erdogan avait même dit: « À ce stade, nous n'avons d'autre choix que de poursuivre sur notre propre voie ». Les deux dirigeants doivent se rencontrer le mois prochain à Washington pour discuter de la mise en place d'une zone de sécurité dans le nord de la Syrie, a annoncé la présidence turque.

    Une décision « irresponsable »

    Ce n’est pas la première fois que la Maison Blanche annonce le retrait des militaires américains, en dépit de l’opposition du Pentagone et de nombreux sénateurs républicains. Ce lundi, le sénateur de Floride Marco Rubio a qualifié la décision de Donald Trump de « grave erreur », tandis que l'ancien candidat à la présidence Mitt Romney a dénoncé « une trahison qui montre que l’Amérique n’est pas un allié fiable ».

    Mais la critique la plus virulente a été faite sur Fox News, la chaîne préférée du président américain. Lindsey Graham, un proche de Donald Trump, y a fait part de son indignation, dénonçant une initiative « hâtive et irresponsable » et prévenant qu'il allait déposer une résolution exhortant le président « à reconsidérer sa position ».

    « Les Kurdes se sont levés quand personne ne voulait le faire pour combattre l’EI. Si nous les abandonnons, bonne chance pour trouver qui que ce soit pour aider les Américains pour lutter contre l’islam radical, al-Qaïda et l’EI. L’EI n’est pas défaite. La défaite de l’EI est le plus gros mensonge de cette administration, a martelé Lindsey Graham. Et je ferai tout ce que je peux pour sanctionner l’armée turque et l’économie turque s’ils mettent un pied en Syrie. »

    L'imminente offensive turque 

    Mais à Ankara, le président turc a indiqué ce lundi qu'une offensive turque pourrait être lancée à tout moment dans le nord de la Syrie, après que Washington a annoncé qu'il ne s'opposerait pas à une telle opération contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

    La Turquie est déterminée à « nettoyer » la Syrie des « terroristes » qui menacent la sécurité du pays. Le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu a déclaré sur Twitter que: « Depuis le début de la guerre en Syrie, nous avons soutenu l'intégrité territoriale de la Syrie et nous continuerons de le faire. Nous sommes déterminés à protéger notre (...) sécurité en nettoyant cette région des terroristes ».

    « Il y a une phrase que nous répétons tout le temps: on pourrait entrer en Syrie, n'importe quelle nuit sans prévenir. Il est absolument hors de question pour nous de tolérer plus longtemps les menaces provenant de ces groupes terroristes » a déclaré le président Erdogan lors d'une conférence de presse. 

    Des propos également repris par le porte-parole du gouvernement, Ibrahim Kalin, sur les réseaux sociaux: « La Turquie va continuer de se battre contre Daech (acronyme arabe de l'EI) et ne le laissera pas revenir, que ce soit sous une forme ou une autre ».

    L'UE opposée à une offensive

    L'ONU dit « se préparer au pire ». « Nous ne savons pas ce qui va se passer (...) Nous nous préparons au pire », a déclaré le coordinateur humanitaire de l'ONU pour la Syrie, Panos Moumtzis, lors d'une conférence de presse à Genève, ce lundi matin. L'organisation internationale est actuellement en contact avec toutes les parties, mais a déclaré ne pas avoir été mise au courant de la décision de Washington d'abandonner ses anciens alliés kurdes dans la lutte contre les jihadistes de l'État islamique en Syrie.

    Pour l'ONU, la priorité est d'assurer que l'offensive turque ne provoque pas de nouveaux déplacements de population, que l'accès humanitaire ne soit pas bloqué et qu'il n'y ait pas de restrictions à la liberté de mouvement dans la région concernée.

    De son côté, l'Union européenne est opposée à une offensive de la Turquie car « une reprise des hostilités saperait les efforts engagés pour une résolution de ce conflit », a déclaré lundi une porte-parole de la diplomatie européenne. « Toute reprise des hostilités exacerbera les souffrances du peuple syrien, entraînera des déplacements de populations et sapera les efforts politiques engagés pour résoudre ce conflit », a expliqué Maja Kocijancic, porte-parole de Federica Mogherini, Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

    « Nous appelons la Turquie à éviter une initiative qui irait à l'encontre des intérêts de la Coalition globale contre Daech dont elle fait partie », a déclaré le ministère français des Affaires étrangères, appelant également au maintien en détention des jihadistes étrangers dans le « nord-est de la Syrie ». Pour Paris, il s'agit d'un « impératif de sécurité ».

    Le sort des combattants de l'État islamique 

    La Maison Blanche s'est en effet également exprimée quant à la possibilité de confier à la Turquie la responsabilité des combattants européens de l'État islamique, actuellement détenus par une coalition arabo-kurde dont l'YPG est le fer de lance.

    « Le gouvernement des États-Unis a pressé la France, l'Allemagne et d'autres pays européens, d'où viennent beaucoup des combattants de l'État islamique capturés, de les reprendre, mais ils ne veulent pas et refusent », a dit la Maison Blanche. Avant de poursuivre: « La Turquie va maintenant être responsable pour tous les combattants de l'EI dans la zone, capturés dans les deux dernières années ».

    Au-delà de sa date de lancement précise – cette nuit, la suivante ou un peu plus tard – la principale inconnue concerne l’étendue de l’intervention turque, fait savoir notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer. Sur combien de kilomètres les chars turcs pénètreront-ils en Syrie ? Auront-ils un soutien aérien ? La Turquie ambitionne-t-elle de saisir des centres urbains kurdes, ou se limitera-t-elle aux zones rurales ? Et quelle sera la riposte des forces kurdes à cette attaque ? Des réponses à ces questions dépendra l’impact de cette offensive sur l’avenir de la Syrie, des forces kurdes et de la Turquie elle-même.

    Sur Twitter, en tout cas, Donald Trump prévient : il est prêt à « anéantir » l'économie turque si Ankara « dépasse les bornes ». « Je l'ai déjà fait », écrit le président américain.

    ► À écouter aussi : Trump laisse la Turquie mener une offensive en Syrie: «la zone d'Idleb a-t-elle été négociée?»

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