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    Moyen-Orient

    Chercheurs français détenus en Iran: «On se sent un peu démunis»

    media Les deux chercheurs français, Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont toujours incarcérés dans la prison d'Evin, située au nord de Téhéran. wikipedia.org

    Deux chercheurs français ont été arrêtés en Iran, il y a tout juste six mois, le 5 juin dernier : l’anthropologue Fariba Adelkhah et le sociologue Roland Marchal, qui travaillaient au Centre de recherches internationales de Sciences Po (Ceri).

    Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont toujours incarcérés dans la prison d’Evin, située au nord de Téhéran. Leurs collègues et amis universitaires restent mobilisés. RFI a recueilli le témoignage de Richard Banégas, professeur à Sciences Po, ami des deux chercheurs et corédacteur en chef de la revue Politiques africaines qu’il publiait avec Roland Marchal.

    RFI : Six mois après l'arrestation de vos collègues, où en est-on ?

    Richard Banégas : On est quand même un peu dans le brouillard. On a peu d’informations directes sur leurs conditions de détention. La phase d'instruction n'étant pas encore close, on ne sait pas quels sont les véritables motifs qui leur sont reprochés par la République islamique. Des négociations s’étaient engagées à partir de l’été au plan diplomatique. Il semblerait qu’elles n’aient pas donnée grand-chose pour l’instant.

    Pendant ce temps, nous, la communauté académique, les collègues et amis avons essayé au moins de nous mobiliser, de nous organiser pour ne serait-ce que garder en mémoire de tout le monde le sort qui est fait à nos amis.

    Comment se traduit ce soutien aux chercheurs emprisonnés ?

    Il y a un comité international de soutien qui a été créé. Il comporte une centaine de membres en provenance d’une cinquantaine de pays. Il y a une très grande solidarité qui s’est exprimée dans le monde universitaire envers nos deux collègues qui sont internationalement reconnus : Fariba Adelkhah pour ses travaux sur l’Iran, sur l’Afghanistan, et Roland Marchal pour ses travaux sur la Somalie, sur la Corne de l’Afrique. Donc, on essaie de maintenir la flamme pour eux, de faire revivre leurs travaux. Ce n’est pas grand-chose évidemment.

    On se sent un peu démunis, mais on continue de se battre pour au moins attirer l’attention des autorités, et surtout faire tout pour qu’on obtienne la libération de nos collègues qui sont des prisonniers académiques en Iran.

    Pour obtenir la libération de vos collègues, vous réclamez notamment la suspension de la coopération académique avec l'Iran...

    Dès le début de notre mobilisation, nous avons appelé à la suspension de la coopération académique officielle avec l’Iran, en précisant très vite qu’il ne s’agissait pas de marginaliser ou de boycotter qui que ce soit, et surtout marginaliser nos collègues iraniens qui sont dans une situation évidemment très difficile de leur côté, mais plutôt de prendre acte qu’on ne peut pas travailler institutionnellement avec un pays et des universités iraniennes dans un pays qui emprisonne les chercheurs, et qui font de ces chercheurs étrangers des gages dans un jeu de rapports de force internationale qui les dépasse très largement.

    On avait donc pris cette position aussi pour rappeler quand même un minimum que la liberté académique, ça compte et qu’elle ne peut pas être bafouée de la sorte. Même si évidemment, on a conscience qu’en appelant à cette suspension des coopérations académiques, ce n’était pas complètement évident de le faire accepter parce que nos collègues aussi iraniens sont dans la difficulté. On pense à eux aussi dans ce combat.

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