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    Moyen-Orient

    Rupture des relations: Téhéran dénonce les «erreurs» de Riyad

    media Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir Abdollahian. AFP PHOTO / SABAH ARAR

    Entre Riyad et Téhéran, la rupture est consommée. L'Arabie saoudite a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran, au lendemain de l'exécution du dignitaire chiite saoudien Nimr Baqr al-Nimr, opposant non violent au régime des Saoud. Cette rupture répond à l'incendie provoqué par des manifestants à l'intérieur de l'ambassade saoudienne à Téhéran, et à l'attaque du consulat saoudien de Machhad, dans le nord-est de la République islamique, après l'exécution du cheikh al-Nimr. Manifestations de colère avec lesquelles le président iranien Hassan Rohani avait pourtant pris ses distances. Ce lundi 4 janvier 2016, l'Iran réagit à la décision saoudienne.

    La crise est désormais ouverte entre les poids lourds sunnite et chiite du Moyen-Orient, opposés depuis des années sur la Syrie, l'Irak, le Yémen, Bahreïn ou encore le Liban. « En décidant de rompre ses relations, l'Arabie saoudite ne peut pas faire oublier sa grande erreur d'avoir exécuté (...) l'ayatollah martyr, le cheikh Nimr Baqr al-Nimr, qui était un grand dignitaire religieux appartenant à l'ensemble du monde musulman et non à un seul pays. » Première réaction iranienne d'Hossein Amir Abdollahian, vice-ministre des Affaires étrangères, après la rupture des relations diplomatiques irano-saoudiennes décrétée par Riyad. Rupture décidée suite aux violences survenues autour de représentations saoudiennes en Iran samedi soir, elles-mêmes venues en réaction à l'exécution du dignitaire religieux chiite saoudien le matin même.

    C'est la seconde fois que les frères ennemis de l'islam rompent, rappelle notre correspondante à Riyad, Clarence Rodriguez. La première, c'était en 1987 après de sanglants affrontements lors du pèlerinage à La Mecque et cela avait duré quatre ans. Concrètement, l'Arabie saoudite a donné « 48 heures aux membres de la représentation diplomatique iranienne pour quitter le pays », qualifiant de tentative d'ingérence certaines déclarations et les violences survenues autour de ses bâtiments officiels en Iran. Hossein Amir Abdollahian tient pourtant à rappeler que « les diplomates saoudiens à Téhéran et à Machhad n'ont subi aucun dommage » - des cocktails Molotov ont tout de même été utilisés. « Par le passé, l'Arabie saoudite a également commis une erreur stratégique en adoptant des décisions précipitées et irréfléchies qui ont provoqué l'insécurité et le développement du terrorisme dans la région », tacle au passage le vice-ministre iranien.

    Entre Rohani et Khamenei, une différence de ton

    Aux yeux de la grande puissance chiite, sa rivale sunnite dans la région soutient en effet des groupes extrémistes, notamment en Syrie, explique notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi. Et ce n'est pas le seul reproche formulé par M. Amir Abdollahian, pour qui le régime des Saoud a également « porté atteinte aux intérêts de son propre peuple et aux peuples musulmans de la région en complotant pour faire baisser les prix du pétrole ». Les responsables iraniens ont accusé Riyad, ces derniers mois, d'avoir augmenté sa production. Une manière de mettre tous les dossiers sur la table au moment de rompre, alors que la veille de ces déclarations, le président iranien Hassan Rohani avait plutôt tenté de calmer le jeu, en condamnant les manifestants qui avaient attaqué les représentations saoudiennes. Des faits « totalement injustifiables », avait-il dit.

    Les propos du président iranien, et l'arrestation de quarante personnes soupçonnées d'avoir participé à l'attaque contre l'ambassade de l'Arabie saoudite à Téhéran, n'ont cependant pas suffi. Il faut dire que le président iranien avait également condamné l'exécution de cheikh al-Nimr, estimant que cette décapitation renforçait les divisions ainsi que l'extrémisme et le terrorisme dans la région. Mais rien de comparable pour autant avec les propos du numéro un du régime, l'ayatollah Ali Khamenei, qui avait promis sans ambages, après la décapitation au sabre du cheikh, que « la main divine » vengerait le martyr tué « injustement » par les dirigeants saoudiens. Cette différence de ton « traduit des sensibilités politiques très différentes », analyse Thierry Coville est chercheur à l'Iris, spécialiste de l'Iran.

    Khamenei s’est un peu éloigné des plus radicaux à travers l’accord sur le nucléaire. Mais je pense qu’à travers ses déclarations, il essaie de regagner une certaine légitimité auprès de sa base la plus radicale. Les plus radicaux, par exemple, sont toujours très présents au Parlement. Et ce qu’il faut savoir, c’est que les élections législatives sont prévues en février et les plus radicaux en Iran ont très peur de perdre le pouvoir.
    Thierry Coville (Iris), sur la différence de ton entre le président iranien et le guide suprême 04/01/2016 - par Christophe Paget Écouter

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