Violences au Sichuan : le plateau tibétain sous black-out
Les Etats-Unis se disent profondément concernés par les violences au Sichuan. La province chinoise proche de la région autonome du Tibet est en proie à des troubles depuis le lundi 23 janvier 2012. La répression des manifestations aurait fait entre deux et une dizaine de morts selon les sources, l’agence Chine nouvelle ayant confirmé hier la mort d’un « émeutier », tué mardi par la police lors d’une manifestation devant un commissariat. Les ONG tibétaines basées à l’étranger parlent des violences les plus graves depuis les émeutes anti-chinoises de 2008 alors que le plateau tibétain semble aujourd’hui totalement sous black-out.
De notre correspondant à Pékin
Restaurants, salons de thé, monastères, portable d’un chauffeur pour touriste et même le commissariat de Seda étaient aux abonnés absents ce jeudi matin. Ce qui semble confirmer une coupure des communications dans l’ensemble de la préfecture de Ganzi où se sont produites les dernières manifestations. Parmi les rares informations à sortir du plateau tibétain, une voyageuse chinoise répondant au pseudonyme de « gangzi zhonmo » affirme sur son compte weibo (twitter à la chinoise) avoir « vu énormément de véhicules des wujin (police militaire) remonter la rivière Ya vers la zone tibétaine ».
« Gang » de moines
Seul média chinois à avoir parlé des violences pour l’instant, l’agence Chine nouvelle a supprimé ce matin ses dépêches en chinois sur le sujet, après avoir évoqué hier la mort d’un manifestant tué par la police suite à un assaut mardi contre un commissariat de Seda mené par « une centaine d’émeutiers armés de bâtons, de pierres, de couteaux et de cocktails Molotov ». Officiellement, c’est encore en « riposte » à une attaque d’un « gang » comprenant des moines et lundi, que les policiers auraient ouvert le feu lundi dernier au village de Luhuo (160 km de Seda). Bilan : un mort selon le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Cette version n’est évidemment pas celle des ONG tibétaines basées à l’étranger, qualifiées de « séparatistes » par Pékin. Ces dernières affirment que des manifestations « pacifiques » ont éclaté simultanément lundi dernier dans plusieurs localités de Ganzi mais aussi du district voisin d’Aba. La poétesse et bloggeuse Tsering Woeser employant pour sa part sur son blog le terme de « massacre » pour qualifier ce qui s’est passé en début de semaine à Luhuo et Seda.
« Neuf possessions »
Selon plusieurs associations de défense des droits de l’homme, ces mouvements de protestation seraient liés à une répression accrue depuis les émeutes de Lhassa en 2008 et aux campagnes de rééducation qui asphyxient les monastères. Depuis l’entrée dans l’année du dragon lundi dernier, des images circulent sur le web chinois et notamment sur le forum des reporters de Hongkong Chinanews.com montrant des affiches géantes accrochées sur les temples de la région autonome du Tibet voisine de la province du Sichuan.
Ces portraits des dirigeants chinois (Mao Zedong, Deng Xiaoping, Jiang Zemin et Hu Jintao) entrent dans le cadre d’une nouvelle campagne de propagande dite des « neufs possessions » apportées par la Chine au Tibet depuis l’arrivée de l’Armée populaire de libération en 1949 : Un drapeau, des routes, l’eau, l’électricité, la radio, la télé, le cinéma, les bibliothèques et les journaux (Quotidien du Peuple et Quotidien du Tibet). Selon le Lianhe Zaobao (Singapour), un million de ces portraits et de drapeaux de la Chine communiste auraient été envoyés au Tibet pour le nouvel An lunaire.
Une région historiquement agitée La région où se déroulent les troubles actuellement, se situe dans le centre-ouest de la Chine. Non pas dans la région autonome du Tibet, telle que les Chinois l'ont délimitée administrativement en 1965, mais dans des zones de peuplement tibétaines faisant partiede ce qu'il est convenu d'appeler le Tibet historique. Il s'agit de territoires anciennement administrés par les Dalaï Lama, au septième siècle, à la limite du plateau tibétain, des zones frontières entre des régions exclusivement peuplées de Tibétains et d'autres de Han, ethnie majoritaire dans le grand ensemble chinois. Le climat y est particulièrement tendu, parce que la tutelle chinoise y est très mal acceptée. Les Tibétains de ces provinces dénoncent l'agressivité des campagnes de propagande venant de Pékin et plus encore l'entrave à la liberté de culte. Dans les préfectures de Ganzi et Aba, on dénote un très fort esprit de combativité des populations qui n'ont plus grand chose à perdre et veulent sauver ce qu'il reste de leur identité tibétaine. Economiquement, ces populations s'estiment lésées par rapport aux Hans qui tiennent les rennes du pouvoir, qui jouissent des meilleures positions dans l'administration et les affaires. C'est l'engrenage de la révolte et de la répression. |

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati













Commentaires (3)
Black out sur France 24
Ce qui est dingue c'est que les news sur le Tibet ont très rapidement disparu du portail de France 24 comme si le black out s'étendait aussi au site de France 24.
Est ce l'application de l'accord signé il y a quelques années entre l'UMP et le PC chinois, accord dans lequel l'UMP s'engageait à ne pas s'ingérer dans les affaires de la RPC?
Provinces frontalières?
Considérer ces provinces tibétaines comme frontalières est un abus de langage.
En effet, Aba et Ganze sont clairement situées sur le plateau tibétain et font partie des régions tibétaines historiques de l'Amdo et du Kham. Les zones frontalières (d'un point de vue géographique et ethnologique) sont plutôt les "marches tibétaines" où vivaient historiquement des Tibétains, Qiang, Hui et d'autres minorités. Les marches tibétaines sont situés au dessus de Chengdu et ont durement été frappées par le tremblement de terre de 2008.
violence ?
Non, c'est la résistance tibétaine. Soulèvement ! La violence vient de la police chinoise qui tire et tue des manifestants tibétains.
Réagissez à cet article