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    Moyen-Orient

    En Irak, le centre de Bagdad prend des allures de champ de bataille

    media Les manifestants brûlent des pneus pour brouiller la vue des forces anti-émeutes et ainsi éviter d'être pris pour cible. A Bagdad, le 9 novembre 2019. REUTERS/Alaa al-Marjani

    Plus d’un mois après le début des manifestations antigouvernementales réprimées dans le sang en octobre, des affrontements opposent une nouvelle fois forces de l’ordre et contestataires à Bagdad. Selon l’AFP, ces violences font suite à un accord conclu entre les dignitaires religieux et politiques irakiens. Explications.

    Les tirs d'armes automatiques ont de nouveau retenti à Bagdad. Il est cependant difficile d'affirmer avec certitude s'il s'agit de simples tirs de sommation, ou s'ils sont dirigés vers la foule. La confusion est totale. Les affrontements ont lieu en centre-ville, à une centaine de mètres de l’emblématique place Tahrir occupée par les manifestants, rapporte notre envoyé spécial Sami Boukhelifah.

    Pour les en déloger, les forces de l’ordre lancent des gaz lacrymogènes qui se mélangent à l'épaisse fumée noire des pneus de voiture que brûlent les protestataires. Ils cherchent ainsi à brouiller la vision des forces anti-émeutes pour ne pas être pris pour cible. Résultat, l’air est irrespirable, chargé d'un cocktail toxique qui fait suffoquer.

    Mais la foule résiste. Hors de question de quitter les lieux. « Ils nous tirent dessus à balles réelles. Ils utilisent aussi des gaz lacrymogènes, des bombes de désencerclement, mais nous on lâchera rien ! Aujourd’hui, je suis malade, mais je ne renoncerai pas, je resterai ici pour défendre cette place », promet Abdelaali. Les ambulances filent à toute allure, des mototaxis transportent également les blessés vers des centres de soins improvisés. Sur place, médecins et secouristes bénévoles les prennent en charge.

    Contre-attaque

    Au son des tambours, de jeunes Irakiens préparent leur contre-attaque. À bout de bras, ils portent des sacs remplis de pavés. Ils veulent à tout prix riposter. Mais contre qui ? Certains accusent la police et l’armée d’être à l’origine des violences, d’autres sont persuadés d’affronter des miliciens à la solde du pouvoir.

    C'est le cas d'Haydar. Il est catégorique : « Ce sont des miliciens iraniens qui nous tirent dessus. Ils sont habillés en noir et portent des cagoules. Il y a déjà deux morts et des dizaines de blessés. Ils tirent balles réelles. Je les ai filmés, je peux vous montrer. »

    Selon des sources médicales et sécuritaires citées par l'Agence France-Presse, quatre manifestants ont été tués ce samedi dans la capitale, trois par des balles et le quatrième touché au visage par une grenade lacrymogène. Plus tôt, trois autres manifestants avaient été tués dans une dispersion à balle réelle à Bassora, une ville du sud du pays, où les forces de l'ordre arrêtent désormais quiconque tente de sortir dans les rues.

    Les forces anti-émeutes ont donné l'assaut, elles veulent chasser les manifestants qui occupent la place. Il y a beaucoup de blessés, la plupart d'entre eux sont atteints aux jambes

    Docteur Azzedine Hussein 10/11/2019 - par Sami Boukhelifa Écouter

    Accord conclu

    Selon l’AFP, qui s'appuie cette fois sur le témoignage de hauts responsables irakiens sous couvert d'anonymat, les dernières violences font suite à un accord conclu entre les dignitaires religieux et politiques du pays, qui souhaitent désormais mettre un terme à la contestation.

    Plusieurs réunions secrètes, et trois hommes forts : le très versatile leader politique Moqtada Sadr, le fils de l’ayatollah Ali al-Sisitani, plus haute autorité chiite du pays, et enfin le général iranien Qassem Souleimani, commandant des opérations militaires à l’étranger de la République islamique d’Iran.

    Comme quoi les craintes des manifestants, qui dénoncent la mainmise de Téhéran sur leur pays, sont fondées. L’Iran ne compte pas renoncer à ses intérêts politiques et économiques en Irak. Résultat, ces trois responsables ont pris leurs décisions : il faut mettre un terme à la contestation populaire par la force.

    Cela a donc déjà commencé, notamment à Bagdad avec l'intervention plus musclée des forces de sécurité. Mais, autre décision importante : des réformes seront lancées. En revanche, statu quo concernant le sort du Premier ministre. La rue réclame sa démission, il restera finalement en place.

    Déclenchée le 1er octobre, la contestation réclame en fait le départ de l'ensemble de la classe politique, inchangée depuis des années et jugée corrompue et incompétente. Depuis plusieurs jours, un mouvement de désobéissance civile bloque écoles, administrations et infrastructures. L'accord pour un « retour à la vie normale » fait craindre davantage de violences.

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