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    Moyen-Orient

    Syrie: les troupes américaines de Kobané sous le feu des positions turques

    media Un convoi militaire américain photographié en 2017 entre Kobané et Aïn Issa, dans le nord de la Syrie. BULENT KILIC / AFP

    Vendredi 11 octobre 2019 en Syrie, des troupes américaines se sont retrouvées sous le feu de positions turques près de la ville de Kobané, dans le nord, selon un porte-parole du Pentagone.

    L'incident s'est produit aux alentours de 21h heure locale, selon les autorités américaines, hors de la « zone de sécurité » que la Turquie vise à instaurer le long de sa frontière pour séparer cette dernière des territoires contrôlés par la milice kurde Unités de protection du peuple (YPG), un groupe « terroriste » aux yeux d'Ankara. Ce tir d'artillerie n'a pas fait de blessé côté américain, selon le capitaine Brook DeWalt, porte-parole du Pentagone.

    Le communiqué de ce dernier parle d'une « explosion », dans une zone où les Turcs sont pourtant « informés de la présence de forces américaines ». « Les États-Unis restent opposés à l'intervention militaire turque en Syrie, et s'élèvent particulièrement contre les opérations turques en dehors de la zone de sécurité et dans des zones où les Turcs sont informés de la présence de troupes américaines », écrit le capitaine DeWalt.

    ► À lire aussi : Les bombardements de l'armée turque ont poussé 100 000 civils à fuir

    Vendredi, la Turquie a intensifié ses bombardements meurtriers contre des cibles kurdes en Syrie. Le président Recep Tayyip Erdogan affirme que l'offensive va se poursuivre. Dans son communiqué, Washington prévient Ankara qu'il faut « éviter toute action pouvant conduire à une riposte immédiate ». Et de rappeler que les États-Unis sont encore militairement présents en Syrie, que leurs troupes « ne se sont pas retirées de Kobané ».

    Dans un premier temps, Donald Trump avait semblé donner son feu vert à l'opération turque, en retirant des soldats américains de secteurs frontaliers côté syrien. Mais le président des États-Unis a par la suite soufflé le chaud et le froid, menaçant notamment d'« anéantir » l'économie turque si Ankara « dépassait les bornes ». Après l'incident de vendredi, le ministère turc de la Défense a annoncé avoir stoppé les tirs dès qu'elle a été prévenue par son allié.

    Lors d'un entretien téléphonique, le président français a signifié à son homologue américain qu'il fallait que l'offensive turque, lancée mercredi, cesse au plus vite. Selon l'Élysée, Emmanuel Macron a « souligné la nécessité avant toute chose
    d'empêcher toute résurgence de Daech dans la région, de soutenir ceux qui se sont battus sur le terrain à nos côtés contre les terroristes et de protéger les populations civiles
     ».

    Les États-Unis ne se sentent ni responsables ni solidaires de l'opération turque

    Du côté de Washington, on se défend d'avoir donné quitus à Ankara. « Au contraire », affirme le secrétaire américain à la Défense, « nous avons fait pression très fort à tous les niveaux pour que les Turcs ne débutent pas cette opération », a-t-il ajouté. Son homologue au Trésor, Steven Mnuchin, a annoncé depuis la Maison Blanche que Donald Trump avait autorisé la préparation de nouvelles sanctions « très importantes » contre la Turquie.

    Ces sanctions « pourront viser toute personne associée au gouvernement turc, et tout membre du gouvernement. Il s’agit de sanctions primaires et secondaires. Le président est préoccupé par l’offensive militaire en cours et par le fait que des civils, des infrastructures civiles, des minorités ethniques ou religieuses soient visés. Le président veut aussi très clairement signifier aux Turcs que pas un seul des combattants de l’État islamique ne doit s’échapper. »

    L'opération « Source de paix » a jeté sur les routes près de 100 000 personnes. Le bilan s'élève à une centaine de morts, selon l'ONG Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Le Programme alimentaire mondial redoute que la crise humanitaire, déjà critique, s'aggrave. « Les craintes portent bien sûr, entre autres, sur la durée de l’offensive et sur la force de cette dernière et les impacts sur les civils », confie son porte-parole, Hervé Verhoosel, sur RFI.

    ► À écouter aussi : Pourquoi Donald Trump « lâche » les Kurdes ?

    « Ce qui nous intéresse particulièrement, ajoute-t-il, ce sont les civils qui fuient. Soit qui restent dans les régions en question, soit qui fuient ces régions, mais qui, dans un cas comme dans l’autre, vont avoir besoin d’un support humanitaire - et pour le Programme alimentaire mondial - d’un support alimentaire. Il y aura bien sûr des problèmes d’approvisionnement en nourriture, des problèmes de déplacement, d’approvisionnement des marchés, des problèmes d’eau, etc. »

    Et de conclure que le PAM va devoir augmenter l’aide qu'il prodigue déjà : « Dans le nord-est de la Syrie, pour l’instant, le Programme alimentaire mondial chaque fois fournit déjà une aide alimentaire à 650 000 personnes juste dans cette région du nord-est, 580 000 d’entre elles vivent actuellement dans des zones sous contrôle kurde, donc dans des zones à risque, pour le moment. »

    Plusieurs organisations appellent à des rassemblements samedi à Paris, place de la République, en soutien aux Kurdes de Syrie et contre l'offensive turque 12/10/2019 - par Pierre Olivier Écouter
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