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    Moyen-Orient

    Nucléaire iranien: un accord-cadre trouvé à Lausanne

    media La centrale à eau lourde d'Arak, à 360 km au sud-ouest de Téhéran, était l'un des points d'achoppements dans les négociations sur le dossier nucléaire iranien. REUTERS/Stringer/Files

    Au huitème jour d'intenses négociations entre le groupe 5+1 et la République islamique d'Iran à Lausanne, ce jeudi soir 2 avril, une entente entre les deux parties a finalement été trouvée. Les chancelleries iraniennes et occidentales parlent de «paramètres clés» pour un «accord-cadre» ou «d'étape».

    Les « paramètres clés » pour un accord-cadre sur le nucléaire iranien ont été trouvés, a déclaré Federica Mogherini, lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue iranien à Lausanne. « Aujourd'hui nous avons franchi une étape décisive, a indiqué la responsable de la diplomatie européenne, nous sommes parvenus à un accord sur les paramètres clés d'un plan d'action commun. L'Iran va poursuivre son programme nucléaire civil et pacifique mais ses capacités d'enrichissement d'uranium et ses stocks d'uranium enrichi seront limitées pour une durée déterminée ». Les mêmes termes ont été utilisés par la partie iranienne et par John Kerry, le secrétaire d'Etat américain présent en Suisse, pour désigner l'aboutissement d'une semaine de négociations acharnées.

    C'est en premier lieu sur le réseau social Twitter que le président iranien Hassan Rohani suivi de plusieurs chancelleries occidentales ont informé qu'une entente sur les points clés du dossier nucléaire iranien avait été trouvée à Lausanne. La rédaction d'un accord définitif peut commencer sans attendre, avait twitté Hassan Rohani. La signature définitive pourrait intervenir « d'ici le 30 juin », affirme l'Iran.

    Ce que dit l'accord-cadre

    L'accord-cadre prévoit notamment que les deux tiers de la capacité d'enrichissement d'uranium actuelle soient suspendus et contrôlés pendant dix ans, selon une source occidentale. 6 000 centrifugeuses sur 19 000 seront maintenues, ont confirmé des médias iraniens. « La capacité d'enrichissement d'uranium de l'Iran sera réduite », a déclaré plus généralement Federica Mogherini. Les stocks d'uranium seront réduits de 98% pendant 15 ans.

    Des solutions semblent avoir été trouvées pour surmonter chaque obstacle, précise notre envoyé spécial à Lausanne, Nicolas Falez, dans ce dossier qui empoisonne les relations internationales depuis plus de douze ans.

    Une solution, par exemple, pour le site nucléaire sensible de Fordo dont les Iraniens ont longtemps caché l’existence : selon le compromis trouvé ces derniers jours, Fordo ne sera ni fermé, ni démantelé, mais reconverti en centre de recherches sur la physique nucléaire et l’Iran n’y enrichira plus d’uranium. Le réacteur à eau lourde d'Arak sera également modifié pour ne plus produire de plutonium.

    Une solution aussi pour la levée des sanctions qui permet à la fois aux Iraniens de dire que les sanctions prendront fin avec l’accord, et aux grandes puissances, comme la France, de préciser que « les sanctions seront rétablies si l’Iran » manquait à ses obligations.

    « Lorsque nous mettons en œuvre nos engagements, il n’y aura plus de sanctions à l’encontre de la République islamique d’Iran. Ce sera à mes yeux un grand pas en avant, a déclaré Javad Zarif, le chef de la diplomatie iranienne. Nous avons mis fin à un cercle vicieux qui était dans l’intérêt de personne, ni d’ailleurs de ceux qui luttent contre la prolifération nucléaire. Nous sommes à présent passés à un cercle vertueux où tout le monde sortira gagnant. »

    Il faut encore rédiger ces paramètres, il reste encore beaucoup de travail avant l’accord définitif qui doit être signé avant le 30 juin, mais la diplomatie, le dialogue l’ont clairement emporté durant ces huit jours et nuits sans sommeil pour les délégations. Des négociations intenses évoquées par le ministre iranien des Affaires étrangères lorsqu’il a lancé, durant sa conférence de presse : « Nous avons fait l’histoire ».

