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    Moyen-Orient

    «Dans le groupe des Français d’al-Nosra, on est plus d'une centaine»

    media Un combattant du groupe rebelle al-Nosra, le 12 mars 2013. REUTERS/Hamid Khatib/Files

    Né en France, âgé de 27 ans, Seif al-Qalam a quitté la région parisienne l'été dernier pour aller combattre le régime de Bachar el-Assad au nom du jihad en Syrie. D'abord combattant au sein de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), il a rejoint depuis quelques mois une brigade composée en majorité de Français ayant prêté allégeance au Front al-Nosra, branche officielle d'al-Qaïda. Il s'est confié par téléphone à David Thomson, qui l'avait déjà rencontré à Paris avant son départ.

    Pour les jihadistes du monde entier, la Syrie, ou le Sham comme ils l'appellent, est la terre où se joue actuellement une grande prophétie apocalyptique et où renaîtra le califat, un Etat islamique appliquant la charia authentique. C'est ce dont veut témoigner Seif al-Qalam pour qui cette nature sacrée de la Syrie explique pourquoi le pays attire autant les jihadistes aujourd'hui.

    Le dernier jihad sera en Syrie, terre du Sham
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « Le prophète nous avait conseillé de rejoindre cette terre-là, plus tard à la fin des temps. Ce sera la terre des musulmans. Ce sera leur berceau. De là jaillira l'étincelle qui embrasera toute la péninsule arabe au niveau du califat. (...) Donc tout se déroule ici, c'est ce jihad qui attire le plus de gens. Et c'est ce jihad qui est le plus facile d'accès. Et pour nous, ce n'est pas dû au hasard. Ce sont des choses qui ont été prédestinées par Allah. D'où l'engouement de la Syrie. »

    Le jihad en Syrie est souvent familial. Seif al-Qalam est lui-même parti avec sa femme et ses deux enfants.

    Quand tu es convaincu, tu emmènes tout le monde avec toi, ta femme et tes enfants
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « On n'a pas le droit de laisser nos familles en arrière. On va dire qu'on quitte notre terre de "mécréance". (...) Ça veut dire quitter un pays qui n'est pas régi par les lois de Dieu pour aller dans un pays élever la parole d'Allah. On pourrait nous dire que la parole d'Allah n'est pas encore appliquée, mais en tout cas, on fait en sorte de l'appliquer. On combat un gouvernement qui juge par autre chose que les lois d'Allah. Et surtout, Allah nous a fait la promesse de la victoire. Il faut être convaincu, et une fois que tu es convaincu, tu emmènes tout le monde avec toi : ta femme, tes enfants, tout le monde ! Et quoi qu'il arrive, Allah garantit la sécurité et l'abondance, pour quiconque emprunte son sentier. »

    Quel est le quotidien du jihadiste français en Syrie ? Entre tours de garde, lignes de front et entraînement, les journées des combattants sont extrêmement structurées.

    Le jihad, c'est quelque chose d'organisé
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « D'abord, quand tu arrives, tu as l'entraînement. Tu es obligé de passer par cette case. Et par la suite, avant de t'envoyer au front, on t'envoie en garde-frontière. Partout où il y a l'ennemi, il faut des postes de moudjahidines qui surveillent leur avancée et qui sont prêts à combattre quoi qu'il arrive. Il y a d'autres fronts qui sont déjà engagés, et c'est pour ceux qui ont déjà passé cette étape. Le jihad, ce sont des choses organisées : d'abord l'entrainement, ensuite le garde-frontière pour t'acclimater, entendre les tirs, voir les mortiers, voir l'ennemi en face de toi. Et après, il y a l'étape du front. »

    Depuis décembre 2013, des Français, dont des nouveaux arrivants, des dissidents de l'autre groupe jihadiste en Syrie, l'Etat islamique en Irak et au Levant, ont décidé de se regrouper et de prêter allégeance au Front al-Nosra. Depuis ils forment une brigade de facto de Français d'al-Qaïda en Syrie. Seif al-Qalam a rejoint ce groupe dès sa création.

    Dans le groupe des Français du front al-Nosra, on est plus d'une centaine
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « La plupart des Français qui sont arrivés sur place ne maîtrisaient pas l'arabe. Quand tu te retrouves sur un front et que ton émir ne parle que l'arabe, comment veux-tu être opérationnel si tu ne comprends même pas ses ordres sur le front ? Si tu ne comprends pas ce qu'il te dit, ça peut mener à une catastrophe. (...) On ne fait pas rentrer n'importe qui sous prétexte qu'il veut rentrer. De peur d'être infiltré. Si par exemple, quelqu'un vient de l'extérieur et qu'il connait quelqu'un dans le groupe de Français, là il rentre. Comme le prophète a dit, si quelqu'un émigre vers vous, testez-le pour voir ses vraies convictions. Est-ce qu'il est là vraiment pour combattre, ou est-ce que c'est un informateur ? »

    En Syrie, les deux groupes jihadistes cohabitent en frères rivaux. Mais chacun a une stratégie différente pour la Syrie.

    L’État islamique en Irak et au Sham souhaite appliquer la charia tout de suite
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « L'Etat islamique en Irak et au Sham sont pour l'application de la charia tout de suite. Tandis que Jabhat al-Nosra , c'est avant tout combattre l'ennemi commun, et après, par la suite, appliquer la charia. A mon goût, le peuple a besoin d'être éduqué, on ne peut pas imposer les choses comme ça. La charia, pour l'imposer, il faut déjà nettoyer l'environnement. Il faut un certain contexte pour pouvoir appliquer certaines règles. Tu ne peux pas couper la main à un voleur alors qu'on est en période de guerre et que les gens n'ont pas de travail, et qu'il est obligé de voler pour nourrir sa famille. C'est juste un exemple. Ça, c'est faire preuve d'injustice à mon goût. »

    Le groupe des Français d’al-Nosra a connu son premier « martyr » en février. Selon ses frères d'armes, Bilel, 23 ans, originaire de la ville de Grenoble, a été tué d'une balle en plein cœur lors de l'attaque d'un point de contrôle de l'armée syrienne près de la ville de Homs. Seif al-Qalam était très proche de lui.

