par Ziad Maalouf, Ludovic Dunod
Au départ, il y a la légende… Il était une fois Gyptis, fille de Nanos, chef de la tribu des Ségobriges. La jeune gauloise doit choisir un époux en lui remettant une coupe. Une fête est organisée à laquelle on invite des Grecs arrivés le jour-même de Phocée, une cité d’Asie mineure. C’est à l’un d’entre eux, Nanos, que la belle remet le calice.
Du mariage de la Gauloise et du Grec naît une cité, Massilia.
Puis il y a la réalité. Au pied du centre commercial Bourse, bunker informe du centre-ville, un hectare de pelouse dévoile un rang de pierres équarries : c’est ici que se situait le port grec de Marseille. L’épithète « phocéenne » qui désigne la cité ne tient pas que du mythe. Marseille a été fondée par des voyageurs, des migrants, des étrangers, il y a plus de 2600 ans.
En 1927, Albert Londres publie Marseille Porte du sud. Un portrait à la fois espiègle et bienveillant de la cité multiculturelle. Il y décrit la diversité des habitants immigrés : arabes, italiens, arméniens. Il raconte ce port qui « balaye de sa lumière les cinq parties de la terre ». L’accent, la sueur, le soleil, les docks, tout y est. C’est sur les traces de cet illustre prédécesseur qu’on visite la ville aujourd’hui.
Le marchand qui vous salue dans toutes les langues.
Arrivé par la Gare Saint Charles, il faut à peine cinq minutes pour rejoindre le marché des Capucins. Moustapha y travaille depuis 20 ans. C’est un joyeux luron qui raille les clients, chante, crie, salue, blague et vend des légumes à prix réduits.
Marseille est-elle toujours une ville multiculturelle ? La réponse est simple. Moustapha sait saluer et échanger des formules de politesse en chinois, vietnamien, comorien, kabyle, arabe, espagnol, portugais, italien et français.
Il est d’origine algérienne mais il est MARSEILLAIS : « Quand l’OM perd, je ne lis même pas le journal. »
Cinq minutes de marche et on est au port des passagers. Partout des panneaux indiquent la même direction : Maghreb. A Marseille, on peut prendre un bateau pour la Corse, l’Algérie ou la Tunisie. Aujourd’hui c’est par avion qu’on arrive ici. Marseille n’en reste pas moins, une ville multiculturelle.
Marseille, Porte du sud !
Au pied de la porte d’Aix, place Jules Guesde, les vieux comoriens palabrent comme au village. Marseille est la plus grande ville comorienne du monde. Dans le bar de la Rotonde à Beaumont, on joue au Rami en arménien. Parc Kalliste, une cité dortoir à l’extrême nord de la ville, accueille les derniers venus : « yougos, roumains, kurdes » nous explique Sofiane qui vit ici depuis 30 ans. « C’est, entre autre, à Parc Kalliste que les dernières vagues de migrants trouvent un logement » selon Nicolas Mémain, un artiste passionné qui guide les visiteurs dans les quartiers nord.
Les visages du monde entier se croisent encore à Marseille. On vit en communauté mais on partage aussi. Le bar africain Kaloum, rue de l’arc dans le quartier de Noailles, est un des lieux qui ont la mixité pour emblème. On y croise de jeunes entrepreneurs marseillais et des musiciens guinéens. On danse, on chante, on boit du gingembre dans un lieu à peine plus grand qu’une chambre. On y est chez soi, d’où qu’on vienne : on est à Marseille.
Renseignements Pratiques :
Y aller :
L’aéroport de Marseille-Provence est directement relié (par des compagnies low-cost ou régulières) avec Londres –et plusieurs villes Britanniques-, Dublin, Amsterdam, Bruxelles, Francfort –et d’autres villes allemandes- Prague, Oslo, Stockholm, Erevan, Rome, Malte, Lisbonne, Madrid, Barcelone, Dakar, Abidjan, Libreville, Antananarivo, Sanaa, Damas, Tel Aviv et Montréal.
L’aéroport accueille aussi de nombreux vols en provenance des grandes villes d’Algérie, de Tunisie et du Maroc.
En Train, Marseille est à 3 heures de Paris grâce au TGV-Méditerranée.
En bateau, Marseille est accessible de la Sardaigne, la Corse, l’Algérie et la Tunisie.
A voir, à visiter :
Marseille est une ville de quartiers.
Belsunce, près de la gare Saint-Charles, est un quartier très populaire aux parfums de souk oriental. On y croise une population majoritairement originaire d’Afrique du Nord. Il a longtemps eu mauvaise réputation mais son image change (et une réputation n’est, après tout, qu’une réputation).
