Quatre ans de transition sur la Grande île, quatre ans de négociations pour l’organisation d’une présidentielle, quatre ans de déchirements politique… Et ça continue ! Contre toute attente, le président de la transition, Andry Rajoelina, a annoncé vendredi sa candidature à la magistrature suprême. Pour la presse malgache, la surprise est totale… « Si Lalao Ravalomanana (l’épouse de l’ex-président) a bluffé tout le monde en déposant, contre toute attente, sa candidature, relève La Gazette de la Grande Ile, Andry Rajoelina a tourné l’opinion en bourrique en étant, à la dernière minute, candidat. (…) Voilà, sans crier gare, qu’il entend maintenant vouloir succéder à lui-même… Sachant que Lalao est le clone parfait de son mari, Rajoelina a estimé alors que sa candidature s’imposait. Entre elle et lui, c’est désormais l’équilibre de la terreur. »
« Honteuse connivence ! », s’exclame pour sa part le site d’information NewsMada . « Apparemment, la seule raison plausible de cette candidature ne pourrait être liée qu’à celles de l’ancienne première dame Lalao Ravalomanana et de l’ancien président Didier Ratsiraka. En effet, comme la CES, la Cour Electorale Spéciale, allait valider la participation de ces derniers malgré les débats ouverts à ce sujet, Andry Rajoelina n’a vraisemblablement pas trouvé mieux que de soumettre sa candidature contre toute attente. Certains observateurs pensent qu’il pourrait même exister une connivence entre ces derniers. Le grand perdant ne peut avant tout être que le peuple, déplore NewsMada, à qui on a donné sa parole et qui, du coup, ne peut plus avoir une certitude sur la tenue des élections. Vient ensuite la Communauté Internationale qui aura du pain sur la planche en termes de médiation puisque le « ni…ni » ne tenant plus du coup la route, l’ancien président déchu Marc Ravalomanana peut à tout moment revenir à la charge et imposer ainsi sa candidature. »
Pouvoir confisqué…
L’Express, lui, s’en prend tout particulièrement à la CES, à la Cour Electorale Spéciale qui a donc repêché le président de la transition. L’Express qui dénonce « une grosse compromission qui remet en cause son indépendance et sa neutralité. Si la CES commence par le sentimentalisme et s’incline devant les pressions, on doute fort que l’élection soit transparente et démocratique. (…) Telle qu’elle est partie, relève encore L’Express, la CES peut agir à sa guise pour faire gagner qui elle veut. La Cenit et les Nations unies auront beau organiser des élections impeccables et sans la moindre fraude, ni bourrage d’urnes devenu difficile avec l’immense bulletin unique, la CES aura le dernier mot. »
Conclusion désabusée de La Tribune : « Nos seules armes, c’est l’irrévérence et une ironie trempée d’un peu d’humour, en espérant que cela réveille un peu notre sens critique et que l’on arrête d’idolâtrer n’importe quel hurluberlu qui se prendrait pour le Messie. Qu’il soit amiral d’eau douce, chirurgien en retraite, ancien laitier ou DJ. Rappelez-vous quand même que cela fait quatre ans que le pouvoir est confisqué par quelques individus qui sont tout, sauf des patriotes ! Quand on confisque le pouvoir, c’est le peuple qui en est privé ! Alors, un peu de dignité, que diable ! Et indignez-vous ! »
Confusion générale ?
Stupeur et indignation également dans les journaux du continent… « On savait Andry Rajoelina DJ, on le découvre désormais boulanger, fulmine L’Observateur Paalga au Burkina. Et quel professionnel du pétrin ! On retiendra en effet qu’il a su se jouer de la Communauté de développement d’Afrique australe, sous l’égide de laquelle la feuille de route de sortie de crise a été négociée ; bien sûr de l’opposition malgache de l’intérieur ou en exil ; mais surtout, et c’est cela le pire, de ses propres partisans qui, eux, fidèles à la parole donnée de leur chef, avaient désigné pour son compte un, voire plusieurs héritiers. »
Pour Le Pays , toujours au Burkina, « deux scénarios au moins sont envisageables dans la nouvelle donne politique à Madagascar : soit les élections sont maintenues et Rajoelina est assuré de les remporter, soit elles sont une fois de plus reportées et Rajoelina reste au pouvoir. Dans tous les cas de figure, Rajoelina a créé une confusion générale qui fait exclusivement son affaire. (…) Bref, conclut le quotidien burkinabé, l’horizon promet des jours tumultueux dans la Grande Ile. »
Enfin, « hier, note le quotidien béninois La Nouvelle Tribune, le dialogue inter-malgache s’est achevé après deux semaines de consultations. Il propose une nouvelle transition de dix-huit mois au plus, dont la mission principale est de proposer, par référendum, une nouvelle constitution qui sera rédigée par une assemblée constituante. Pendant ce temps, le pays sera dirigé par un Premier ministre plénipotentiaire et une présidence composée de quatre présidents que sont Didier Ratisiraka, Marc Ravalomanana, Albert Zafy et Andry Rajoélina. Cette proposition paraît géniale, mais dans son application, tempère La Nouvelle Tribune, elle risque de déboucher sur une grande cacophonie et une forte confusion au sommet de l’Etat. Comment quatre anciens présidents qui rêvent tous de devenir président peuvent-ils se mettre ensemble pour travailler pour la réussite d’une transition ? Pourront-ils laisser les coudées franches à un Premier ministre qui, dit-on, aura tous les pouvoirs de l’exécutif ? Un tel organigramme politique à la tête du pays s’apparente bien à un panier à crabes, conclut le quotidien béninois, qui risque d’installer le pays dans une cacophonie indescriptible. Madagascar n’est pas encore sorti de crise. Hélas. »