    John Kerry et son équipe suivent l'intervention de Barack Obama sur leur écran portable. REUTERS/Brendan Smialowski/Pool

    Les réactions

    Aujourd’hui, les Etats-Unis avec ses alliés et partenaires ont conclu un pré-accord historique avec l’Iran, qui, s’il est suivi à la lettre, empêchera ce pays d’obtenir l’arme nucléaire.
    Barack Obama, président des Etats-Unis 03/04/2015 - par Anne-Marie Capomaccio Écouter

    A Washington, Barack Obama, a très vite pris la parole juste après les déclarations de Lausanne, pour une longue intervention, que nous rapporte Anne-Marie Capomaccio,  notre correspondante sur place. Il a d'entrée salué un « accord historique ».

    Le président des Etats-Unis n’est pas revenu en détail sur le cadre politique de l’accord-cadre qui vient d’être trouvé, il a simplement expliqué que si les conditions exprimées dans ce texte, - vérification des installations nucléaires, durée, etc. - si l’Iran remplit toutes ces conditions, alors ce sera un succès.

    Car Barack Obama le reconnait, il faut immédiatement se remettre au travail afin de parvenir à la rédaction de l’accord final au 30 juin prochain. Le président des Etats-Unis a tenté aussi de rassurer les alliés les plus sceptiques des Etats-Unis. A commencer par Israël : Barack Obama va appeler Benjamin Netanyahu dans la journée. L’Arabie saoudite ensuite : le président annonce que les six pays du Conseil de coopération du Golfe seront invités à Washington dans les semaines qui viennent pour discuter du sujet.

    Enfin, en matière de politique intérieure, Barack Obama demande au Congrès, très hostile à cet accord avec l’Iran, de lire ce texte et de réfléchir aux conséquences d’une telle position. Car une phase difficile comme ici pour l’administration Obama, c'est gagner la confiance des élus. La bonne nouvelle est que les Américains ont à 60% approuvé cette négociation d’après plusieurs sondages ces derniers jours

    Un accord d’étape positif, mais encore du travail certainement d’ici la fin juin.
    Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères 03/04/2015 - par Marie Normand Écouter

    A Paris, la réaction est beaucoup plus mesurée. La France « veillera » à ce que les modalités de mise en oeuvre de l'accord sur le nucléaire iranien aboutissent « à un accord vérifiable et crédible ». Le 2 avril, Laurent Fabius a insisté sur le fait que c'était un accord d'étape, qu'il restait du travail à faire. Questionné ce 3 avril sur la radio Europe 1, le chef de la diplomatie française a aussi admis que la question du calendrier de levée des sanctions « est un point qui est encore très compliqué ». D'ailleurs, a fait savoir Paris, « les sanctions pourront être rétablies si l'accord n'est appliqué ».

    Par contre pour Londres, c'est un accord qui va au-delà des espérances. Avec cet accord « nous n'avons jamais été aussi proches d'un accord empêchant l'Iran d'avoir l'arme atomique », a dit la chancelière allemande Angela Merkel. Un pas vers « la paix et la stabilité » au Moyen-Orient, estime le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

    Les Russes, indique notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne, affichent une discrète mais grande satisfaction. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères voit dans cet accord l’application d’un principe formulé par Vladimir Poutine, à savoir la reconnaissance du droit inconditionnel de l’Iran de mener un programme nucléaire pacifique y compris les activités d’enrichissement de l’uranium. Pour Moscou, cet accord est la preuve que les efforts politiques et diplomatiques peuvent résoudre les crises les plus difficiles.

    Et la Russie estime qu’il aura un impact positif sur la sécurité au Moyen Orient. Les questions qui doivent être réglées d’ici fin juin, comme le contrôle du respect de l’accord, doivent l’être dans le cadre des Nations Unies, insistent les Russes. Pour eux, toutes les sanctions définies hors de ce cadre sont illégitimes et doivent donc être levées immédiatement. Moscou exige une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies pour la mise en œuvre des étapes de l’accord. Moscou propose dès maintenant les services de la société nationale russe d’énergie nucléaire Rosatom pour traiter les combustibles nucléaires iraniens et fournir du carburant frais. Le lobbying économique a déjà commencé !

    Seul véritable mécontent : Israël. Un responsable gouvernemental israélien a qualifié l’accord d'« erreur historique qui rendra le monde beaucoup plus dangereux ». « C'est un mauvais accord cadre qui conduira à un mauvais accord » final, a décrié ce responsable israélien, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu, farouche adversaire de tout accord, même a minima avec la République islamique, n'a pas encore réagi à cette signature. Mais il avait multiplié ces derniers jours les mises en garde contre un éventuel accord, agitant même la menace d'un recours à la force pour empêcher Téhéran de se doter de l'arme atomique.

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