Pour sentir la culture arménienne (très discrète malgré tout), privilégiez les quartiers de Beaumont (12ème arr.) et de Saint-Jérôme (13ème arr.). C’est à Saint-Jérôme que se trouve l’atelier Aram, place Pelabon. L’association de préservation, de recherche et de transmission de la mémoire arménienne a installé sa bibliothèque et son fond d’archives en 2009 dans un ancien atelier de chaussures. Expositions temporaires.
→ L'atelier Aram
Marché Noailles. Rue Longue des Capucins et Place du Marché des Capucins (1er arr). Lundi / Samedi, 8h-19h. Marché alimentaire aux parfums d’Orient. (dos à la nouvelle gare de tram, le stand de Moustapha est à votre droite).
Porte d’Aix, Place Jules-Guesde. Marché informel (fripes, brocante, récupération) tenu par des Marseillais de toutes origines.
Visite guidée de quartiers Nord, Nicolas Mémain est un artiste. Il connait extrêmement bien les cités des quartiers nord de Marseille. Il est intarissable sur l’histoire et l’architecture de ces lieux délaissées par les visiteurs. Il guide des groupes sur rendez-vous.→ Pour le contacter, écrivez-nous, on vous promet de faire suivre.
Marseille possède plusieurs musées « métisses » :
Le MAAOA (Musée des Arts Africains, Océaniens et amérindiens) est installé dans les bâtiments de la Vieille Charité, un hospice construit par Pierre Puget au XVIIème siècle.
La vieille Charité abrite aussi le musée d’Archéologie Méditerranéenne qui conserve des pièces antiques venant de Chypre, Rome, de la Grèce ou du Moyen-Orient.
Où dormir :
Petit hôtel de 9 chambres entièrement décoré et meublé à la marocaine. Fer forgé, tadelakt, couvre-lits, mobiliers : tout rappelle l'artisanat et le design du Maroc d'aujourd'hui.Où se restaurer :
La Kuizin est une Cantine participative, proposant toutes les saveurs du monde, installée dans le quartier de la Belle-de-Mai. Accueil chaleureux, prix ultra-modiques et variables en fonction de vos moyens.
36, rue Bernard (3ème arr.)
La rose de Marmara. Restaurant Arménien ouvert en 2006 par une chef française qui défend ses racines : Nicole Ghazarossian-Barthelemy. Jazz-Club le vendredi soir.
30, rue Breteuil (1er arr.)
La Kahéna. Restaurant tunisien réputé auprès des Marseillais pour ses couscous.
2, rue de la République (2ème arr)
Le Fémina propose un couscous à la semoule d’orge.
1, rue du musée (1er arr.)
L’Ivoire Restaurant (57, rue d’Aubagne – 14ème arr.) et le Baobab (3, rue Travers Saint-Bazile – 1er arr.) sont deux restaurants Sénégalais avec maffé et yassa au menu.
Grand Baie. Restaurant défendant la gastronomie de l’Océan Indien, de l’Ile Maurice à Madagascar en passant les Comores et la Réunion.
28, cours Gouffé (6ème arr.)
Chez Eugénie, La Belle Etang. Restaurant de spécialités antillaises et haïtiennes.
77, rue d’Aubagne (1er arr.)
La Marmarita met à l’honneur la cuisine syrienne.
6, rue Saint-Pierre (6ème arr.)
Où se ressourcer :
Le Rafik
Hammam traditionnel fréquenté par les femmes d’origine magrébines.
1a, rue Académie (1er arr.)
La Bastide des Bains
Où sortir :
Kaloum
Achats :
Saramani
Arax. Epices et spécialités orientales.
24, rue d’Aubagne (1er arr.)
Festivals :
En mars, Babel Med Music, forum des musiques du monde avec concerts aux Docks du Sud.
Fin octobre, La Fiesta des Sud rassemble les rythmes de la Méditerranée.
A lire :
Marseille, porte du Sud, Albert Londres. Le Serpent à Plumes ou Editions Jeanne Laffitte.
Migrance, histoire des migrations à Marseille. Sous la direction d’Emile Temime (auteurs : Pierre Echinard, Renée Lopez, Marie-Françoise Maraminchi, J-Jacques Jordi, Addelmalek Sayad). Editions Jeanne Laffitte
Marseille, Porte Sud (1905-2005) un siècle d’histoire coloniale et d’immigration. Pascal Blanchard et Gilles Boetsch. Editions Jeanne Lafitte
Marseille Transit, les passagers de Belsunce. Emile Temime. Editions Autrement
La Petite Arménie. Lydie Belmonte. Editions Jeanne Lafitte
Marseille, Guides Bleus. Hachette
Marseille et les calanques, Guide Lonely Planet
Pour d’autres infos :
→ Office du Tourisme de Marseille
4, La Canebière (1er arr.)
→ Comité Départemental du Tourisme des Bouches-du-Rhône
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