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Article publié le : mercredi 22 février 2012 - Dernière modification le : mercredi 22 février 2012

Rencontre avec les réfugiés maliens du camp de Fassala en Mauritanie

Au dernier comptage, les réfugiés maliens sont plus de 22 000 à vivre dans le camp de Fassala au sud de la Mauritanie, au bord de la saturation.
Au dernier comptage, les réfugiés maliens sont plus de 22 000 à vivre dans le camp de Fassala au sud de la Mauritanie, au bord de la saturation.
RFI/Laura Martel

Par Laura Martel

Par milliers, ils ont quitté le nord du Mali pour rejoindre la Mauritanie. Les premiers réfugiés sont arrivés le 24 janvier 2012 dans la ville de Fassala, à l'extrême sud-est du pays. Au dernier comptage, mardi 21 février, ils étaient plus de 22 000. Le camp arrive désormais à saturation.

Drapée dans sa melafa noire, une femme travaille à fabriquer une tente avec des tiges de bois qu'elle recouvrira d'une couverture. Elle ne veut pas dire son nom. Son mari, qui travaille dans l'administration, est resté à Tombouctou. Elle a peur, en parlant, de l'exposer à des représailles. « Pour le moment, chez nous, on n'a pas vu de dégâts et personne n'a été tué, ni Noir, ni Rouge, aucune couleur », affirme-t-elle.

Comme beaucoup des réfugiés présents à Fassala, elle n'a pas vu de combats. Si elle a quitté le Mali avec ses dix enfants, c'est que le traumatisme des affrontements entre rebelles touaregs et armée malienne au cours des années 1990 a été ravivé par les récents combats.

« A l'époque », se souvient-elle, « mon père, un militaire à la retraite, a été tué par l'armée. Maintenant, dès qu'on entend parler de problèmes, on est obligé de quitter. Pendant des années, on vit ensemble, comme des frères, et d'un coup, les gens te regardent différemment, juste pour ta couleur de peau. On aime notre pays, mais on ne va plus attendre de se faire tuer ».

« On veut juste vivre en paix »

C'est le même raisonnement qui a poussé Abdallah à multiplier les allers et retours pour mettre le plus de personnes de son village, Gargando près de Tombouctou, à l'abri. A 51 ans, le regard perdu de ceux qui en ont trop vu, le visage marqué de rides profondes, il en fait dix de plus. « On utilise toutes nos économies pour payer le gasoil pour venir ici. Ici, on est en sécurité mais on n'a plus rien. »

Les plus nantis viennent en voiture, d'autres en charrette à âne, les plus démunis à pied. Chaque jour, ils sont au minimum mille, en grande majorité des femmes et des enfants, à arriver devant le commissariat de Fassala, où ils se font enregistrer avant de rejoindre le camp. La plupart disent n'avoir qu'un but : mettre leur famille à l'abri. « Les combats, c'est entre les rebelles et l'armée, nous on veut juste vivre en paix », murmure Abdallah.

Lamine Kunta, lui, revendique clairement son soutien au MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad ) : « Ce sont des fils du pays et leurs droits ont été pillés depuis la création du Mali. Ils cherchent leurs droits et ils ont raison », déclare-t-il. Venu avec une dizaine de membres de sa famille de Léré, il poursuit : « Même si ça nous force à fuir et à vivre dans des conditions mauvaises, on est avec ceux qui cherchent la libération de l'Azawad ».

Transfert du camp de réfugiés

Les conditions de vie dans le camp sont en effet difficiles. La plupart des réfugiés ont laissé tous leurs biens derrière eux. Malgré les efforts déployés par les autorités mauritaniennes, soutenues par la suite par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), la nourriture, et l'eau surtout, se font rares, d'autant que la sécheresse sévit dans la région. La plupart des tentes sont des abris de fortune, les latrines font défaut.

Au poste de santé du camp, un campagne de vaccination contre la rougeole a été lancée à destination des 5 500 enfants réfugiés, mais aussi ceux de Fassala, pour éviter une épidémie. Environ 150 enfants souffrent de malnutrition. Face à un afflux qui ne tarit pas, les autorités mauritaniennes et le HCR ont décidé de transférer les réfugiés plus à l'ouest, vers M'Béré. La ville a déjà accueilli des réfugiés maliens dans les années 1990. Les infrastructures existantes (poste de santé, école, forages) vont être réhabilitées.

Incertitudes d'un retour au Mali

« Notre premier souci, c'est la sécurité », affirme Philippe Creppy, envoyé spécialement de Genève par le HCR pour coordonner l'action humanitaire. « La ville est à 50 km de la frontière, ce qui garantira plus de sécurité pour les réfugiés mais aussi les humanitaires. Cela nous fera aussi gagner 1 h 30 pour l'acheminement de l'aide », poursuit-il. « Enfin, le camp pourra accueillir 30 000 personnes, voire plus, car une extension est envisageable. »

Initialement prévu début mars, le transfert a commencé dès ce mercredi 22 février, avec quelques familles pilotes. « Il est crucial que les réfugiés soient installés dans les conditions les plus pérennes possibles », estime Jamal Abdel Nasser, de l'ONG locale ARDM qui travaille sur le camp. « Car beaucoup m'ont dit ne pas être prêts à rentrer au Mali ».

