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    Moyen-Orient

    «Pour Sama», documentaire sur le siège d'Alep ovationné au prix Bayeux

    media Photo du film «Pour Sama» KMBO distribution

    Un jour après sa sortie en salles, le prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre a projeté jeudi soir le film-documentaire « Pour Sama », de la jeune Waad al-Kateab. Une plongée, dont le spectateur ne sort pas indemne, dans le quotidien des habitants d’Alep sous les bombardements.

    C’est un moment qui restera dans les annales des soirées de projections du Prix Bayeux, selon les dires des organisateurs : une ovation de plusieurs minutes lorsque le générique du film défile, puis une autre salve d’applaudissements quand apparaît à l’écran, via Skype depuis Londres, sa réalisatrice Waad al-Kateab, visiblement émue de voir face à elle plus de 1 500 personnes bouleversées par son documentaire.

    « J’aimerais être avec vous ce soir. J’aimerais vous dire que l’horreur se poursuit en Syrie. » On ne peut dès lors qu’imaginer de quoi parle la jeune femme syrienne. Lorsque la guerre éclate en 2011, Waad al-Kateab est étudiante en économie à Alep. Elle a alors 18 ans. Elle décide de filmer la révolution aleppine, ses moments d’espoirs qui se transforment en instants d’horreur, de survie et d’exode, entre avril 2012 et décembre 2016. Elle poste au fur et à mesure ses vidéos sur internet, qui sont diffusées sur Channel 4.

    Affiche du film «Pour Sama» KMBO distribution

    Face à la réalité

    Waad al-Kateab filme surtout le macabre quotidien de son mari Hamza, médecin dans un hôpital de fortune d’Alep Est. Des centaines de blessés qui arrivent chaque semaine, criblés de trous dus aux bombes à fragmentation, des morts qui s’amoncellent dans les couloirs de l’hôpital, des mères qui pleurent la mort de leurs enfants, des hommes celle de leur femme.

    L’exode s’amplifie, mais la résistance continue contre le régime de Damas. Les habitants continuent de manifester dans les rues noires de fumée. « On fait brûler des pneus pour que l’aviation ne voie pas où nous sommes et ne puisse nous bombarder. » La caméra tremble pourtant au rythme des missiles et autres bombes qui s’abattent dans la ville et que rien n’arrête.

    Le public de Bayeux avait été prévenu : certaines scènes sont difficilement supportables à regarder, voire insoutenables, telle la découverte dans le fleuve de dizaines de corps de jeunes manifestants noyés, torturés par les troupes de Bachar el-Assad. Mais c’est la réalité, le quotidien de tout un peuple oublié de la coalition internationale.

    D’autres scènes sont au-delà de toute émotion. Un silence de mort plane sous l’énorme chapiteau de la ville du Calvados quand Hamza reçoit une femme enceinte de neuf mois, défigurée et inconsciente. Les spectateurs retiennent leur souffle. Avec ses collègues le jeune médecin procède à une césarienne. S’en suivent des minutes qui paraissent être une éternité : le nourrisson est secoué, tapé, pendu par les pieds, il faut qu’il pleure, ce sera le signe qu’il est en vie.

    Ovation à Waad al-Kateab qui apparaît via Skype à la fin de la diffusion de son film

    Rester ou fuir, le déchirement

    Rester dans cette ville d’Alep à feu et à sang pour mener le combat pour la liberté ou fuir, le couple est déchiré. Mais « tenter de vivre ici normalement, c’est résister au régime », dit Hamza à Waad. Parce qu’au milieu de cet interminable chaos, Pour Sama offre des scènes d’amitié, de solidarité, d’amour et d’espoirs. C’est d’ailleurs en pleine guerre, en 2015, que le couple donne naissance à une petite fille, Sama.

    D’où le titre du film qui veut être un témoignage d’une mère à sa fille dont le regard de bébé semble saisir la terreur de cette guerre. « Tu sauras ma fille pourquoi nous sommes restés jusqu’au dernier moment chez nous à Alep, raconte la réalisatrice, pourquoi tu as dû endurer toutes ces peurs et tous ces traumatismes. »

    En mai dernier, Pour Sama a reçu le prix du meilleur documentaire au Festival de Cannes. Waad al-Kateab a également remporté en 2017 le prix Bayeux Calvados-Normandie dans la catégorie télévision et le prix Région Normandie des lycéens pour son reportage Le dernier hôpital d’Alep détenu par les rebelles.

    Pour Sama, de Waad al-Kateab et Edward Watts, 1h35. Sortie le 9 octobre.

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