    On est partagé entre la tristesse et la joie d'avoir perdu un frère qu'on ne verra plus de notre vivant et la joie dans l'espoir qu'Allah l'accepte comme martyr
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « Je le connaissais depuis qu'on était en France. Il venait chez moi, j'allais chez lui, on se côtoyait. Et on a fait plusieurs fronts, ici, à Alep. A l'époque, on était à l'Etat islamique en Irak et au Levant. On l'a quitté en même temps pour aller à Jabhat al-Nosra. Pour moi, personnellement, il a atteint son but. Tu vois, on est partagés entre la tristesse et la joie. La tristesse d'avoir perdu un frère qu'on ne verra plus de notre vivant. Et la joie de savoir qu'Inch'Allah ! Allah l'accepte parmi les martyrs. »

    Début janvier, deux adolescents toulousains de 15 et 16 ans, partis au jihad en Syrie, ont été très médiatisés en France. Leurs familles s'étaient exprimées dans les médias pour les appeler à rentrer. Après deux semaines sur place, la réalité du jihad en Syrie les avait déçus, ils ont donc fait demi-tour. Eux aussi avaient rejoint le groupe des Français. Et Seif al-Qalam les a également connus.

    Nous, on ne force personne
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « Ils nous ont contactés par le biais de Facebook. Ils nous ont dit : "On veut venir combattre au Sham". On leur a dit : "Il n'y a pas de problème ! On voit, on vous récupère, vous rejoignez notre groupe, vous faites un entrainement." Le problème, c'est qu'eux ils sont jeunes, très, très jeunes, 15 ou 16 ans. Leurs familles leur ont mis la pression une fois qu'ils ont su qu'ils étaient là. Et ils ont fait demi-tour. Nous, ceux qui veulent rentrer, on les fait rentrer. Et ceux qui veulent repartir, on les aide à repartir. »

    Seif al-Qalam a quitté ses parents restés en France. L'idée de les retrouver au paradis grâce à son action en Syrie l'aide à surmonter la tristesse.

    Aux frères qui viennent de débarquer je leur dis, pour la famille il y a trois étapes
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « Aux frères qui viennent de débarquer, à chaque fois je leur dis que par rapport à la famille, il y a trois étapes. Avant tout, la famille refuse parce qu'elle ne comprend pas. Deuxièmement, après, il y a l'acceptation parce qu'il faut se résigner ; une personne qui décide de mener sa vie comme elle veut, personne ne peut l'arrêter. Troisièmement, après, il y a la fierté. Car quand tu expliques ta démarche, avec le temps, ils ne peuvent être que fiers, car tu pars pour une bonne cause. (...) Comme tu le sais, j'avais une situation, un foyer, une famille aimante, une épouse, un bon salaire, mais je ne me sentais pas à ma place. (...) Il y a tellement d'injustices que je me dis : il faut faire quelque chose, c'est le devoir d'un musulman. »

    Seif al-Qalam n'a pas l'intention de rentrer en France, ni de réaliser une attaque contre des intérêts français. Son combat est en Syrie uniquement, c'est dans ce pays qu'il souhaite atteindre le rang de « martyr ».

    Je combats ce gouvernement injuste qui bombarde son propre peuple
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « Rentrer, personnellement, ce n'est pas mon but et je n'envisage même pas cette situation. Le prophète nous a dit que le meilleur endroit pour mourir, ce sera le Sham. Je veux être ressuscité sur cette terre du Sham. Ce sera le lieu du jour du jugement dernier, donc tout nous mène vers le Sham. Après, c'est Allah qui sélectionne. C'est lui qui ramène qui il veut et fait sortir qui il veut. C'est facile de venir au Sham, mais ce n'est que le début du travail une fois que tu es là. Après, il faut tenir. Il y en a qui ont attendu une trentaine d'années avant d'avoir le martyr, il ont fait le jihad aux quatre coins du monde. Le martyr n'est pas quelque chose d'acquis à partir du moment où tu es dans une terre de jihad. Moi, personnellement, je place toute ma confiance en Allah. Je suis là, tout se passe très bien, mon cœur est apaisé, je combats ce gouvernement actuel injuste qui bombarde son propre peuple. »

    De Syrie, il mène également son jihad sur Internet, afin d’inciter d’autres Français à le rejoindre.

    On a le devoir d'appeler nos frères à combattre
    Seif al-Qalam 14/03/2014 - par David Thomson Écouter

    « On a le devoir d'appeler nos frères à combattre. On a le devoir d'appeler nos frères à la vérité, et de leur expliquer nous-mêmes, ne serait-ce que par notre parcours et nos témoignages, qu'ils ne sont pas les seuls à se sentir seuls et incompris. Moi, pendant longtemps, j'ai été triste. J'avais pourtant tout ce que n'importe quel immigré, ou n'importe quelle personne qui vit au Maghreb et idéalise la France, rêvait d'avoir. Je l'avais, mais ce n'est pas ça qui fait le bonheur, ce n'est pas ça qui soulage ton cœur. Tu as beau avoir de l'argent, avoir une situation, tu sais que ton rôle n'est pas forcément ici. »

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