C'est notamment le cas d'Abdallah. « A chaque fois, on recommence à faire une vie, et puis il y a à nouveau les combats et il faut tout refaire », confie-t-il. Et quand on lui demande ce qui pourrait désormais le convaincre de rentrer chez lui : « Je ne sais pas », murmure-t-il en baissant la tête, « je ne sais pas ».

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Depuis le 24 janvier 2012, les réfugiés maliens arrivent à Fassala, à l'extrême sud-est de la Mauritanie, à raison d'un minimum de 1000 par jour.
RFI/Laura Martel
Ces réfugié sont arrivés dans la nuit. Si les plus nantis voyagent en voiture, les autres font le trajet sur des charrettes à âne ou à pied.
RFI/Laura Martel
Les derniers arrivés font la queue devant le commissariat de police pour se faire enregistrer avant de rejoindre le camp, non loin de là.
RFI/Laura Martel
A chaque réfugié, le policier demande son état civil, lieu de provenance, le motif de sa fuite et le nombre de membres de sa famille.
RFI/Laura Martel
Après enregistrement, femmes et enfants passent par le poste de santé pour diagnostiquer les cas de maladies, malnutrition ou grossesses à risque.
RFI/Laura Martel
Au 21 février, le camp de Fassala compte 22 223 réfugiés. La population de Fassala, en temps normal, est d'environ 5000 personnes.
RFI/Laura Martel
Abdallah a déjà fait quatre allers-retours vers Gargando, près de Tombouctou, pour ramener ses proches. Il prépare son cinquième voyage.
RFI/Laura Martel
Les autorités mauritaniennes et le HCR ont distribué des tentes, mais pas assez. Ces femmes fabriquent un abri de fortune.
RFI/Laura Martel
Lamine Kunta n'est pas le seul sympathisant du MNLA dans le camp, mais beaucoup se veulent discrets sur leurs positions.
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L'homme au mégaphone relaie les noms des bénéficiaires, inscrit sur la liste de l'homme assis, un réfugié mandaté par le HCR pour la distribution.
RFI/Laura Martel
Il faut souvent attendre toute la journée sous le soleil ou dans la poussière pour ne pas rater l'appel de son nom et sa ration de nourriture.
RFI/Laura Martel
Les femmes pilent le mil qui leur a été distribué. Les familles reçoivent des rations pour quinze jours.
RFI/Laura Martel
Chaque famille se voit attribuer des ustensiles de cuisine. En revanche, l'eau, dans les bidons jaune, est une denrée rare qu'il faut payer.
RFI/Laura Martel
Il y a plus de 5 500 enfants dans le camp. Une campagne de vaccination de la rougeole a été lancée pour éviter une épidémie.
RFI/Laura Martel

    tags: Mali - Mauritanie
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    Commentaires (8)

    Ne pas dramatiser

    C'est domage! Mais s'ils avaient plutot choisir d'aller a Gao ou Tombouctou comme d'autres qui aiment tjrs leur patrie?
    Le Mali a aussi abrite les refuges mauritaniens et autres.
    Le Mali n'est pas comme certains pays. Ils peuvent rentrer et sans probleme. C'est cette tolerance qui a d'ailleurs donne force a ce conflit quand le president a recu et soutenu les soi-disants maliens de la libye.
    Ne pas dramatiser; la reticence du retour n'est pas fonde car le malien n'est libre autre part que de chez soi. Merci

    Africa stop

    Depuis que le Monde est MondeAfrique s'entretue au lieu de vivre en paix ensemble on s'entretue. Un gouvernement incapable de protéger sa population. Croyez moi mon pays me fait honte et le gouvernement malien aussi. ATT ne mérite pas de respect car c'est de sa faute si le Mali est comme ça aujourd’hui.

    contrebir

    Cette population a tant souffert et a été oublié par la communauté internationale depuis des décennies et oublier par son propre gouvernement. Elle est entre le marteau et l'enclin. Il sont pas a l'aise depuis la tragédie de 90, a la moindre problème elle se sente menacé peur d’être victime, pour ne pas paye la peau de la bête elles oblige de se refigier meme ci les condition ne sont pas remplies, car seule la paix et leur souhait, et aussi leur pain. car ce en travaillan dire qu ells gagnent leur pain. dans une zone aussi déserte que la lune. juste un rappelle, cette population est belle et bien maliens de coeur sinon de peau reste a verifier.et aussi maliens des terres sinon des droits reste a verifier!!!je dit ca parce que ont est maliens et ont ne connait que le mali.alors pourquoi la moindre probleme ce nous qu ont paye le prix.on a vi en israel les arabs de 84 qui ont rester y ont beneficiers de tous leur droits a ce que je pense,meme ci ce n est pas le cas, il ont beneficier de leur terre.et n ont jamais etais victime de ce que hamas ou la palestine fait.donc a mon avis ce un compltot visant notre cauminaute pour ne pas aller de l avant car ma generation a ete victime de la situation des anees 90 ,j etais en fase d aller en cm1,et aujourdhui poffff rien ,et cette meme situation va bien toucher d autre cette anee ci.ns demandont au autoritees competantes de vite tout mettre en eouvre,pour que la paix y retourne dans notre pays cher qui est le Mali.la paix rien que la paix ce notre souhait et notre statut.en cette periode des famines pourquoi cette guerre .nous ont est soucieux a regagnee nos biens et notre patrie que nos fils sont entrain de versee leur sang et d autre sont soucieux avec les elections.alors que le tout puissant veille sur le Mali

