par Amaury de Rochegonde
José Luis Rodriguez Zapatero, le Premier ministre socialiste espagnol, a fait lundi dernier une déclaration qui a presque autant surpris en Espagne que celle de Nicolas Sarkozy annonçant la fin de la publicité sur France Télévisions : il a indiqué qu’il avait l’intention de réduire de façon drastique, « la publicité sur la TVE, la télévision publique espagnole ».
Aussitôt dit, les actions des chaînes privées se sont envolées à la Bourse de Madrid et l’opposition a dénoncé, comme en France, l’impréparation d’une telle mesure. S’agit-il pour autant d’une décision aussi radicale que celle qui a entrainée la fin de la publicité sur les chaînes publiques françaises après 20 heures et sa suppression totale à partir de 2012 ? Eh bien les opérateurs privés aimeraient bien qu’il en soit ainsi mais, pour l’instant, le gouvernement reste assez imprécis sur l’ampleur et le calendrier de sa réforme. On sait juste que la TVE s’est déjà engagée sur la voie d’une moindre dépendance à la publicité puisque ses chaînes sont passées d’une durée maximale de pub par heure de 12 minutes en 2007 à 10 minutes cette année et même 9 minutes prévues en 2010. Il s’agit donc simplement d’accélérer cette décrue sur les antennes en allant plus loin, voire beaucoup plus loin, dans la réduction du temps dévolu aux écrans publicitaires.
Plusieurs paramètres poussent en ce sens. D’abord, cela permettrait de reposer en profondeur la question du financement de la télévision publique espagnole qui ne bénéficie pas d’une redevance et qui est donc pour moitié dépendante des subsides de l’Etat et pour moitié arrimée au marché publicitaire.
En 2006, la décision a été prise de sortir le président de la TVE de la dépendance au pouvoir exécutif puisqu’il n’était plus nommé par le chef du gouvernement mais élu par le Parlement. Aujourd’hui, c’est la question du financement qui se pose dans toute son acuité car le groupe public accuse déjà un déficit de près de 72 millions d’euros en 2008 et que la situation catastrophique du marché publicitaire laisse entrevoir une chute de plus de 20 % cette année de la publicité TV. Résultat : la TVE devrait voir son déficit doubler en raison du manque à gagner publicitaire.
Pour Zapatero, le desserrement de la contrainte publicitaire serait donc une façon de faire d’une pierre deux coups : il apporterait une bouffée d’air frais à la TVE et il ferait le bonheur des opérateurs privés comme Telecinco et la Sexta qui demandent à fusionner pour faire face à la crise. En février, le gouvernement les a d’ores et déjà autorisés à se rapprocher.
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