par Delphine Le Goff
Quand le « big boss » de Google conseille les patrons de presse américains.
La scène se passe à San Diego, lors d’une conférence de l’Association américaine des journaux. Le 7 avril dernier, le patron de Google, Eric Schmidt, a dispensé ses conseils à un parterre de patrons de presse. Et quand un géant de l’internet donne des leçons à la presse papier, cela donne ceci. « Ce qu’il faut retenir, a déclaré Eric Schmidt, c’est que la publicité qui est utile connaîtra du succès ». Le patron du plus grand moteur de recherche du monde sait de quoi il parle : 98% des revenus de Google sont assurés par la publicité.
C’est d’ailleurs l’une des principales critiques des éditeurs de presse vis-à-vis du portail. Les éditeurs accusent Google de mettre en ligne des liens vers leurs journaux sans leur reverser un iota de ses revenus publicitaires. En gros, les patrons de presse estiment que le site profite sans vergogne de leur contenu. « Doit-on permettre à Google de piller nos droits d’auteur ? », s’interrogeait récemment le magnat des médias Rupert Murdoch. Le patron de Google, lui, a décidé de caresser les éditeurs dans le sens du poil en faisant l’éloge de la presse dans une société démocratique, tout en exhortant les patrons présents dans la salle à considérer l’agrégateur comme un partenaire plutôt qu’un rival.
Cette main tendue intervient après une annonce d’Associated Press : ce collectif qui regroupe plus de 1 400 journaux, a annoncé sa volonté d’attaquer en justice les journaux qui publient ses informations sans son accord. Eric Schmidt s’est défendu en rappelant que Google avait signé des accords de licence avec AP d’un montant de plusieurs millions de dollars. C’est qu’Eric Schmidt a des vues sur les médias traditionnels : l’une de ses ambitions affichée est de devenir une régie multimédia intégrale. Le groupe gère d’ailleurs déjà des annonces publicitaires pour des titres prestigieux comme le New York Times ou encore le Washington Post. Et Google a des vues sur la télévision, pour laquelle le groupe vient de lancer des tests de publicités sur des réseaux câblés locaux.
En France, c’est l’opérateur de téléphonie Orange qui se lance dans l’agrégation de contenus médias. Il inaugure le 15 avril 24/24 Actu, un portail qui entend fédérer tous les médias. Mais, à la différence de Google aux Etats-Unis, Orange reçoit un accueil des plus chaleureux en France. Pourquoi ? Tout simplement parce que le portail redistribuera une part de son gâteau aux médias, en répartissant une partie de ses revenus. Une manière de s’assurer les bonnes grâces des éditeurs et des patrons de chaînes et d’éviter la réputation de profiteur qui accompagne le géant Google.
En partenariat avec Stratégies
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