    Amine, mon cher frere. Vive

    Amine, mon cher frere. Vive la paix, et vive le Mali uni et indivisible.

    c est vraiment douleureux de voire ces images

    Bonjour à tou(te)s,

    je suis vraiment touché au font de moi-meme en voyant ces images douloureuses d'une population traumatisée. C est vraiment domage pour ces femmes et enfants innoncents déplacés de leur terre laissant derriere eux leur maisons, leurs betailles et leurs pays qu'il aiment au tant. Je pense essentiellement à l'avenir de ces milliers d'enfants. Pour quelle raison sont-il privés de l'école? du chemin de leur avenir? dans le camp de fassala ni celui de mberra ils n'auront pas la formation que leur souhaite leurs parents, car l' histoire la demontré dans les années 90s. Je demande ici a Dieu de proteger ces enfants et l'avenir! amiin! et j appelle la comminauté internationale (l'unicef) de leur venir en aide.

    Contrairement aux années 90s, où l'armée malienne sous l'administration de Toumani Touré avait fait des exagerations en vers ces citoyens maliens, mais elle n'est pour rien cette fois-ci sous l'adminitration de la meme personne. Elle est restée fidele au pacte de la paix signé entre les rebelles des années 90s et l'etat malien, car ils sont tous les enfants d'un meme pays et possède une meme foi (l'islam). L'administration actuelle du Mali a certes perdu la guerre de communication, mais elle l'aurait pu gagné si le president Toumani Touré avait aussi parlé en arabe et tamachec comme il l'a fait en bambara devant les femmes des courageux militaires du Mali. Est-ce un désinterêt? Une negligence? un mal conseil ou une ignorance?

    Les auteurs de cette guerre, Seul Dieu les connait, vont certes rendre compte au Créateur des créatures le jour du jugement dernier, pour cette guerre unitile et le déplacement unitile de cette population innoncente.
    Je demande aux rebelles ainsi qu'aux autorités competentes du mali de venir à la raison de faire la paix pour toujours. Je rapelle que la terre du mali est tout d'abord la terre du Créateur des créatures, elle est pour tous sans distinction de races(blancs, noires, jaunes, etc..), d'ethnies ou de religion. Sa population a droit à la paix, au developpement, la prosperité et le bonheur.

    Que Allah nous benisse et nous guide sur le droit chemin, le chemin de ceux qu'IL a comblé de bien et non pas ceux dont IL a encourit Sa colère: Amiin! Nous demandons à Allah Le Tout Puissant de faire taire la colère des belligerants, des enemis de la paix au Mali et de ramener la paix au Mali ainsi que par tout dans le monde.

    Reaction

    C'est affreux ce qui se passe au Mali, indigne de ce qui se passe au Sénégal mon Pays que j'aime tant.

    Fidèle à vous même

    Certes c'est dur mais je ne peux qu'exprimer ma fierté devant le travail que vous faites. Ce reportage me rappel les passages que vous aviez faits dans les différents sites de réfugiés mauritaniens au Sénégal en 1989.
    Cela réveil des frissons de douleurs et laisse des archives pour l'éternité.
    Merci de vous soucier de la douleur des humains.

    Une fois d plus RFI, fait de

    Une fois d plus RFI, fait de la propagande en faveure des Bandits du MNLA! Au Mali personne n'a besoin de cacher son point de vue politique ou autre. Le president se fait insulter tout les jours. Personne n'en meure!
    Si Lamine Kunta soutien le MNLA c'est son choix et son probleme. Si les touaregs etaient procecutes au Mali comme vous l'insinuez dans cet article, leur population serait grandement réduite par rapport a ce qu'elle est. Une chose est claire, que Mr Kunta et d'autre de sa sorte supporte le MNLA ou pas, le Mali ne sera jamais divise. C'est tres simple. Le mali n'a jamais empeche quelqu'un a investire chez soit. Si le MNLA est si soucieux et si capable de developper la zone qu'il reclame rien ne l'en empeche. Mais, le developement de cette zone n'est pas le vrais objectif du MNLA, voila pourquoi il cause la mort plutot que épanouissement intellectuelle et financier de cette pauvre population......

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